Sectes, Eglises, Mystiques

Généralités

Typologie des groupes religieux

La caractéristique majeure de l’Eglise est d’être une organisation officiellement reconnue par les autorités civiles du territoire sur lequel elle se trouve. Elle est souvent liée au pouvoir politique. Si les Eglises ont fait preuve d’un fort expansionnisme dans leur passé, elles manquent dans leur état présent de dynamisme quand à la fidélisation et le recrutement des adeptes.
L’Eglise universelle est une institution hiérarchisée au centre décisionnel facilement identifiable, établie dans plusieurs pays. Si elle est stricte au plan doctrinal, elle reste plutôt tolérante vis-à-vis de la discipline morale de ses membres. Elle s’accommode d’une multitude de tendances parfois très divergentes.
L’Eglise nationale présente les mêmes traits, mais elle est liée à un pays. Les migrations ont pu cependant l’internationaliser, mais à un degré moindre que l’Eglise universelle.

La dénomination se situe entre l’Eglise et la secte. En théorie les membres y adhèrent par choix. Elle n’est pas encore institutionnalisée comme l’Eglise mais a déjà perdu la fougue de la secte. Elle correspond souvent à un groupe social régional ou ethnique. Elle est tolérée socialement et politiquement.

Techniquement, la secte ne peut provenir que d’une tradition religieuse dont elle se sépare, provoquant un schisme ou une hérésie. La secte est moralement et doctrinalement exigeante et toute critique de la part de ses membres entraîne souvent l’exclusion. Une secte, en grossissant, deviendra un mouvement ou une nouvelle Eglise institutionnalisée.
Le culte désigne un groupe religieux dont l’apparition ne correspond pas à une rupture d’avec une tradition religieuse spécifique. Sa doctrine est originale, bien que souvent le fruit d’un syncrétisme. Le culte dépend fortement de la personnalité charismatique de son leader. Le culte est censé être éphémère, incapable de survivre à son fondateur, bien qu’il y ait des exceptions.

Le mouvement désigne des rassemblements de fidèles qui, appartenant à diverses communautés religieuses ou spirituelles, sont unis par certains liens doctrinaux. Un mouvement n’est pas rigoureusement structuré ni hiérarchisé, il est sans cesse fluctuant. Actuellement le mouvement le plus important en Occident est celui des évangélistes américains, avec plus de 60 millions de membres, qui se scinde en fondamentalistes, an évangéliques, en baptistes du Sud, etc.

Les termes « religieux » ou « religion » sont désormais en défaveur dans de grands segments de la population en Occident, car ils impliquent une organisation rigoureuse, une routine, une tradition, que l’on voit vidées de sens. On préfèrera donc parler aujourd’hui de « spiritualité ».
Dans le mysticisme intervient la notion d’expérience personnelle directe du divin. Par un dépassement de soi, on atteint une union avec le divin.
Le terme millénarisme vient de la tradition biblique, mais caractérise toute tendance à croire en une fin prochaine de l’Age actuel du monde, avec toutes les implications eschatologiques que cela peut impliquer.
Le millénarisme est lié au messianisme, c'est-à-dire à l’attente du Retour du Christ ou du Roi qui établira son royaume sur terre et libèrera les opprimés. La figure du Christ est maintenant souvent remplacée par une autre entité, telle que la Nation par exemple.

Dynamiques des échanges, des conquêtes et métamorphoses

Par le passé, l’Amérique se trouvaient sous l’influence religieuse de l’Europe et de l’Afrique (par les esclaves). Les migrations religieuses sont actuellement dans les deux sens, et non pas, comme on pourrait le penser, uniquement d’origine américaine. Ainsi, le pluralisme religieux est aussi important en Europe qu’en Amérique, où il fut longtemps plus étudié et donc mieux connu.
Quelques facteurs expliquant l’émergence actuelle des groupes religieux :

  • La pratique de la liberté individuelle, qui est passée, au XX siècle, de théorie à la réalité.

  • L’immigration, en particulier du sud vers le nord

  • L’extension phénoménale des zones urbaines, où la diversité des environnements fournit un contexte propice au développement de communautés qui adoptent des cheminements religieux originaux.

  • La mondialisation, notamment concernant les moyens de communication et de transport.

La voie privilégiée pour convaincre et s’étendre demeure bien les Ecritures émanant directement ou indirectement du prophète, de la prophétesse, des mystiques. Comme par le passé, donc, l’expansion religieuse passe par le texte, mais plus uniquement par le livre. Elle emprunte les voies du commerce international (et par le passé, celles de la guerre également) : les divers médias, dont depuis peu Internet.
Renforçant leur pouvoir, presse, radio, télévision sont les canaux incontournables de la propagation des Ecritures sacrées et les Américains ont su perfectionner leur gestion à l’extrême, même s’ils ne sont pas les seuls à les manipuler.
Depuis 1990, Internet a ouvert une voie royale à l’expansionnisme débridé et sans limite aucune du spirituel. Tous les mouvements religieux actuels, même les plus socialement et doctrinalement séparatistes, l’ont adopté. De nombreux groupes n’existent même parfois que sur la toile virtuelle.

Lors des migrations vers des cultures exogènes, le premier problème à aborder est celui de l’adaptation sociale, culturelle et doctrinale.
Pour mieux réussir leur projet expansionniste, certaines religions adoptent une habile stratégie de pénétration impliquant une métamorphose de la doctrine ou des rites. Intégrer certaines caractéristiques de la culture d’accueil permet d’attirer plus facilement des recrues. Parfois il ne s’agit pas d’une vraie métamorphose, mais plutôt d’une dissimulation pour survivre et préserver ses croyances dans un milieu culturel hostile.
Il est d’autres cas qui démontrent un refus délibéré de modifier d’un iota la doctrine et la pratique de la communauté, et cela dès avant le départ.

Les Shakers

Cette secte millénariste protestante a été fondée par l’anglaise Ann Lee. Elle reste l’un des rares mouvements d’utopie communautaire ayant réussi à vivre pendant plusieurs siècles en vertu du principe de la mise des biens de chacun en commun.

