Chine

La Chine antique

Néolithique

Les plus anciens documents archéologiques remontent au VI et V millénaires.
Le peuple chinois vient de multiples combinaisons ethniques, sa culture constitue une synthèse complexe et originale dans laquelle on peut déceler l’apport de plusieurs sources.
Même si certaines technologies ont été inventées, ou radicalement modifiées, en Chine, la Chine protohistorique semble avoir reçu nombre d’éléments culturels d’origine occidentale, diffusés à travers la Sibérie et les steppes de l’Asie Centrale.

Pour la première période néolithique (dite de Yang-chao), les documents évoquent surtout des idées et croyances en rapport avec l’espace sacré, la fertilité et la mort (la survie de l’âme). La maison a une structure centrale avec un trou de fumée. L’urne funéraire possède un trou au sommet, c’est la « maison » du mort.
Les sociétés de cette époque observaient les règles de la descendance matrilinéaire. Le symbolisme de la mort y a un caractère sexuel : naissance, régénération et renaissance.
Durant la période suivante (dite de Lung-chao), la société est patrilinéaire et caractérisée par le culte des ancêtres.

On retrouve donc dans ces deux époques les préoccupations traditionnelles des sociétés archaïques : la solidarité entre la vie, la fertilité, la mort et la post-existence, la conception du cycle cosmique illustré par le calendrier et actualisé par les rites, l’importance des ancêtres, le mystère de la conjugaison des contraires, anticipant l’idée de l’unité/totalité de la Vie cosmique, qui sera dominante pendant les époques ultérieures

Bronze, la dynastie des Chang, 1751 - 1028

L’époque de la dynastie des Chang est celle de la métallurgie du bronze, de l’apparition des centres urbains et des villes-capitales, de l’aristocratie militaire, de l’institution de la royauté et des débuts de l’écriture.

On est surtout renseigné sur les croyances et rituels du clan royal. On y retrouve nombre de conjonctions de symboles polaires, d’unions d’images antagonistes, formant une dialectique des contraires qui sera le thème central pour les philosophes et mystiques taoïstes.

Il y a un dieu suprême céleste, Ti (« Seigneur ») ou Chang Ti (« Seigneur d’En Haut »). Son culte indique un certain déclin de la primauté religieuse : on lui préfère les ancêtres. Mais il reste le seul invoqué pour les questions de fécondité (la pluie) et de guerre, les deux principales préoccupations du Souverain.

Le Roi a un rôle prééminent, et son premier ancêtre est supposé descendre de Ti. Seul les ancêtres du Roi peuvent intercéder auprès de Ti, et seul le Roi peut communiquer avec ses propres ancêtres.

Le système sacrificiel est complexe, et basé sur le calendrier et surtout sur l’année. Il montre aussi l’existence d’une classe de « spécialistes du divin ».

Dans les tombes royales, on retrouve des victimes humaines, immolées pour accompagner le Souverain dans l’autre-monde. Des sacrifices humains étaient aussi pratiqués lors de la construction d’édifices. Le monument devenait le nouveau « corps » de l’âme de la victime.

La dynastie des Tcheou, 1028 - 256

La période des Tcheou Occidentaux, jusqu’en 771, est suivie par celle des Tcheou Orientaux (771 – 256). De 400 à 200 c’est une époque de guerres ininterrompues, dite « époque des Royaumes Combattants », qui prit fin avec l’unification de la Chine sous l’empereur Houang-ti. C’est pourtant pendant cette période que la civilisation chinoise et la philosophie s’épanouissent.

Le Ciel, le dieu céleste T’ien (Ciel) ou Chang-ti, est un dieu anthropomorphe et personnel. Il est omnipotent et transcendant. Il perd progressivement sa nature religieuse pour devenir le principe de l’ordre cosmique, le garant de la loi morale. Il reste le protecteur de la dynastie. Le Roi est le « fils de T’ien » et le « régent de Chang-ti », il représente le divin.
Le culte des ancêtres prolonge les structures mises en place à l’époque des Chang. L’urne-maison est remplacée par une tablette.
Avant d’être représentée comme une Mère, la Terre était vue comme une puissance créatrice cosmique, asexuée ou bisexuée. A l’époque des Tcheou, il y avait une multitude de dieux du sol, hiérarchiquement organisés.

