La religion Iranienne

Zarathustra et la religion iranienne

La contribution iranienne à la formation religieuse de l’Occident est importante : concept du Temps Linéaire, le mythe du Sauveur, eschatologie optimiste proclamant le triomphe définitif du bien, la doctrine de la résurrection des corps, la mythologie des Magus, …
Mais les documents concrets restent très décevants par leur sécheresse et la platitude des textes. Les gathas, vraisemblablement rédigés par Zarathustra, sont les seuls textes « agréables ».
Il est difficile de cerner les rapports entre les Mages iraniens et le zoroastrisme. Sous les achéménides, ils représentent la classe sacerdotale par excellence. Plus tard, ils reprirent nombre de rites et de coutumes zoroastriens, et finirent par être considérés comme les disciples de Zarathustra, qui lui-même devint le plus grand des Mages.

Zarathustra.

Le personnage de Zarathustra, s’il a vraiment existé, a été transformé en archétype, exprimant les vertus de sa vocation. On lui attribuera même tardivement une pré-existence céleste. Il suivra le parcours exemplaire du Sauveur en train d’être divinisé. Il annonce ce Sauveur, Saoshyani, et sera petit à petit identifié ou assimilé à lui.
Son activité se serait située entre 1000 et 600. C’était un prêtre sacrificateur, appartenant à un clan d’éleveur de chevaux (des pasteurs), et était marié avec deux enfants. Il était pauvre. Il s’attaqua aux prêtres de son clan et fut obligé de fuir. Il était entouré d’un groupe d’amis et de disciples, et devint ami avec le roi achéménide Vishtaspa.
C’est en transe qu’il avait ses visions et communiquait avec Ahura Mazda. Il devait être familier des techniques chamaniques indo-iraniennes, même si les extases et visions attestées dans les gathas, et ailleurs dans l’Avesta, ne présentent pas une structure chamanique.

La révélation d’Ahura Mazda, le mazdéisme

Ahura Mazda correspond au Varuna indien. Avant Zarathustra, les iraniens le vénéraient comme grand dieu ou même dieu suprême.
Les gathas sont remplis d’interrogations directes à Ahura Mazda. Le châtiment des méchants et la récompense des vertueux obsèdent Zarathustra. Il dénigrent les « sociétés d’hommes » qui continuent leur sacrifices et consomment le haoma.
Zarathustra reçoit la révélation de la nouvelle religion directement d’Ahura Mazda, il imite l’acte primordial du seigneur en choisissant le Bien, et ne demande pas autre chose à ses fidèles. L’homme est sommé de suivre l’exemple de Ahura Mazda, mais reste libre de son choix.
Ahura Mazda occupe la première place. Il a créé le monde par la pensée. Il est accompagné par une escorte d’Etres Divins (Amesha Spenta), qu’il a en partie engendré, et qui comportent une valeur abstraite (l’Ordre, le Pouvoir, la Dévotion, etc.).
Une des ces entités, Angra Mainyu, a choisi la voie du Mal. Mazda n’est pas tenu responsable du choix de celui-ci, ce n’est pas une religion « dualiste ». Mazda n’a pas non plus empêché ce choix, ce qui signifie soit que Mazda transcende toute sorte de contradiction, soit que le mal constitue la condition préalable à la liberté humaine.
Progressivement les daevas, les« anciens » dieux, sont assimilé à des démons, et leurs cultes et rituels sont proscrits. En fait, Zarathustra s’élève surtout contre les excès des rites orgiastiques. On y voit aussi une illustration de l’opposition entre cultivateurs sédentaires et pasteurs.
Zarathustra a quand même repris et accepté nombres de croyances et d’idées religieuses traditionnelles, tout en leur donnant une nouvelle valeur.
Zarathustra ne doute pas du triomphe des justes et de l’anéantissement des daevas. Il se demande cependant quand cette ère arrivera, tout en la croyant proche. Il se désigne lui-même comme le sauveur (Saoshyani). Il s’efforce d’abolir l’idéologie archaïque du cycle cosmique périodiquement régénéré et proclame la fin du monde imminente et irrévocable, décidée et effectuée par Mazda.
La lutte contre les forces du mal, les fidèles des daevas, se durci en dualisme. Une autre opposition survient : celle entre le matériel et le spirituel. L’accession et la compréhension de cet aspect spirituel deviennent initiatiques. Cet effort spirituel est assimilable à celui des sages évoqués dans les Upanishads indiens.
Dans les rituels, l’officiant jouit d’une expérience extatique qui lui procure l’illumination. Cet état (maga) est obtenu par le sacrifice de haoma, boisson d’immortalité. L’illumination consiste à séparer son essence spirituelle du matériel, atteignant la pureté de la situation primordiale du monde, et préfigurant la Rénovation universelle. C’est une conception eschatologique du culte. Ces rites étaient réservés à une élite religieuse.