Ann Lee

Dans l’Angleterre de la révolution industrielle, vers l’âge de 22 ans Ann Lee rejoignit la société des Wardlay (les « Shaking Quakers », nom venant de la gestuelle pendant les extases mystiques des membres du groupe), où elle gagna rapidement en importance. Elle eut des révélations et visions dans lesquelles elle vit que la luxure était la cause de la déchéance humaine et que seul le célibat permettrait d’atteindre la perfection et le salut. Elle devint le chef officiel de la société en 1772.
Ann Lee vient d’une famille pauvre, elle est peu cultivée et travailla très tôt. Elle semble avoir été illettrée, névrosée, émotionnellement fragile et sexuellement déséquilibrée. Elle eut 4 enfants qui tous moururent dans leur toute petite enfance, ce qui pourrait expliquer son rejet de toute relation de nature sexuelle entre époux.
Elle est devenue une divinité pour les shakers, qui ont donc enjolivé sa vie et les détails du voyage vers l’Amérique.

Le développement de la secte aux États-Unis

En août 1776, 7 personnes, dont Ann Lee, débarquent à New York pour fuir les persécutions en Angleterre. Après le départ d’Ann Lee, les shakers d’Angleterre disparurent.
Au début, les pionniers essayent de vivre isolés du reste du monde. Puis ils s’exposent au monde et font du prosélytisme. Leur pacifisme leur posa des problèmes pendant la guerre d’Indépendance.

Après la mort de Lee en 1784, les nouveaux dirigeants encouragent la mise en commun des biens. Des villages autonomes commencent à s’établir un peu partout en Nouvelle-Angleterre, puis ailleurs. Afin de renforcer l’union et l’ordre entre et dans les villages, des règles et des codes de vie sont rédigés en 1821 dans les Millennial Laws.
Le retrait du monde implique l’autosuffisance économique, mais en pratique celle-ci était très difficile. Certains shakers se dévouent alors au contact avec le monde extérieur, et font le commerce des produits de la communauté (agriculture et graines, plantes médicinales, meubles, …).

Rejoindre la communauté implique beaucoup de choses. En premier lieu les postulants doit lui céder par contrat tous ses biens. Les famille rejoignant les shakers sont séparées : les époux ne restent pas ensemble, et les enfants leur sont retirés pour être élevés par le groupe. Tous rejoignaient ainsi la grande « famille ». Les shakers recueillent beaucoup d’orphelins, ce qui assure un certain renouvellement des membres pour une société prônant le célibat.

L’éducation des enfants est une priorité de la communauté. Standardisée entre les villages et de grande qualité, elle les prépare aussi bien à vivre dans la communauté que dans le monde. Filles et garçon sont scolarisés séparément, la moitié de l’année chacun. Pendant la moitié « libre », les enfants apprennent leur métier en participant aux travaux des adultes, ils avaient leur place à part entière dans le groupe. Arrivés à l’âge adulte, les enfants ont le loisir de quitter la communauté ou de rester.

Soucieux de créer une mode vestimentaire propre à leur communauté, les shakers adoptent un style commun, reconnaissable par tous. Mais au-delà des vêtements, leur vie leur imposa de trouver des solutions en matière d’ameublement et d’architecture qui leur permit d’acquérir une identité propre.
Les Shakers jouissent d’un intérêt auprès du peuple américain. Les produits shaker sont sujets à collection, les anciens villages sont devenus des musées, etc.

Le mouvement shaker commence à décliner après la guerre de sécession, qui fit beaucoup de dégâts aux villages. Face à l’industrialisation, les biens shakers deviennent trop chers et donc peu concurrentiels. En 1906, une loi sur la vente de spécialités pharmaceutique conduit les shakers à arrêter leur production de plantes médicinales. Enfin, une loi interdisant le placement d’orphelins au sein de communautés religieuses leur fait perdre une source majeure de recrutement.
Au sommet de leur croissance, les shakers n’ont jamais été plus que 6000 membres. Aujourd’hui, un unique village survit à Sabbathday Lake, comptant en 2000 à peine 4 shakers.

Théologie

Les shakers croient en la dualité de Dieu, récusant donc la traditionnelle Trinité chrétienne : Dieu est homme ET femme.
Ann Lee se reconnu comme étant l’Elue, incarnant la Seconde Venue du Christ sur Terre, représentant le côté féminin de Dieu. Elle représente dans la tradition shaker les plus hauts idéaux de la maternité.

L’histoire est divisée en 4 temps forts :

  • Le temps du Patriarcat initié par la création du monde

  • Le temps de Moïse pendant lequel la loi fut établie

  • Le temps de la première apparition du Christ qui inclut la vie de Jésus, l’installation de l’Eglise nouvelle et sa corruption par le péché

  • Le moment final où le Christ fait sa deuxième apparition sur la terre, en la personne d’Ann Lee

Les shakers décident de vivre selon leur foi et d’établir un paradis sur terre grâce à une vie caractérisée par la simplicité, l’union et l’ordre. Ils aspirent à vivre la vie du Christ telle qu’elle est décrite dans la Bible. La théologie shaker se résume à : célibat, retrait du monde pour vivre dans une communauté de biens et confession des péchés.
La sexualité est vue comme la cause des crimes et des guerres, comme le moyen de rendre la femme esclave de son époux, et esclave de ses propres passions charnelles. A la question sur le célibat, les shakers répondent que cela permet d’aimer plus d’une personne à la fois.

L’aventure transatlantique du Wicca

Les origines

Ce sont trois anthropologues britanniques, Margaret Murray, Robert Graves et surtout Gerald Gardner, qui ont élaboré l’essentiel du mythe fondateur du mouvement Wicca.

Selon ces auteurs, l’Ancienne Religion remonte à l’époque paléolithique. Les hommes adoraient un dieu de la chasse cornu et une déesse de la fertilité, et ce, par delà les détails, de façon universelle. Le christianisme lutta contre cette religion, s’accaparant certains de ses lieux magiques et de ses pratiques, assimilant le reste à des pratiques maléfiques. Cependant, le peuple continua ses adorations dans la clandestinité, et les traces de ce culte survécurent dans le folklore. Les sorciers et sorcières, en particulier, étaient des adorateurs de cette Ancienne Religion.

Une première influence est le livre Aradia, or the Gospel of the Witches du poète et folkloriste Charles Godfrey Leland (1824-1903). Ce livre en latin, qui ne serait autre que l’« évangile » de l’Ancienne Religion, mélange mythes et formules magiques, se transmettrait de générations en générations par les sorciers, et serait une traduction de l’étrusque. Ce livre emploie pour le première fois le terme « Old Religion », et proclame que les femmes doivent avoir dans la religion une place aussi importante que les hommes, voir même prépondérante.