Eléments religieux

Cosmogonies

Aucun mythe cosmogonique n’a été conservé stricto sensu. Mais on retrouve les traces de plusieurs traditions cosmogoniques.

On trouve un mythe qui explique la Création par le sacrifice d’un Etre primordial, P’an-Kou.
Une autre tradition parle d’une époque primordiale paradisiaque où le Ciel et la Terre étaient très proches. Ils ont été séparés à la suite d’un évènement mythique (une « faute rituelle »). Seule l’extase permet maintenant de rejoindre le Ciel.
Un troisième mythe parle d’un couple frère-sœur à corps de dragon, enlacés. Ils construisent le monde, et fabriquent les hommes à partir de la terre.
Il existe aussi un mythe d’un héros civilisateur, Yu le Grand, qui fait s’évacuer l’eau qui recouvre le monde et chasse les serpents et dragons. Le Souverain s’installe alors dans un « Centre » et achève l’organisation de la société.

L’image de l’univers est celle du Centre, traversé d’un axe vertical zénith – nadir, et encadré par les quatre orients. Le Ciel est rond, et couvre la Terre carrée comme une sphère. La Chine est située au centre du monde, la capitale au centre de la Chine, et le Palais Royal au centre de la capitale. Toute Capitale doit posséder un palais rituel, édifié sur une base carrée (la Terre) et recouvert d’un toit de chaume rond (le Ciel), qui est à la fois imago mundi et Calendrier. Pendant toute l’année, le Souverain circule rituellement sous le toit. Cette vision de la structure et des rythmes de l’univers est restée inchangée jusqu’à la révolution de 1911.

Polarités, alternance et réintégration

L’originalité de la pensée chinoise consiste dans l’intégration du schéma macrocosme-microcosme dans un système plus vaste de classification, celui du cycle des principes antagonistes mais complémentaires du Yang et Yin. L’idée d’alternance l’emporte sur l’idée d’opposition. Le monde représente une totalité d’ordres cycliques constitués par la conjugaison de deux manifestations alternantes et complémentaires.
De plus, Yang et Yin ont été intégrés dans une cosmologie qui, d’une part, systématisait et validait de nombreuses techniques du corps et disciplines de l’esprit et, d’autre part, incitait à des spéculations philosophiques de plus en plus rigoureuses et systématiques.

Yin : le temps froid et couvert, s’applique à ce qui est intérieur. Nature féminine.
Yang : idée d’ensoleillement et de chaleur. Nature masculine.

Confucius

Confucius vivait à une époque d’anarchie (551-479). Il comprit que la seule solution était une réforme radicale (morale et politique) du gouvernement, effectuée par des chefs éclairés.
Il consacra sa vie à l’enseignement. C’est après sa mort que ses disciples se transmettent son enseignement jusqu’en -200, où les souverains de la dynastie Han les chargent de l’administration de l’Empire. Dès lors, la doctrine du Maître guida les services publics pendant plus de 2000 ans.

Confucius était plutôt philosophe que religieux, bien qu’il se croyait chargé d’une mission par le Ciel et que ses idées aient influencé la religion chinoise.
Il ne rejette aucune idée traditionnelle : le Tao en tant que principe et source du réel, l’alternance du Yin et du Yang, l’analogie entre microcosme et macrocosme, le culte des ancêtres, le dieu du Ciel...
Il exalte et revalorise la fonction religieuse des rites et des comportements coutumiers. Selon lui, on doit se préoccuper d’abord de l’existence humaine terrestre, les spéculations métaphysiques et théologiques à propos du Ciel et de la vie après la mort sont inutiles : « Si vous ne pouvez servir les hommes, comment pourriez-vous servir les esprits ? ».
Un homme suivant le Tao et pratiquant correctement les rites et coutumes devenait un « homme supérieur ». « Avec un comportement correct, on n’a pas besoin de donner des ordres » : il prônait un gouvernement par la vertu.
La suprême satisfaction est dans le développement de ses propres vertus, constituant la véritable noblesse. Les héros civilisateurs étaient des modèles exemplaires de l’art de gouverner, afin d’assurer la paix et le bonheur du plus grand nombre.