La religion des Achéménides

Les achéménides forment une dynastie perse, fondatrice de l’unité iranienne, fondée par Cyrus II le Grand au –VI ième siècle.
La théologie des achéménides, même s’ils n’étaient pas zoroastriens, était du même niveau que celle des gathas (abstraction, soucis moraux, …). Ahura Mazda y est un grand dieu créateur.
La naissance de Cyrus est mythifiée : fils d’extraction royale, il doit mourir à la naissance à cause de mauvais présages. Il est élevé caché dans un milieu bas, puis son identité est redécouverte à l’adolescence. Après maintes aventures, il détrône son grand-père et fonde la dynastie des Achéménides.
Persépolis est une capitale sacrée conçue par Darius. Elle est réservée à la célébration, sous l’égide de Ahura Mazda, de la fête du Nouvel An, qui était comme d’habitude la répétition d’une cosmogonie, mais aussi une anticipation de l’eschaton. On y retrouve aussi le combat d’un dieu ou héros contre un monstre marin ou un dragon. C’est le Roi iranien qui était responsable de la conservation ou de la régénération du Monde. Les prêtres reprenaient leur rôle sacerdotal le reste de l’année.

Evolution du mazdéisme

Dans le Yasna-aux-sept-chapitres, ajouté aux gathas, se trouvent des innovations : les Amesha Spenta sont mentionnés pour la première fois en groupe ; on rencontre le terme yazata (dieux) qui deviendra important plus tard ; le feu est identifié à l’Esprit Saint, et il est identifié avec le soleil à Ahura Mazda ; Asha, également associé à la lumière, est la Vérité, Justice, Ordre ; Haoma gagne une place importante dans le culte (Zarathustra acceptait ce culte, n’en stigmatisant que les excès).

Mithra

Peu après la réforme de Zarathustra, Mithra commence à prendre de l’importance. Sa toute puissance, grandeur et créativité sont présentées comme l’œuvre de Ahura Mazda. Les deux dieux sont présentés réunis : Mithra-Ahura.
Mithra est le dieu des contrats, mais aussi le dieu de la guerre (il se montre violent et cruel) ; il est dieu solaire, associé à la Lumière ; il est omnivoyant et omniscient ; il assure la fertilité des champs et des troupeaux. Ces attributs contradictoires viennent de son ascension au rang de grand dieu. Le mazdéisme l’a surtout promu en tant que dieu champion dans la lutte contre les daevas et les impies. Mithra remplace petit à petit Ahura Mazda, mais sans devoir le détrôner violemment comme c’est souvent le cas.

Concepts eschatologiques et sacrifice

Les sacrifices étaient abondamment attestés sous les Achéménides, mais Zarathustra rejetait et condamnait parmi eux les sacrifices sanglants.

Le renouvellement universel, tout comme la création originelle, sera le résultat d’un sacrifice. A l’issue du sacrifice du Renouvellement, conduit par Saoshyani et les Amesha Spenta, les hommes ressusciteront et deviendront immortels, et l’Univers tout entier sera radicalement régénéré. Cette cérémonie est anticipée dans les rituels du Nouvel An.
Les iraniens pratiquaient l’incinération des corps et l’ensevelissement des cendres dans une urne. Après la mort, on retrouve des motifs familiers : traversée d’un pont, ascension céleste, jugement, mais aussi la rencontre de l’âme avec son propre Soi, sa daena. Cette daena lui préexiste, mais est en même temps le résultat de son activité religieuse sur terre. Elle se présente sous une forme féminine archétypisée. Elle guide l’âme du juste sur le pont Cinvat (qui en gros relie le Ciel et la Terre). L’âme passe alors devant Ahura Mazda et les Amesha Spenta. C’est au moment du passage sur le pont que les justes sont séparés des méchants : le pont s’élargie pour les juste et se réduit à une lame de rasoir pour les impies.