Margaret Alice Murray (1863-1963) est une archéologue britannique spécialisée en égyptologie et en folklore. Elle voit les contes comme des formes populaires dégénérées des mythes et des religions ; si leur structure est universelle, c’est que les mythes et religions dont ils sont issus ont eux aussi une origine commune et universelle.
Murray identifie une Ancienne Religion en Europe occidentale qu’elle appelle « Culte dianique » ou Culte de Diane, centrée sur une divinité qui pouvait prendre la forme d’un homme, d’une femme ou d’un animal. Elle fait remonter ce Culte à une race aborigène des îles britanniques, un peuple de petite taille qui serait à l’origine de la supposée légende des fées et elfes.
Ce Culte de la fertilité et de la nature aurait survécu jusqu’à nos jours à travers la sorcellerie européenne. Murray défini un calendrier sacré basé sur les rythmes des saisons, comportant 8 grandes dates (les sabbats, célébrés dans l’intimité). Les esbats avaient lieu les 13 nuits de pleine lune.

Robert Graves (1895-1985) a beaucoup influencé les branches féministes de la Wicca et d’autres mouvement. Dans son livre The White Goddess, il prétend que l’Europe et le Moyen-Orient adoraient jadis la Déesse de la Lune sous trois aspects différents. Les divinités masculines étaient secondaires, fils ou amants de la triple Déesse. Ce livre, présenté comme un livre de recherche aboutit, a été pris comme tel, alors qu’il tient plutôt de la prose poétique.

As Goddess of the Underworld, she was concerned with Birth,
Procreation an Death. As Goddess of the Earth, she was concerned

With the three seasons of Spring ,Summer an Winter : she animated
Trees and plants and ruled all living creatures.
As Goddess of the
Sky, she vas the Moon, in her three phases of
New Moon, Full Moon ans Waning Moon.


Gerald Gardner (1884-1964), anthropologue et folkloriste amateur, est unanimement considéré comme une figure mythique du néopaganisme, et comme le père fondateur du néopaganisme wicca.
En 1937 il aurait rejoint la société occulte Fellowship of Crotona, pour être initié en 1939 et découvrir qu’il s’agissait d’une survivance de l’Ancienne Religion qu’il croyait éteinte. Après l’abolition des Witchcraft Laws, il publiera ses livres et dirigera un musée de la sorcellerie.
Ses livres (Witchcraft Today, The Meaning of Witchcraft) sont la continuation des thèses de Murray et Graves. Il décrit le Witchcraft comme une religion joyeuse et paisible, très simple et pratiquée par des gens qui le sont également. C’est une religion de l’expérience et non du livre. Ses principales caractéristiques sont un accès plus facile, moins élitiste, à la pratique de la magie, et la prééminence de la Déesse – donc du féminin. En particulier, les covens sont dirigés par une prêtresse.
Le Livre des Ombres contient les rites gardnériens de son coven, ainsi que la philosophie et la théologie qui leur sont liées. Gardner prétend l’avoir hérité – le livre daterait du XVIième siècle – mais en réalité Gardner en a écrit plusieurs versions successives entre 1949 et 1961.
Chaque nouvel initié est censé recopier le Livre des Ombres, puis le compléter en fonction de sa propre expérience.

Implantation et évolution

Le Craft gardnérien s’est implanté aux Etats-Unis dans les années 60, où il a subi des transformations profondes et une diversification importante. Les pionniers du Craft aux Etats-Unis sont Raymond et Rosemary Buckland. Par rapport à d’autres groupes païens plus anciens, la wicca est résolument d’origine européenne et récente.
En 2000, les néopaïens wicca américains sont estimés à 500 000 adeptes, en majorité des jeunes adultes.

Les wiccans américains ont préféré remplacer la légitimité historique douteuse par une légitimité psychologique basée sur les travaux de Jung sur les archétypes et les symboles : ce qui unit les diverses religions primitives sont les archétypes du Dieu Cornu et de la Grande Déesse. Le féminisme et le chamanisme amérindiens ont également beaucoup influencé la ligne générale du mouvement. La vraie « tradition » du Craft américain est de fait la créativité.

La diversification progressive entre diverses branches wicca est le résultat des évolutions différentes des principes théologiques (par exemple la révision du mythe fondateur vers une approche jungienne) et donne lieu à une véritable déclaration d’indépendance vis-à-vis des fondateurs britanniques.

Dans les années 70, le féminisme radical transforme en quelques années la wicca en Culte de la Déesse, négligeant le versant masculin. Elles se basent sur le livre d’Erich Neumann analysant l’archétype féminin, The Great Mother. Les covens sont vus comme des refuges contre le patriarcat ambiant. Le Covenant of the Goddess fédèrera de plus en plus de covens, et même de nombreuses sorcières féministes extérieures au Craft. Elles poussent à un engagement social pour faire évoluer la société dans leur sens. L’éco-féminisme a très largement contribué au renouvellement du wicca américain contemporain.

Malgré l’émiettement du mouvement wicca et les tensions entre les différentes branches, certains de ses membres parviennent à mettre sur pied une organisation éphémère, le Council of American Witches, qui énonce en 1974 une déclaration de principes de tolérance valable pour l’ensemble du Craft américain. Le conflit avec les féministes prend fin grâce à cette déclaration.

Depuis les années 80, les traditions wicca empruntent de plus en plus au chamanisme amérindien. Comme presque toutes les autres traditions wicca, celles qui s’inspirent du chamanisme témoignent dans leur symbolisme d’un éclectisme frappant, mêlant traditions animistes, techniques extatiques et autres idées empruntées aux cultures tribales et aux traditions ésotériques du monde entier.

C’est à partir des Etats-Unis et non de la Grande-Bretagne que le néopaganisme wicca se répandra sur le monde occidental à travers les fédérations actives comme le Covenant of the Goddess ou le groupe Reclaiming, qui se caractérise par un activisme politique au sein du mouvement pour la paix et pour la défense de la planète.

Pratiques

Les premiers initiés américains, et en particulier les Buckland, eurent le privilège d’une initiation excessivement accélérée par rapports aux standards prévus et en vigueurs, afin d’établir assez vite les premiers covens.

Chaque cercle gardnérien observe 162 lois, dites « Craft Laws ». Il est dirigé par une Grande-Prêtresse et un Grand-Prêtre. La Prêtresse est l’autorité principale. Il existe trois degrés d’initiation. Un initié du troisième degré peut quitter son coven pour en fonder un nouveau qu’il dirigera. La succession au sein d’un même coven suit un principe matrilinéaire.