Le Taoïsme

De nombreuses d’écoles philosophiques cohabitent à l’époque des Royaumes Combattants. Parmi elles, les écoles taoïstes (tao-kia) étaient principalement organisées autour d’un maître qui enseignait à ses quelques élèves. Toutes les sectes avaient un caractère ésotérique et initiatique. Le maître transmettait l’enseignement, et faisait subir des épreuves souvent très difficiles à ses disciples.
Les écrits de cette période sont perdus, à l’exception de ceux de Lao-tseu et Tchouang-tseu.

On distingue le taoïsme religieux (tao-kiao), mouvement plus populaire, du taoïsme philosophique (tao-kia), d’une très haute portée spirituelle.
Le taoïsme, en devenant une religion, ne rompait pas avec une certaine tradition plébéienne des philosophes, mais se il transforma tout de même beaucoup.

La mystique de Lao-tseu et Tchouang-tseu

On ne connaît pratiquement rien de la vie de ces deux maîtres, qui devaient être des « sages cachés », attitude en opposition avec celle des confucianistes. On n’est même pas sûr que Lao-tseu fût un personnage historique.
Lao tseu rejette le système confucéen : importance des Rites, respect des valeurs sociales et rationalisme.

Tchouang-tseu, le deuxième grand Maître du taoïsme, vécu probablement au -V siècle.

Une voie

Le sens propre du mot Tao est « chemin », « voie », mais aussi « dire », d’où le sens de « doctrine ».
Le Tao est une voie à suivre, une direction de conduite, de règle morale. C’est aussi l’art de mettre en communication le Ciel et la Terre, les puissances sacrées et les hommes. C’est un principe d’ordre immanent à tous les domaines du réel.

Les taoïstes tournent le dos délibérément à la société et n’aspirent qu’à exalter leur puissance vitale, la longue vie, voir même cherchent la vie éternelle. Ce salut personnel s’obtient par l’identification au Principe Suprême, le Tao, et profite à la nature entière.
La quête de la longue vie fait partie intégrante de la quête du Tao, même si Lao tseu ne semble avoir cru ni à l’immortalité physique ni à la survie de la personnalité humaine.

Aspects du Tao

Lao-tseu défini un Tao permanent ou Suprême (Tch’ang Tao), c’est une réalité supérieure, absolue, qui transcende les modes sensibles et insensibles de l’être, dont on ne peut même par parler. Il parle donc du Tao « second », appelé « La Mère du Monde », et symbolisé par « la divinité du Val », la Femelle obscure qui ne meurt pas. L’image de la vallée suggère à la fois l’idée du vide et du réceptacle des eaux, donc de la fécondité. En se confortant au modèle du Tao « second », l’adepte réanime et fortifie ses virtualités féminines, en premier lieu la « faiblesse », l’humilité, la non-résistance.
L’idée pan-chinoise du circuit cosmique joue un rôle important dans le Tao-tö-king. Le Tao « circule partout dans l’univers, sans jamais être arrêté ».
Lao-tseu spéculait sur l’origine du monde et voyait la création à partir d’une totalité/unité comparable à un œuf. Dans son Tao-tö-king, il est dit : « Le Tao donna naissance à Un. Un donna naissance à Deux. Deux donna naissance à Trois. Trois donna naissance aux dix mille êtres. Les dix milles êtres portent le Yin sur leur dos et embrassent le Yang ».
Dans une autre vision cosmogonique, le Tao est vu comme une totalité primordiale, vivante et créatrice, mais sans forme ni nom.

Le Tao comporte les deux aspects antithétiques et complémentaires du Yin et du Yang : un aspect sombre et un aspect lumineux, un aspect froid et passif et un aspect chaud et actif.

Le vide est un thème important, il est l’absence de qualité sensible qui caractérise le Tao. L’esprit doit se vider de toute notion particulière et de toute passion. Il n’y a de vérité que dans la totalité, laquelle doit être vécue intuitivement indépendamment de l’usage des sens ou de l’intellect. La connaissance parfaite est d’ordre mystique et annule la distinction du moi et du monde.

Les taoïstes cultivent le wou-nei, le « non-agir » ou plutôt le « ne pas intervenir dans le cours naturel des choses ». Cette vision s’oppose au principe de « l’homme supérieur » proposé par Confucius. Elle s’applique tout de même aux princes dans le Tao-tö-king : « Le meilleur des princes est celui dont on ignore l’existence ».

