Le Manichéisme

Eléments historiques

Mani naquit en 216 à Babylone. Il était infirme. Il grandit pendant 20 ans dans une communauté judéo-chrétienne, dans une grande ferveur.
Il reçut 2 révélations à l’age de 12 ans et de 24 ans, le poussant à quitter sa communauté et à révéler au monde sa doctrine.

Il fit un premier voyage apostolique en Inde de 240 à 242, qui influencera ses idées.
De retour, le roi Shahpur lui accorde la liberté de prêcher et la reconnaissance officielle de sa nouvelle religion. Il voyagea beaucoup en Iran, et envoya des missions à l’étranger.
A la mort de Shahpur, il fut confronté à la cour du nouveau roi au chef des Mages, où il sera condamné et jeté en prison. Il y subit de grandes souffrances, vivant sa « passion ». Il succomba en 277, à l’âge de 60 ans. Une répression impitoyable s’abattit alors sur l’église manichéenne.

Au III et IV siècles, les missions se multiplient en Europe, Afrique du Nord et Asie Mineure. Puis le manichéisme déclina et ne survécu que dans quelques centres.
Une forte poussée reprit au VIII siècle en Asie Centrale et en Chine, où il survécu jusqu’au XIV siècle. Les vues cosmogoniques du manichéisme influencèrent l’Inde et le Tibet.

Le manichéisme fut considéré comme l’hérésie par excellence par les chrétiens, les Mages, les juifs, les musulmans, mais aussi par des gnostiques et par des philosophes.

La gnose manichéenne

Le manichéisme était une gnose, tout en se voulant religion universelle, c'est-à-dire accessible à tous.
C’était une religion missionnaire et une religion du livre. Afin d’éviter les controverses, Mani rédigea lui-même les 7 traités qui en constituaient le canon. La théologie, la cosmogonie et l’anthropogonie manichéenne semblent satisfaire n’importe quelle question relative aux « origines ». C’est une doctrine plus « vraie », plus « scientifique ».

Mani opéra une synthèse de toutes les sagesses : il accorda un rôle éminent à Jésus et fit sienne l’idée du Paraclet ; il emprunta à l’Inde la notion de transmigration ; il reprit le dualisme iranien et le mythe eschatologique.

L’incarnation dans le monde matériel est la source de la souffrance, l’homme incarné est la proie du mal. La délivrance ne peut être obtenue que par la gnose, la seule vraie science, celle qui sauve. On retrouve les idées du Dieu Transcendant, du Démiurge mauvais, d’une condition de l’homme antérieure et pure, et de sa chute.

Mani répartit les fidèles en une classe inférieure, les Auditeurs ou Catéchumènes, et une élite, les Elus.

La connaissance (l'origine de l'univers, la cause de la création de l'homme, ...) équivaut à l'anamnèse : l'adepte se reconnaît comme une parcelle de Lumière, donc de nature divine, car il y a consubstantialité entre Dieu et les âmes. L'ignorance est le résultat du mélange de l'esprit et du corps/matière.
Le corps étant de nature démoniaque, il prescrit, au moins pour les Elus, un ascétisme des plus rigoureux, tout en interdisant le suicide. Il ne faut pas valoriser ce qui appartient à l’adversaire de Dieu : la Nature, la Vie, l’existence humaine. Ainsi, chaque enfant qui vient au monde ne fait que prolonger la captivité d'une parcelle divine. Mani enseigne donc d'éviter la procréation.

L’illumination obtenue par la gnose suffit au salut, il y a peu de rite en dehors de quelques gestes symboliques. L’enseignement constitue donc la véritable activité religieuse des manichéens.

Le Grand Mythe

Le conflit entre les deux Principes, Bien et Mal, a éclaté suite à un accident. Le mythe anthropogonique est des plus tragique et humiliant. L’existence humaine n’est que le stigmate ignoble d’une défaite divine. Dieu ne s’intéresse pas à l’homme, mais à l’âme, qui est d’origine divine. Il ne cherche qu’à se sauver lui-même.

Dans le « Temps antérieur », le Bien (la Lumière, le Dieu chrétien ou Zurvan ; au nord) et le Mal (l'Obscurité, le Diable ; au sud) coexistent, séparés par une frontière. Se rapprochant de la frontière, le Mal est tenté par la Lumière. Le Père projette à partir de lui-même la « Mère de la Vie », qui à son tour projette l'« Homme Primordial » (assimilé à Ohrmazd en Iran). Ce dernier affronte les Ténèbres, est vaincu, et en partie dévoré. Ainsi l'Obscurité possède maintenant une portion de la Lumière.
Le Père « évoque » alors l'Esprit Vivant, qui re-hisse l'Homme primordial vers la patrie Céleste. L'Esprit Vivant terrasse les Archontes démoniaques et de leurs corps façonne le monde. Il achève une première délivrance de la Lumière en y extrayant le Soleil, la Lune et les étoiles.
Le Père procède à une ultime évocation, celle du « Troisième Messager ». Son but est de délivrer les particules de Lumière. Il se montre aux démons sous une forme désirable. Cela entraîne une suite d'actes répugnants de cannibalisme et de sexualité entre les démons, qui donnent naissance au premier couple Adam et Eve, contenant la Lumière. Le corps gardera des stigmates de son origine diabolique : la libido, qui le pousse à se reproduire, transvasant de corps en corps les parcelles de Lumière. On trouve d'autres parcelles de Lumière dans les animaux, et surtout dans les arbres.
Adam et sa descendance sont avilis et sans connaissance. Ils seront réveillés par le Sauveur, le « Fils de Dieu », identifié à Ohrmazd ou à « Jésus la Lumière ». Cette délivrance comprend le réveil, la révélation de la science salvatrice, et finalement l'anamnèse.

Le « Troisième Temps », la fin eschatologique, commence par la « Grande Guerre », précédent le triomphe de l'Eglise de Justice et le Jugement dernier. Après un court règne, le Christ et les élus s'élèveront au Ciel, ainsi que les dernières parcelles de Lumière, et le monde sera anéanti dans un gigantesque incendie. La Matière et tous ses aspects seront définitivement écartés.