Malgré l’influence de la wicca, dans les années 70 on estime que 70% des gens revendiquant le titre de sorcier pratiquent en fait la magie, les arts divinatoires, l’herbologie et la perception extra-sensorielle sans aucune référence à la religion.

Mutations transatlantiques du soufisme

Le soufisme dans le monde islamique

Le soufisme est une voie spirituelle à l’intérieur de l’islam. Avant le XIIième siècle, le soufisme reste assez obscur, la dénomination ne regroupant surtout que des mystiques individuels. A partir du XIIième siècle, le soufisme devient plus clair avec la création des premiers tariqas (ordres soufis). L’age d’or du soufisme, en terme d’influence d’ampleur et de puissance, se situe entre le XVième et le XVIIIième siècle.

Initialement, un groupe soufi est restreint, mené par un cheikh charismatique, ayant une réputation de sainteté et communiquant plus ou moins directement avec Dieu. Ces groupes visent un renouveau, un retour à une vraie religion, ou bien être plus philosophiques.
Avec le temps et le succès, un groupe soufi s’intègre à la société et perd sa flamme originale, son inspiration pour devenir plus doctrinal et dogmatique. La première phase est évidemment assez courte, et il y a donc beaucoup plus de groupes établis que de groupes sectaires charismatiques.

De façon générale, les soufis sont de fervents islamistes, suivant scrupuleusement les pratiques religieuses imposées, parfois même en ajoutant. Le cheikh insuffle à sa communauté sa direction spirituelle, ou irshad. Cela peut prendre la forme de leçon formelle, d’exemple personnel ou d’instruction individuelle.
Une des pratiques qui distinguent le soufisme est le dhikr, ou prière réitérée, qui s’effectue individuellement ou en communauté. Celle-ci s’accompagne souvent d’autres moyens pour améliorer la concentration (musique, rythme, danse, …) afin d’arriver à l’extase.

Un mouvement sectaire puissant et sanglant, la Wahhabiyya, est apparut en Arabie au XVIIIième siècle. Au XXième siècle, les idées de cette secte se sont combinées avec la réforme moderniste et le nationalisme arabe pour former une nouvelle variété d’islam qui continue à remplacer l’islam plus classique. En particulier, dès sa création la Wahhabiyya a pris pour cible les mouvements soufis dont, selon eux, les pratiques contredisent « l’islam vrai ».

Le soufisme en Amérique

Le soufisme islamique et le néo-soufisme ne sont vraiment arrivés en Amérique qu’après la seconde guerre mondiale, résultat de l’accroissement de l’immigration et des facilités pour voyager et communiquer.
Avant cela, certains mouvements, se prétendant d’origine soufis, avaient fait une synthèse très américaine d’éléments disparates, desquels l’élément soufi est souvent le moindre (la Shadhuliyya Sufi School of Spiritual Healing, la Maktab Tarighat Oveyssi Shahmagusoudi® School of Islamic Sufism ou MTO®).
Inayat Kahn a fondé un néo-soufisme non islamique, définissant le soufisme comme une « religion du cœur », quelque chose au dessus et au-delà des religions établies. Il croyait en l’unité essentielle de toutes les religions principales, et son Universal Worship inclut des textes tirés de 6 religions.
La Maryamiyya est un groupe néo-soufi élitiste très secret, recrutant que parmi l’élite intellectuelle et spirituelle. Ses sources sont les rituels d’un ordre algérien, les œuvres de Guénon et une série de visions dans lesquelles la Sainte Vierge aurait assigné au leader sa mission universelle.

Le soufisme américain ne bénéficie pas du garde fou du modèle islamique omniprésent pour ne pas trop dévier. De plus, intégrer la Sharia dans la vie américaine n’est pas aisé. Enfin la tendance au spiritualisme universel, s’il aide à attirer des membres, est aussi un risque de déislamisation.
Face à ces dangers, les groupes pratiquent soit un séparatisme rigide, soit un compromis limité. La seconde solution fonctionne beaucoup mieux. Les ordres répondent à leur environnement avec des compromis à un niveau superficiel en n’insistant pas sur la nature islamique du soufisme, mais à un niveau plus profond il n’y a pas de compromis, puisque leur pratique est solidement ancrée dans l’islam. (Threshold Society, Bawa Muhaiyaddeen Fellowship, Budshishiyya, Naqshbandiyya)

Enfin, en Amérique il y a beaucoup de lecteurs de poètes et écrivain soufis qui ne sont pas pour autant soufis eux-mêmes.

Le voyage des dieux africains dans le nouveau monde

La tragédie de l’esclavagisme s’étala entre le XVI et le XIX siècle, et eu de grandes répercussions sur les religions africaines. Des cultes nouveaux se sont implantés aux mêmes endroits que les esclaves. Le terme vaudou regroupe le culte des orixa/orisha en Afrique (Nigéria, Bénin), celui des voduns (Bénin, Togo, Ghana) et les variantes présentes dans le Nouveau Monde (cadomblé/macumba/umbanda, santeria, vaudou).

Quelques caractéristiques des cultes africains

Le terme vodun correspond à orisha et à loa/lwa. Il désigne des divinités, des forces spirituelles, des manifestations de phénomènes naturels (la foudre, le vent), des ancêtres divinisés de lignées royales. Les vodouns sont perçus suivant une hiérarchie qui va des dieux majeurs aux simples génies et dieux mineurs. Ces esprits font partie d’un monde où le sacré est omniprésent, et où il n’y a pas de frontière spirituelle entre le naturel et le surnaturel. Il y a une circulation incessante du divin entre notre monde habité et le monde des dieux. Le vodun s’inscrit dans une conception du religieux qui comprend trois aspects : la diffusion du sacré dans tout l’espace investi par l’homme, l’assimilation des entités spirituelles à la notion de force ou d’énergie vitale, la multiplicité d’êtres surnaturels assurant le lien permanent entre l’homme et le divin. Il y a donc multiplicité du divin et épiphanie plurielle.
Déjà en Afrique, on constate un double phénomène de migration des dieux, et de leur intégration au sein de peuples différents. Cet aspect fondamental aura une influence dans l’adaptation des dieux africains au Nouveau Monde.

La transe, à travers la danse et la musique, constitue l’élément central et l’évènement principal des cérémonies rituelles. Cette transe rappelle à l’assistance avertie l’histoire particulière de chaque esprit, la hiérarchie des dieux et la cosmogonie. La prise de possession entretien également le lien vital entre les divinités et les croyants. La transe se termine par els rites d’expulsion du dieu. Dans le vaudou, la transe renvoie à une lecture de la verticalité symbolique qui privilégie la descente au lieu de l’ascension. C’est la terre qui devient un espace sacré, et le corps un sanctuaire vivant.