Lorsque l’homme laisse libre cours à ses appétits, ses principes vitaux et spirituels s’échappent de son corps. Il est donc nécessaire d’éviter la société, de se purifier par la méditation pour aboutir à l’extase salvatrice, « embrasser l’unité ».
La technique taoïste de l’extase est de nature et structure chamanique. Pendant sa transe, le chaman se délivre du temps et de l’espace : il s’envole au « Centre du Monde », réintègre l’époque paradisiaque d‘avant la « chute ». Le taoïste va, lui, à l’Origine des choses, il transcende les conditionnements qui caractérisent la condition humaine, et ainsi modifie radicalement son régime ontologique.
L’illumination (ming) atteinte, l’immortel est libéré de la pesanteur et de son corps, ce qui a donné lieu à des images d’êtres volants.

Pour Tchouang-tseu, la seule connaissance parfaite est celle d’ordre extatique, puisqu’elle n’implique pas la dualité du réel. Il identifie vie et mort comme les deux aspects de la réalité ultime. Ce thème de l’unité Vie/Mort sera continuellement repris par les auteurs taoïstes.

Evolution du taoïsme religieux

C’est principalement grâce aux recettes d’immortalité et aux techniques pour accroître la puissance de vie que les taoïstes ont trouvé des adeptes dans tous les milieux. Les sectes ont commencé à se répandre vers le –II siècle.

Le succès des sectes tournait autour de recettes pour entrer en communication avec les Génies et les Immortels. Ceux-ci résidaient soit dans les îles merveilleuses à l’est, soit sur la montagne mythique du Kouen-louen à l’extrémité occidentale du monde.
Ces immortels, parfois d’anciens humains, connaissaient les élixirs et recettes de longue vie. L’alchimie se développa également dans cette direction de recherche de l’immortalité.
La mystique des philosophes s’est donc mélangée à de nombreux éléments empruntés aux sciences occultes et à la mythologie des Immortels.

Lao-tseu fut divinisé, et acquit les traits d’un dieu sauveur qui s’était incarné pour révéler aux hommes les textes sacrés et efficaces.

Le premier livre du taoïsme religieux est le T’ai-p’ing king, vers +130. Il inspira des mouvements de rébellion à l’est du pays organisés autour de la secte des « Turbans Jaunes ». Au même moment au Nord, la secte des « Cinq boisseaux de riz » commence à édifier un véritable état théocratique. Les 2 mouvements étaient organisés en une hiérarchie de prêtres-magiciens guérisseurs.

Ce taoïsme collectif reposait sur la santé, la longue vie. Celle-ci s’obtenait grâce à des exercices respiratoires, à une diététique et à une hygiène sexuelle, mais aussi à des vertus morales et à des cérémonies collectives à fortes mises en scène.
En parallèle, le taoïsme individuel continuait à garder les faveurs des classes aisées et intellectuelles. En particulier, Ko Hong (283-343), auteur d’un célèbre traité où il est beaucoup question d’alchimie, se montre très hostiles aux sectes populaires.

Vers 300, les sectes des Maîtres Célestes et du Mao chan (avec un culte médiumnique en relation avec les Immortels) sont les plus actives.

Le bouddhisme était un concurrent redoutable pour le taoïsme. Ce dernier chercha à lutter contre son influence en imitant ses institutions et ses écritures, puis en le faisant condamner.

Les membres de la dynastie T’ang considéraient Lao-tseu comme leur ancêtre. A cette époque, les écrits des philosophes taoïstes antiques devinrent des classiques. Ce succès fut fâcheux pour les bouddhistes. De leur côté, les temples taoïstes s’enrichirent énormément, en contradiction avec l’idéal premier du Tao.
Des sectes taoïstes se forment contre cette sédentarisation, la plus importante est Ts’iuan-tchen, « Perfection Achevée », formée par Wang Tchong-yang au XII siècle.

Jusqu’à nos jours, le taoïsme est principalement représenté par deux sectes : le Ts’iuan-tchen kiao et le Tcheng-yi kiao (secte des Maîtres Célestes).

Les écritures taoïstes

Les livres figurant dans le canon taoïste sont classés en 7 sections : 3 principales (les trois « grottes », tong) et 4 complémentaires (fou).
Chacun des trois tong s’est constitué autour d’un texte (ou un groupe de textes) révélé. Le Tao-tö king et le T’ai-p’ing king, eux aussi considérés comme révélés, sont chacun à l’origine d’un fou.
Le canon compte entre 1200 volumes pour les plus anciennes versions et 3744 volumes pour les plus récentes.