Yima devint le Premier Roi et le modèle du Souverain parfait. Il était le Roi de l’Age d’Or, et son royaume devint le « Paradis » dans lequel les âmes des justes séjournaient en attendant le Renouveau eschatologique avec l’arrivée de Saoshyani.

Synthèses iraniennes plus tardives

Après la chute de l’empire achéménide (330), la religion iranienne a été entraînée dans le mouvement syncrétiste qui caractérise l’époque hellénistique. En 247 se fonde la nouvelle dynastie des Arsacides, qui encouragera l’hellénisation jusqu’au +I siècle.
Les Mages constituent la caste des prêtres sacrificateurs. Ils adoraient Anahita mais étaient aussi liés à Mithra. Le culte du feu est était très populaire.

Mithra était adoré dans tout l’empire, et ce dieu avait des rapports particuliers avec les Rois. Les Mystères de Mithra commencent à se propager dans le monde méditerranéen vers le –I siècle.
Le mythe du Roi-Sauveur, assimilé à Mithra, tel que le présente l’hymne gnostique de la Perle, s’est constitué au temps des Arsacides, ainsi que la théologie zurvanite, les idées sur le Temps, l’Eternité, la précédence de la création spirituelle sur la création matérielle, et de dualisme absolu.

Au –II - -I siècles circulait une apocalypse en grec, les Oracles d’Hystapse, dirigée contre Rome et solidaire de la littérature eschatologique iranienne. On y trouve une chronologie eschatologique de 7000 ans, chaque millénaire étant dominé par une planète. Pendant les 6 premiers millénaires, Dieu et l’Esprit du Mal combattent pour la suprématie. Le Mal semble victorieux, puis Dieu envois le dieu solaire Mithra (= Apollon, Hélios) qui domine le 7ième millénaire. A la fin, la puissance des planètes cesse et un incendie universel renouvelle le monde.

Zurvan et l’origine du Mal

Zurvan a des racines archaïques, probablement un dieu Céleste lié au concept du Temps. Dans les textes un peu plus tardifs, il était lié au Temps et au Destin.

Les spéculations sur le Temps-Espace en tant que source commune des deux principes, le Bien et le Mal incarnés dans Ohrmazd et Ahriman, étaient connues à la fin de l’époque achéménide. Dans les ouvrages pehlevis, le « Temps longuement autonome » émerge du « Temps infini » et, après avoir duré 12000 ans, y retourne.

Alors que rien n’existait, Zurvan avait offert pendant 1000 ans un sacrifice afin d’avoir un fils. Comme il avait douté de l’efficacité de son sacrifice, il conçut 2 fils : Ohrmazd, « en vertu du sacrifice offert », et Ahriman, « en vertu du doute ». Ahriman naquit de force le premier pour devenir Roi. Pour ne pas violer son serment, Zurvan lui donne la royauté pour 9000 ans, après quoi Ohrmazd règnerait. Tout deux engendrent des créatures.

Le Mal est le résultat d’un accident technique, d’une inadvertance du sacrificateur divin, d’un doute. La différence avec Ahura Mazda est importante : l’Esprit mauvais choisissait librement son mode d’être, et le Seigneur n’avait pas la responsabilité directe de l’apparition du Mal.

Dans les textes pehlevis orthodoxes, Ohrmazd et Ahriman existent depuis l’éternité, mais l’Adversaire cessera d’être à un certain moment, dans l’avenir.

La fonction eschatologique du Temps

La cosmogonie présuppose déjà une eschatologie et une sotériologie. Le Temps, Zurvan, est non seulement responsable de la Création, mais il rend aussi possible la destruction d’Ahriman et l’éviction du Mal. En effet, Ohrmazd a créé le Monde afin de vaincre et d’anéantir le Mal. De plus, le Temps cosmique n’est pas circulaire, il a un commencement et une fin. C’est un intervalle limité, une histoire sainte, dans lequel aura lieu le combat contre le Mal.