Les mythes cosmogoniques connaissent le caractère instaurateur du sacrilège primordial et de la transgression fondatrice.

Les mutations

La traversée de l’Atlantique, la traversée du milieu, se faisait enfermé dans les cales des navires dans des conditions effroyables, avant de commencer la descente aux enfers agricoles. Dès l’embarcation sur les bateaux négriers, l’esclave subissait une sorte d’amputation de ses repères identitaires, suite à l’effacement brutal de ses principaux marqueurs anthropologiques. Une fois dans le Nouveau Monde, soit des groupes ethniques étaient reconstitués et opposés entre eux (diviser pour régner), soit les esclaves étaient mélangés pour créer une confusion linguistique et culturelle.
Le syncrétisme naturel des religions africaines les prédisposa à intégrer des éléments catholiques dans leur rituels (saints, …). Lorsque leurs pratiques religieuses étaient interdites, les africains les dissimulaient sous des aspects catholiques, ce qui aida à cette incorporation.
L’expérience de l’esclavage elle-même entraîna des modifications dans les structures religieuses africaines. Une catégorie de prêtre disparu petit à petit, dont la fonction était de prédire l’avenir, ceci sûrement dû à son manque de clairvoyance à propos de l’esclavagisme.
Toutes les divinités associées à la nature pâtirent du déracinement pour une nouvelle terre, nature d’exil et de captivité. La terre nourricière est devenue la terre meurtrière, et dévorante. L’espace agricole devient l’espace emblématique de la souffrance, le calvaire végétal organisé. Les divinités suprêmes sont frappées d’un deus otiosus soudain, car ils sont tenus pour responsable du drame de l’esclavage. D’autres divinités ont vu leur statut augmenter, en particulier celles liées à la maternité et la féminité, ou celles présentant un potentiel offensif et combatif important.

Le Sébastianisme brésilien

Le mythe fondateur de la nation portugaise, qui commence à être propagée au XVième siècle, prend son origine en 1139, lors d’un affrontement entre l’armée du futur premier roi du Portugal, Alphonse Henriques, et les Maures, dans la région de Ourique, l’actuel Alentejo. Le Christ serait apparu au jeune roi la veille de la bataille, l’assurant d’une victoire sur les « infidèles » et lui dévoilant la mission future du Portugal, celle de pays consacré à l’établissement de l’Empire du Christ sur terre.

Le roi Sébastien fut orphelin dès sa naissance. Très dévot, il ne s’intéressait qu’a la chasse et vivait plongé dans un idéal chevaleresque, ce qui le poussa à partir faire la guerre en Afrique du Nord, accompagné de la fine fleur de la chevalerie portugaise. Il y disparu à jamais, entraînant dans la mort 8000 hommes, et en faisant prisonnier 15000 autres. Il laissa le pays sans héritier.
Le pays fut sous le joug de l’Espagne entre 1580 et 1640, ce qui aida au développement de l’idée d’un Roi Messie à venir, d’un Prince de la Paix, dont l’arrivée signifiera la fin de l’Histoire et de début d’un Age d’Or de 1000 ans. Ce Roi Messie, ce Roi Caché, est alors identifié à Sebastien. Ce dernier se retrouve paré de toutes les vertus, et son retour doit libérer le pays de l’envahisseur.

Le Sébastianisme a traversé l’Atlantique pour gagner le Brésil, subissant des distorsions au passage. Sébastien est essentiellement vu comme un grand roi qui reviendra pour distribuer parmi ses adeptes d’immenses richesses et des charges honorifiques dans un monde ressemblant au Paradis terrestre biblique.
Entre 1817 et 1968, on identifie 18 mouvements messianiques différents, héritant du Sébastianisme, et dont certains vont jusqu’aux sacrifices humains pour accélérer la venue du Roi.
Par exemple, Antonio Conselheiro réunira autour de lui à Canudos une véritable armée de fidèles lui ayant cédé toutes leurs possessions. Il usera d’influence politique, achètera les curés locaux, avant de devoir affronter l’armée en 1896 dans une bataille sanglante. Ses fidèles courraient au massacre, assurés de leur résurrection prochaine.

Sainte Catherine de Sienne et son héritage spirituel

Catherine est la 25ième enfant d’un teinturier, dès l’age de 6 ans une expérience visionnaire lui montre le Christ siégeant en majesté dans l’empyrée, et l’introduit dans la contemplation habituelle des mystères de Dieu. Extases et visions se succèdent, signalées à partir de l’adolescence par des phénomènes déconcertants, telle l’insensibilité aux éléments. Elle se fait mantellate, c'est-à-dire consacrée à Dieu tout en restant dans le monde, sous la direction spirituelle des dominicains.
Elle connaît un cheminement mystique d’une rare cohérence, signalé par des grâces d’union stupéfiantes : échange de son cœur avec celui du Christ, épousailles mystiques, et en 1373 stigmatisation dont, à sa prière, les marques n’apparaissent pas sur son corps.
Elle gagne très vite en popularité. Illettrée, elle dicte en extase ses communications avec le monde céleste. Mais Catherine n’aspirait qu’à être oubliée, afin de vaquer dans la solitude et le silence à l’intime commerce avec le Verbe de Dieu. Si elle se propulsa sur la scène politique, c’est uniquement par obéissance, pour remplir la mission qu’elle avait reçue de Dieu, à savoir le rétablissement de l’unité et de la paix autour du pape ramené d’Avignon à Rome.
Elle se rend en Avignon pour, de la part de Dieu, ordonner au pape Grégoire XI de revenir à Rome, où son successeur Urbain VI la fera appeler afin de bénéficier de ses conseils inspirés. Elle y meurt à l’âge emblématique de 33 ans en 1380.

Les premières imitatrices de Catherine de Sienne n’auront pas sa modestie ni sa discrétion. Elles insistent sur les miracles, sur les signes extérieurs qui prouvent leur condition et leur assurent une importance politique.
Catherine eut une véritable héritière spirituelle à Lima à la fin du XVIième siècle. Isabel Flores, confirmée à l’âge de 7 ans sous le prénom Rosa, aura une apparition de la Vierge portant l’enfant Jésus. Rosa de santa Maria s’efforcera d’imiter Catherine de Sienne. Elle passe son temps en prière et s’inflige d’effrayantes pénitences. A l’âge de 20 ans, elle reçoit l’habit du tiers-ordre dominicain, ce qui la conforme encore plus à son modèle siennois.
Elle connaît des grâces d’union extraordinaires, qui culminent avec l’échange des cœurs et le mariage mystique. Pénitences et jeûne (elle ne vit que de l’eucharistie) font son quotidien. Elle non plus ne présente pas d’extériorités. L’inquisition conclura favorablement sur son cas. Elle meurt à l’âge de 33 ans.