Morale, rétribution, discipline

A partir du moment où le taoïsme devint une religion qui s’adressait aux masses populaires, il ne pouvait manque de se donner une morale et d’instituer une discipline.

Les pêchés étaient rachetés par la confessions publiques et les actes de bienveillance. La maladie était un châtiment naturel qui frappait les coupables.
Du Tao-tö king furent tirés des commentaires sous formes de manuels de morale.

L’observation des règles morales devint un préalable à toutes les autres pratiques.

Ko Hong en vient à dire que les mauvaises actions retirent un certain nombre d’années à la vie du pêcheur. De plus, pour devenir un immortel, l’adepte doit cumuler un certain nombre de bonnes actions, sans aucune mauvaise action au risque de devoir tout recommencer. Il donne une liste des bonnes et mauvaises actions qui restera le code de morale populaire.

Sous l’influence du bouddhisme, les taoïstes rajoutèrent pour les pêcheurs les notions de renaissances sous des formes non humaines et de condamnations aux enfers.

Les pratiques d’immortalité

Le taoïsme de Lao-tseu et Tchouang-tseu est une philosophie pure qui contraste avec la recherche de l’immortalité physique, comme on la retrouve dans le taoïsme religieux. Pour Lao-tseu, on cultive son principe vital par le wou-wei, tandis que dans le taoïsme religieux l’immortalité physique est le but ultime et les méthodes pour l’atteindre sont nombreuses et compliquées. Mais pour ces derniers, ces pratiques ne contrarient pas la Nature, au contraire elles aident ses processus.

Ces méthodes visent trois types d’immortalité :

  • La première catégorie d’immortels rejoint le Ciel de leur vivant, au moment de l’illumination.

  • La deuxième catégorie se contentent de sortes de paradis terrestres : les Iles Merveilleuses, ou encore la montage sainte K’ouen-louen.

  • Une troisième catégorie concerne les immortels qui n’accèdent aux paradis terrestres qu’après leur mort, laissant derrière eux leur cadavre. C’est la « libération du cadavre ».

Le corps humain

Théorie médicale

Le corps comprend 3 sections : une supérieure (tête), une médiane (poitrine), une inférieure (ventre).
Il y a 5 viscères, chacune en relation avec un élément : poumon (métal), cœur (feu), rate (terre), foie (bois) et reins (eau). Ces éléments sont également liés aux 5 orients et aux 4 saisons, et sont aussi des souffles d’énergie (k’i).
L’énergie circule entre ces éléments et l’extérieur par les orifices naturels, d’où l’importance de la nourriture et du souffle.
Pour les médecins chinois, guérir, c’était essentiellement dénouer un nœud pour rétablir une libre communication dans l’organisme.

Apports du taoïsme

Le corps contient trois sections, désignées champs de cinabre, localisées dans le cerveau, près du cœur et au dessus du nombril. Ces champs peuvent être très imagés, par exemple ils peuvent être vus comme des palais.
Les organes du corps sont habités de dieux et d’esprits saints, mais aussi de démons : les Trois Vers, qui font tout pour que l’individu qui les héberge meure au plus vite. L’adepte se nourrit d’aliments et d’herbes médicinales contenant les « énergies » spécifiques aux Champs et à la lutte contre ces démons. Il nourrit la force vitale par les énergies naturelles : le soleil, la lune, les souffles cosmiques, …
La respiration et le contrôle du souffle ont une grande importance.

L’alchimie chinoise

L’alchimie chinoise est établie dès le –IV siècle. Au –II, le rapport entre la chrysopée et l’obtention de la vie éternelle est attestée : boire dans des coupes fabriquées d’or alchimique procurait l’immortalité.
L’immortel Houang-ti, patron des alchimistes, médecins et devins, le Souverain Jaune, était aussi très lié au taoïsme religieux. Plus tard, Ko Hong développa beaucoup l’alchimie chinoise.

Les alchimistes chinois reprennent les croyances classiques de l’alchimie : la croissance des métaux dans le ventre de la Terre (et en particulier, chercher à l’accélérer), la transmutation et la valeur mystique de l’or, le statut spécial du forgeron, ainsi que la valeur sotériologique des opérations effectuées. Ils utilisent en plus des techniques poursuivant le prolongement de la vie, la béatitude et la spontanéité spirituelle.