Bundahishm et Denkart

Selon le premier chapitre du Bundahishm, Ohrmazd et Ahriman existent depuis l’éternité. Ahriman s’attaque à Ohrmazd et au monde de lumière. Avant de transposer la Création de l’état spirituel (menok) à l’état matériel (getik), Ohrmazd demande aux Fravashi (esprits préexistants résidant au Ciel) s’ils acceptent une existence corporelle, sur terre, afin de combattre les forces du Mal, et ils acceptent.
Avant l’agression d’Ahriman, la création matérielle (getik) était bonne et parfaite, ce qui montre l’attachement pour la vie incarnée, pour le travail, et pour la matière. Ahriman et ses troupes démoniaques gâchent le monde matériel en le pénétrant, et surtout en s’installant dans les corps des hommes.
C’est grâce à l’attaque d’Ahriman que Ohrmazd matérialise le monde, ce qui entraînera finalement la défaite d’Ahriman. Le Mal, inconsciemment et involontairement, aide le triomphe du bien.

Gayomart est le fils d’Ohrmazd et de la Terre, il a une forme ronde et brille comme le soleil.
Lors le la Création matérielle, Gayomart reçoit le premier la révélation de la Bonne Religion.
Il subira l’attaque d’Ahriman, et sera souillé par la Prostituée (et à travers lui tous les hommes). Il survivra 30 ans après l’agression.
Lorsqu’il « meurt », de son corps sont produit les métaux, sa semence est purifiée par le soleil et un tiers tombe par terre et produit la rhubarbe d’où naîtra le premier couple humain, Masye et Masyane. (ce n’est pas la totalité du monde qui est créé de son corps)
Ohrmazd leur ordonne de faire le bien, de ne pas adorer les démons et de ne pas manger. Gayomart leur transmet la Révélation.
Mais même s’ils proclament Ohrmazd comme le Créateur, ils cèdent à la tentation d’Ahriman et voit en ce dernier le créateur de la Terre. Le couple est alors damné et leurs âmes resteront en Enfers jusqu’à la Résurrection.
Ils cèdent ensuite à la tentation de la nourriture.
Enfin, au bout de 50 ans, ils s’accouplent. Des jumeaux naîtront, qu’ils dévoreront. Alors Ohrmazd supprime le goût des enfants, afin que dorénavant les parents les laissent en vie.

La théologie mazdéenne proclame Gayomart comme étant l’homme juste et parfait, égal à Zarathustra et Saoshyani.

La mort et le mal étaient introduits dans le monde à la suite du péché des Ancêtres, alors que le zoroastrisme voyait plus une erreur de jugement qu’un acte de désobéissance.

L’âme des hommes, que Ahriman n’a pas réussi à tuer, est le plus puissant allié d’Ohrmazd car elle seule, dans le monde matériel, dispose du libre arbitre. Le corps en est l’instrument. Il n’est pas fait de ténèbres, à l’origine ce corps était « brillant et parfumé », mais la concupiscence l’a rendu puant. Mais après le Jugement eschatologique, l’âme retrouvera un corps ressuscité et glorieux.
En fait, la doctrine de la résurrection des corps proclame la valeur inestimable de la Création matérielle.

Avec le Sauveur Saoshyant arrive la fin des temps. La description reprend, afin de les annuler, les faits et gestes des Ancêtres. La boisson préparée avec la graisse du sacrifice du bœuf Hathayos et du haoma blanc rendra immortels les hommes ressuscités. Les combats du début sont réitérés (dragon, les deux armées…). Ahriman est vaincu, et un incendie gigantesque purifie l’ensemble du monde. Après la Rénovation, les hommes, délivrés du risque du péché, vivront éternellement.

Les Mystères de Mithra

Voir le document sur les Mystères.

Héritage indo-européen

Voir le document sur les indo-européens.

Mise à jour le Lundi, 31 Mai 2010 10:45