Les témoins de Jéhovah

L’histoire des témoins commence avec Charles Russel, un jeune adventiste déçu par l’échec des prédictions annonçant le retour de Jésus successivement pour 1873 et 1874. Il constitue alors son propre groupe, les « Etudiants de la Bible ».
L’organisation est très centralisée autour de la Watch Tower Bible and Tract Society, une structure pyramidale dont l’unité de base est la congrégation, et dont l’organe de communication est le magazine The Watchtower (dès juillet 1879).
Avec le successeur de Russel, Joseph Rutherford, les Etudiants deviennent sectaires : leur opposition au monde, qu’ils qualifient de « satanique », grandit et ils se referment sur eux-mêmes. Ils prennent le nom de témoins de Jéhovah, ce qui démontre leur volonté de prosélytisme, et commencent à s’exporter avec succès. La doctrine jéhoviste se veut par essence chrétienne, mais est très critique à l’encontre des Eglises établies.

A partir de 1942, les pionniers et les missionnaires suivent des cours dans l’école de Gilead ou Galaad, à New York. Le but avoué de l’organisation est de faire de chaque fidèle un prédicateur efficace. En 1968, les témoins sont plus d’un million dans le monde, 3 millions en 1985, 4 en 1990.
Durant toute cette période, ils ont traversé des difficultés, dont l’échec de la prédiction de 1975, la régulation de la sexualité des adeptes, la purge à l’instigation de Frederick Franz pour conserver un pouvoir centralisé, …

Les Etats-Unis sont le centre administratif, doctrinal et décisionnel de l’organisation. Toutes les décisions sont prises à Brooklyn, puis se réverbèrent sur le reste du monde. La doctrine ne tolère aucune variante. Si un élément de doctrine doit être modifié, seul le collège central de Brooklyn en a le pouvoir, et la modification devient valable pour tous. Les témoins distribuent leur propre « traduction » de la Bible, qui reflète leur vision des choses.
En particulier, les témoins refusent la Trinité, qui est pour eux d’origine païenne. Jésus est une sorte de divinité secondaire subordonnée à Jéhovah. Ils rejettent la croix : pour eux Jésus fut crucifié sur un simple poteau. Ils se préparent pour Harmageddon, la bataille qui précèdera le millenium et l’instauration d’un Paradis terrestre. Le millenium est un règne de 1000 ans précédant la fin définitive du monde. Ils pensent que l’âme meurt en même temps que le corps et que son accession au Paradis ne se fera que pendant le millenium. Les témoins les plus méritants ainsi que quelques patriarches de l’Ancien Testament (144 000 personnes seulement en tout) seront directement transportés au ciel afin de régner avec Jésus. Les autres témoins ainsi que toutes les autres personnes vivront sur terre. Les 144 000 « oints » auront pour rôle de les juger, de manière à déterminer s’ils méritent la vie éternelle ou la mort. De façon à tester l’humanité, Satan sera relâché à la fin du millenium, et ceux qui choisiront de le suivre seront anéantis. Jéhovah règnera ensuite directement, sans l’intermédiaire de Jésus ni des « oints ».
Russel avait prédit le retour de Jésus sur terre pour 1914. Après cette date, il expliqua que le Christ était bien revenu, mais de façon invisible puisqu’il avait décidé d’établir son royaume dans les cieux. Ce retour annonçait la chute de Satan qui, précipité sur terre, avait entre autres méfaits déclenché la première guerre mondiale. D’une façon générale, chaque catastrophe est perçue comme une raison supplémentaire de croire que la fin du monde est proche.

Le témoins sont engagés dans des luttes juridiques dans de nombreux pays européens afin d’être officiellement reconnus comme religion ou, au moins, comme association culturelle. Aux Etats-Unis, la longue bataille juridique fut menée avec succès dans les années 50. Ces débats qu’ils instaurent permettent de faire évoluer la liberté religieuse en général.
De nos jour en Europe, la rupture avec la société environnante est un peu moins prononcée qu’avant. Les témoins acceptent plus facilement quelques petits compromis avec leur entourage. C’est en ce sens que l’on peut dire que les témoins en Europe sont en train de passer du statut de secte à celui de dénomination.

La Science Chrétienne

L’Eglise du Christ, Scientiste, fut fondée en 1879, 13 ans après que Mary Baker Eddy eut découvert la puissance de la prière et de l’Esprit dans le traitement de la maladie et du péché. Au sein du mouvement, la fondatrice est vue comme une « figure mondiale essentielle ». Elle a laissé de très nombreux écrits, dont Science and Health publié vers 1875.

Eglise de laïcs, la Science Chrétienne est engagée dans une métaphysique de la guérison. L’Esprit domine la matière ; le mal et la matière ne sont ni définitifs ni suprêmes, ils ne font pas partie d’un plan de création divin, ils n’ont aucun fondement dans la loi de Dieu, qui est Amour et Esprit.
Dieu est omniscient et infini, intelligence infinie. Il est l’Entendement seul et unique. Les êtres humains ne possèdent pas chacun un entendement particulier, mais chacun d’eux reflète simplement l’intelligence globale qui est Dieu.

La Science Chrétienne se développa énormément au début du XXième siècle au Etats-Unis. Il n’y a pas de missionnaires au sens propre, ses missionnaires permanents sont les livres de la fondatrice et les nombreux périodiques, dont principalement le quotidien The Christian Science Monitor.
Ce quotidien jouit d’une excellente réputation, l’objectivité de ses articles est reconnue de même que la qualité de ses reportages. 50% de ses lecteurs ne sont pas scientistes. Le journal comprend, en plus d’un contenu classique, un éditorial, un article religieux et des témoignages de guérison. L’éditorial, toujours anonyme, présente comment un problème, une difficulté au quotidien, a pu être résolue concrètement par la prière.
L’Eglise a également possédé des radios et une chaîne de télé. Elle s’est positionnée récemment sur le Web. Il existe une affinité entre Internet et la Science Chrétienne car tous deux communient aux sources de l’abstraction. Le cyberespace, fait d’idées et de circuits, rejoint la Science Chrétienne dans sa négation de la matière.