Le cinabre intérieur (nei-tan)

Le nei-tan est une alchimie intérieure qui tend à transmuer l’organisme en corps immortel. Le corps humain devient un athanor en soi.

Anciennement, il y avait des techniques de rétention du souffle, qui consistait à respirer l’air intérieur, considéré comme une nourriture.
A partir des T’ang apparaît la respiration du souffle interne. Chaque homme possède une parcelle du souffle originel (Yuan-k’i), principe de vie qui doit être conservé mais qui tend à s’échapper par la bouche ou le nez. Si on parvient à le conserver entier, on obtient la vie éternelle.
La respiration embryonnaire a pour but de faire circuler le souffle cosmique à travers le corps au moyen de la vision intérieure. Elle vise un retour à une condition originale, pure. Les massages et exercices gymnastiques aident le souffle à traverser certains passages difficiles. Il est dit que le saint respire avec tout le corps.
Les exercices de respiration concernent aussi les émanations solaires, lunaires ou stellaires.

Les champs du cinabre sont assimilés à la montagne mystique K’ouen louen des immortels. Pour y pénétrer par la méditation mystique, on entre dans un état chaotique, assimilable à l’état primordial, paradisiaque, inconscient du monde incréé, ou à la materia prima, la massa confusa de l’alchimie occidentale. Cette réduction correspond, sur le plan de l’expérience intérieure, à la régression au stade pré-natal, embryonnaire, comme pour la respiration embryonnaire.

Le cinabre extérieur (wai-tan)

A partir des Han, le cinabre et l’or deviennent des ingrédients de l’élixir d’immortalité : cinabre pur, or potable, pilule d’immortalité. Ko Hong donna de nombreuses recettes pour préparer le cinabre.
L’or et le jade, du fait qu’ils participent au principe Yang, préservent les corps de la corruption.

Le cinabre (sulfure de mercure, de couleur rouge), mis dans le feu, produit le mercure. Il recèle ainsi le mystère de la régénération par la mort que symbolise la combustion). Il peut donc assurer la régénération perpétuelle du corps et procurer l’immortalité.

A partir d’une certaine époque, l’alchimie externe (wai tan) est considérée comme exotérique par rapport à l’alchimie interne.

Les pratiques sexuelles (fang-tchong)

Les techniques sexuelles qui sont à la fois un rituel et un moyen de méditation. Elles remontent à une haute antiquité. On peut retrouver dans les pratiques sexuelles taoïstes une influence indienne du tantrisme, surtout des voies dites « de la main gauche ».

La technique taoïste de la « voie de l’Yin » consiste à éviter la dispersion de l’énergie vitale en effectuant l’acte sexuel sans éjaculation. La rétention rend possible la circulation à l’intérieur du corps de la semence mélangée au souffle, et son ascension jusqu’au champs supérieur de la tête pour revitaliser le cerveau.
Afin de réparer le cerveau, l’adepte devait absorber une grande quantité de Yin, raison qui le poussait à changer plusieurs fois de partenaire. Ce besoin a donné lieu à des cérémonies rituelles collectives, dont les racines remontent aux cérémonies agraires de la protohistoire.

Un des principaux objectifs de la technique sexuelle taoïste est de mélanger la semence avec le souffle dans le Champs de Cinabre inférieur et de former, au dessous du nombril, l’embryon mystérieux du nouveau corps immortel.

Une pratique consistait à absorber l’énergie vitale des femmes qu’on approchait, car provenant des sources même de la vie, cette énergie procurait une longévité considérable.

Autres pratiques

Pratiques contemplatives

L’idée que le corps est habité par des esprits ou des génies intérieurs, que l’on trouve en germe chez les philosophes, va beaucoup se développer.
Le corps est un microcosme structuré comme le macrocosme, les esprits associés aux viscères étant identiques au « souffle » de l’univers.
Lors de la méditation, l’adepte extériorisait ses génies intérieurs et les projetait autour de lui.

Pratiques magiques

Les prêtres taoïstes connaissent de nombreuses méthodes pour lutter contre le mal : formules imprécatoires, talismans, danses magiques, etc. Les talismans sont en particulier liés à un des fou du canon.

Les cérémonies collectives

A partir des Maîtres Célestes, il existe des cultes publics, les tchai, qui ont une efficacité purificatrice pour toute la collectivité.