On note un déclin général du mouvement, particulièrement important aux Etats-Unis et en Europe, mais la Science Chrétienne reste présente dans un grand nombre de pays. Elle possède en effet deux atouts importants. Le premier est sa presse écrite de grande qualité. Le second est sa modernité, dont la gymnastique de l’abstraction et la revendication du statut scientifique sont deux aspects essentiels.

La Scientologie

Historique

L. Ron Hubbard est né en 1911, fit des études d’ingénieur et voyagea beaucoup en Orient. Il se fait d’abord connaître comme auteur de science-fiction en publiant en 1950 Dianetics. Devant le succès, il fonde la Hubbard Dianetic Research Foundation. La Scientologie, étape au-delà de la Dianétique, se mue en religion en 1954 lors de la création de la Founding Church of Scientologie.
Graduellement, LRH consolidera son dispositif religieux, mais il se désintéressera assez vite de la gestion du mouvement pour se consacrer à l’approfondissement de la doctrine.
Interdit dans de nombreux pays, LRH croisait en mer à bord de son navire amiral, le Flagship, accompagné de huit bateaux. Cette flottille constitue la Sea Org (Sea Organization), son corps d’élite en uniforme blanc de marin étant considéré comme un véritable ordre religieux.
LRH meurt en 1986 après avoir produit 15 000 pages d’écrits techniques, plus de 3000 conférences enregistrées et des dizaines de films.
La Scientologie accèdera au statut officiel de religion aux Etats-Unis en 1993, à l’issu d’un prodigieux conflit juridique avec l’administration fiscale.

Organisation

De nos jours, le Sea Org est présent sur tous les continents, et notamment à Los Angeles où se trouvent les unités de management, de publications (Bridge Publications), de cinéma (Golden Era Productions), et le Celebrity Center.

Le CSI, Church of Scientology International, assure la coordination ecclésiastique de toutes les branches dans le monde, lesquelles demeurent administrativement indépendantes et responsables. Le SMI, Scientology Missions International, gère toute l’infrastructure et l’encadrement des missionnaires. Le Religious Technology Center n’a d’autres buts que celui de garantir la pureté de ka doctrine et son usage correct. La Scientologie s’impose en bloc : un unique modèle pour le monde entier.

Les mots « Dianétique », « Scientologie », ainsi que d’autres mots et symboles associés à la religion, dont déposés dans le monde entier.

Principes et missions

Les scientologue utilise systématiquement d’acronymes, de références chiffrées à des paliers initiatiques et aux planètes où l’humanité est censée avoir vécu. Les textes de RH ne porte pas véritablement de titres mais simplement des sigles et des numéros. La parole de LRH fait office de sainte écriture, ne tolérant aucune interprétation ou aucune glose.

La technologie mise au point par LRH s’appelle la tech. Celle-ci ne doit pas être modifiée pour mieux correspondre aux cultures, bien qu’elle soit visiblement un produit du modèle occidental. Il y a ici un refus de prendre en compte l’imaginaire symbolique des patients. La Scientologie est donc basée sur le dogme selon lequel le mental fonctionne identiquement chez tous les humains, quels que soient leur éducation, leur culture et leur patrimoine génétique.
Le fonctionnement d’un être humain est décrit par des diagrammes qui démontrent comment les souvenirs ordinaires sont engrangés par l’esprit analytique qui les classes consciemment, alors que les traumatismes sont enregistrés inconsciemment par l’esprit réactif. Ces engrammes, traces négatives et douloureuses, datent soit d’un événement dont le patient peut se souvenir, soit d’un événement qu’il a vécu alors qu’il n’était pas conscient (dès sa conception, pendant sa vie de fœtus, sous anesthésie ou encore dans le coma).
Lors de l’audition, l’e-meter enregistre la charge émotive des paroles prononcées et la résistance encore inconsciente du patient. Le but de cette audition est d’amener le malade à revivre l’instant traumatique pour l’effacer totalement de son mental réactif, qui est situé en dessous du niveau de conscience de l’individu, afin de l’amener dans le mental analytique. Il s’agit d’augmenter le niveau de conscience de la personne, et de lui faire prendre conscience de sa responsabilité par rapport à tout ce qui lui arrive. Aucune crédibilité n’est donnée aux rêves, ni à l’hypnose. L’auditeur a un rôle passif, il doit rester totalement neutre et ne pas communiquer avec le patient.

L’aberree est celui qui n’a pas touché à la Dianétique. En début de thérapie on est pré-clair, puis clair lorsqu’on a remis en marche les potentialités du cerveau inutilisées jusqu’alors. Il y a ensuite des strates infinies dans le processus de clarification. Le clair peut se muer en Operating Thetan, puis au terme d’une très longue initiation, en Thétan.
A l’origine, avant la création, les thétans étaient des esprits parfaits et immortels, mais comme ils s’ennuyaient ils créèrent l’univers, le monde phénoménal ou MEST (Matter, Energy, Space, Time), et s’incarnèrent dans les humains, successivement dans plusieurs corps. Ils perdirent de ce fait leur toute puissance. Le thétan est l’âme mais aussi la personne réelle, la continuation et la persistance de l’identité qui transcende son enveloppe corporelle. La clarification débarrasse le thétan des traces négatives de toutes ses existences vécues.

L’enseignement Scientologue inculque qu’il faut travailler dur pour gagner sa vie, ne pas se reposer sur la couverture sociale, ne pas faire grève, en un mot respecter l’éthique du travail qui a fondé les Etats-Unis et l’Europe moderne mais qui, selon les scientologues, a maintenant cédé la place à l’assistanat public. La Scientologie est donc en accord total avec la doctrine capitaliste rigide. Aux Etats-Unis, 80% des scientologues gagnent plus que la moyenne, 98,1% ne dépendent d’aucune aide sociale, et à 74,5% sont en meilleure santé. Les scientologues incitent à une action dans la Citée. Améliorer la société est une priorité peur eux.

Missions

Un missionnaire est mandaté par l’Eglise, mais opère à toujours ses propres frais. C’est à lui de trouver son terrain et de le gérer. La pratique de la Scientologie reposant sur la connaissance de nombreux ouvrages et d’une technologie spécifique, le missionnaire doit acquérir un Mission Starter Package qui coûtait 35 000$ en 2001. Ca package contient des livres, un équipement vidéo, des films, des cours préparés, et un e-meter pour les séances d’audition. Les missions sont spirituelles, techniques et culturelle, puisque tout missionnaire exporte autant sa culture nationale que sa foi, même s’il s’en défend.
Un missionnaire fonde officiellement une mission quand il a réunit un certain nombre d’émules. Selon les cas, elle pourra ensuite se muer en Eglise ou rester simple mission. Les missions fonctionnent en tant que franchise, dont le programme officiel fut mis en place dès 1959, et elles sont régies en tant qu’entreprises commerciales, de type associatif. L’obligation de précision comptable est impressionnante. Les objectifs fixés pour chaque année sont sans cesse répétés et doivent être réalisés, et sont très similaires à ceux d’autres religions à fort prosélytisme. Les missionnaires doivent rester en contact avec le SMI, qui organise des réunions et stimule la concurrence entre les diverses missions.
Le missionnaire a pour tâche de recruter des curieux, de les aider dans les premières étapes de l’instruction, les cours de base, et de les guider vers les centres institutionnalisés pour les étapes supérieures. Ces opérations consistent à faire monter le postulant sur le Pont, ce Pont qui vous permet de quitter le désert de votre vie actuelle pour accéder à un paradis verdoyant, celui de la connaissance de soi.
Les premières séances et cours sont payants, pour un prix équivalent à celui d’une longue cure psychanalytique. Le répondant subira des auditions avec l’e-meter, afin d’améliorer ses performances. 10% des curieux dépassent les stades inférieurs de l’initiation.

La méthode des scientologues la plus connue pour prendre contact avec les gens est le test de personnalité qu’ils distribuent (Oxford Capacity Analysis, comportant 200 questions censées cerner la personnalité et les faiblesses du répondant).

Le renouveau charismatique catholique

Les évangiles parlent de façon assez précise de l’activité thaumaturgique de Jésus. De plus, à plusieurs reprises dans ces mêmes évangiles, le Christ prescrit à ses apôtres de l’imiter dans son œuvre de guérison et de libération.

Et voici les signes qui accompagneront ceux qui auront cru : en mon nom, ils chasseront les démons, ils parleront des langues nouvelles, ils prendront dans leurs mains des serpents, et s’ils boivent quelque poison mortel, cela ne leur fera aucun mal ; ils imposeront les mains à des malades, et ceux-ci seront guéris.
(Mc 16 : 17-18)

Traditionnellement méfiant vis-à-vis de tout événement exceptionnel semblant échapper aux lois naturelles, le magistère de l’Eglise catholique, notamment depuis le concile de Trente, estimait que seules des personnes particulièrement saintes pouvaient opérer des miracles, et même des guérisons. Les saints eux-mêmes se montraient de leur vivant particulièrement prudents vis-à-vis des phénomènes dont ils étaient pourtant les acteurs ou les « instruments ». Ainsi le message de l’Eglise catholique sur la santé peut se trouver incompris d’une société qui fait de celle-ci un objectif prioritaire.

Le renouveau est apparu aux Etats-Unis avant de se répandre sur les autres continents. Au XIXième siècle, la plupart des mouvements de réveil, notamment les Shakers, incitent leurs adeptes à faire l’expérience de la puissance divine en demandant une guérison physique ou psychologique allant de pair avec leur transformation spirituelle.
Les premières communautés « pentecôtistes » se forment au tout début du XXième siècle en divers endroits du globe mais surtout aux Etats-Unis, autour du principe de guérison par la prière comme cela était sensé se pratiquer dans l’Eglise primitive. Ces communautés attirent très vite beaucoup de monde, et les différentes Eglises institutionnelles réagissent avec beaucoup d’hostilité à leur égard. Face à ce rejet, les pentecôtistes forment alors de nouvelles Eglises.

L’expérience vécue lors du baptême du « Saint-Esprit » impliquait non seulement un renouvellement profond de la vie spirituelle du croyant, comme à l’occasion de la conversion ou « nouvelle naissance » depuis longtemps recherchée dans les mouvements évangéliques, mais également une pratique effective des « charismes » énumérés par l’apôtre Paul dans la 1re Epître aux Corinthien 12 : 4-11. Les pentecôtistes insistaient tout spécialement sur la glossolalie (ou don des langues) et les « dons de guérison ».
Quelques noms de personnes ayant témoignés de ces dons : le pasteur Richard Price, Kathryn Kuhlman (membre d’une Eglise baptiste),

A la fin des années 50, on assiste à un renouveau des mouvements pentecôtistes, un « néo-pentecôtisme ».
La structure relativement souple des groupes baptistes ou congrégationalistes permet une pénétration plus ou moins aisée des doctrines et des pratiques pentecôtistes. Les Eglises protestantes réagissent officiellement de façon assez négative, motivées par l’importance des dissensions occasionnées au sein de chacune d’entre elles par l’irruption du phénomène charismatique.
Assez rapidement de « puissants » ministères de guérison commencent aussi à surgir dans les Eglises luthérienne, presbytérienne ou épiscopalienne.

Le renouveau charismatique commence de pénétrer l’Eglise catholique à la fin des années 60. Il ne reçoit pas le même traitement hostile que dans l’Eglise protestante : l’accueil y est prudent mais bienveillant. Il y a par exemple eu quelques mises en garde contre la « soif de domination » et la « tentation magique » liées à l’utilisation de tels pouvoirs.
Comme dans les mouvements protestants, l’accent est mis sur une prédication « vivante » de la Parole qui suscite la conversion et la foi chez les auditeurs. Il existe une fécondation mutuelle du pentecôtisme et du néo-pentecôtisme protestants avec le pentecôtisme catholique. Des différences existent cependant :

  • L’accent est mis d’emblée plus fortement sur la guérison intérieure de toute la personne

  • Redécouverte du sacrement de réconciliation, de l’eucharistie, et dans une moindre mesure des autres sacrements

  • Les charismes de guérison ne sont pas ceux des personnes ayant un pouvoir, mais sont dans la guérison elle-même, dans le malade qui guérit

  • Ne pas « oublier la Croix » ; c'est-à-dire que guérison et souffrance ne sont pas opposables, elles trouvent dans la Passion du Christ leur lumière et leur raison d’être.

  • Une importance accrue de la personne de Marie

60 millions de catholiques à travers le monde semblent avoir été touchés à un degré ou à un autre par le renouveau charismatique. On a des témoignages de très nombreuses guérisons miraculeuses au sein des communautés charismatiques catholiques.

Bibliographie

Ouvrage collectif sous la direction de Bernadette Rigal-Cellard : « Sectes, Eglises, Mystiques : Echanges, conquêtes, métamorphoses ».