Tibet

Introduction

La religion tibétaine est le résultat d’un syncrétisme entre la toute première religion autochtone (la « religion des hommes »), le Bon et le bouddhisme.
Le Bon est lui-même syncrétiste, avec des influences iraniennes et indiennes.

La religion ancienne a été complètement oblitérée pour être substituée par le Bon.
Dès le début, Bon et bouddhisme se sont heurtés et influencés mutuellement.

La Religion des Hommes, quelques éléments

Les « contes » sont une bonne source pour connaître la religion des hommes. Ils étaient récité, avec une valeur religieuse, lors des moments rituellement importants (mariages, nouvel an, …).

Les mythes d’origine parlent une époque révolue où les dieux-montagnes vivaient parmi les hommes. Puis un démon souterrain s’échappa et répandit le mal sur terre. Le monde dégénéra et continuera à dégénérer jusqu’à une nouvelle renaissance, pendant laquelle les morts ressusciteront.
Le monde était divisé en trois parties. Les dieux habitaient en haut, les divinités aquatiques et souterraines en bas, et les hommes au milieu.
Les montagnes ont une forte valorisation religieuse en tant que « Piliers du Ciel » ou « Clous de la Terre ».
Le Ciel et le monde souterrain comportent des étages dont l’accès est rendu possible par les divers piliers ou ouvertures (par exemple le trou dans le toit ou le foyer dans les maisons).

Le rôle du roi est fondamental, sa nature divine se manifestait par son « éclat » et ses pouvoirs magiques. La nuit, les premiers rois retournaient physiquement au Ciel.
Ils étaient reliés au Ciel par une corde de lumière magique, la corde mu. A leur mort ils se fondaient dans cette corde pour réintégrer le Ciel, ne laissant pas de cadavre.

La corde mu relie la Terre et le Ciel comme un axis mundi, et joue un rôle central dans le système d’homologie Cosmos-habitation-corps. C’est l’échelle par laquelle l’âme monte au ciel.

Les âmes et les dieux sont fréquemment assimilés. De plus, les âmes peuvent siéger dans des éléments extérieurs : arbres, rochers, … En tant qu’être spirituel, l’homme partage une condition divine.

Le thème essentiel du scénario du Nouvel An, d’influence iranienne, est constitué par la lutte entre les dieux du Ciel et les démons, figurés par 2 montages.
Le principe de coincidentia oppositorum se retrouve dans la conception du Cosmos, de la Vie, de la fonction des dieux ou encore de la condition humaine.

Le Bon

Les « sorciers », ou bon-po, n’avaient pas d’organisation unitaire avant le XI siècle. Ils étaient ritualistes, sacrificateurs, devins, exorcistes, magiciens, etc. Ils jouaient un rôle important dans les funérailles, guidaient les âmes des trépassés, et pouvaient évoquer les morts et les exorciser.

Cosmogonies, théologies et métaphysiques apparaissent au XI siècle avec le canon Bon. La forme définitive date du XV, dans les 75 volumes du Kanjur et leurs commentaires, dans les 131 volumes du Tanjur.
Le fondateur du Bon serait Shenrab, dont la naissance et la biographie ont comme modèle celles de Sakyamuni. Il serait le créateur du système doctrinal Bon, dans le sens où il aurait rassemblé et organisé la masse de coutumes, de traditions et de légendes contradictoires.
La doctrine suit de près celle du bouddhisme : vacuité, impermanence, enchaînement des actes engendrant le cycle du samsara.

Le Bon connaît plusieurs cosmogonies, dont les plus importantes témoignent d’une influence indienne très nette. Une troisième, très dualiste, rappelle la théologie zurvanite, transmise probablement par les manichéens d’Asie Centrale.

Le Lamaïsme

Formation et développement du lamaïsme

Le bouddhisme commença à arriver au Tibet avant le VII siècle, lors du triomphe en Inde du Grand Véhicule (Mahayana).
Vers 750, des grands maîtres des écoles indiennes, proposant une voie graduelle vers la délivrance, et chinoises, avec des techniques visant l’illumination instantanée (zen), furent invités par le roi tibétain à venir défendre leurs théories. Finalement le roi choisit la technique indienne, et le bouddhisme devint religion d’état.

Plus tard, le bouddhisme fut interdit pendant un siècle, le pays tomba dans l’anarchie totale. Cette situation favorisa la diffusion des pratiques tantriques orgiastiques.

Vers 1050 quelques moines, dont Atisa, organisèrent une restructuration : conduite morale des moines, célibat, ascèse, méditation… Le rôle de guru (les lamas) gagna une importance considérable. Les réformistes deviendront les « Vertueux » (Gelugpa, Dge-lugs-pa), ceux qui la refusent seront les « Anciens » (Nyingmapa, Rnin-ma-pa).

Entre le XI et le XIV siècles une série de grands maîtres spirituels jouèrent un rôle actif, créant de nouvelles « écoles ». Le premier Dalai Lama date de 1578. Vers 1650, le Dalai Lama est reconnu comme le seul chef religieux et politique du pays, et les Gelugpa triomphent.

Au XIV, le système théologique Nyingmapa est réorganisé. Sa véritable renaissance date du XVII. Malgré les différences d’ordre philosophique et rituelles, il n’y a pas de véritable rupture entre les Anciens et les Vertueux.

Au XIX se précise un mouvement d’intégration de toutes les écoles bouddhistes traditionnelles.

Doctrines et pratiques lamaïques

Les Gelugpa suivent la « Voie moyenne » fondée par Nagarjuna (III siècle), en utilisant la logique et la dialectique comme moyen de réaliser la Vacuité, et ainsi d’obtenir le salut.
Les Anciens suivent plutôt la tradition fondée par Asanga, accordant une importance décisive aux techniques yogiques de méditation, ainsi qu’aux rituels tantriques.

La voie était donc soit immédiate, soit progressive. L’Absolu (la Vacuité) ne peut être saisi qu’en supprimant les dualités (sujet pensant / objet pensé ; monde phénoménal / réalité ultime, …). Il y a une distinction entre la vérité relative (ou conventionnelle) et la vérité absolue.
Chacun possède à l’état virtuel la nature de buddha, mais sa réalisation dépend de l’équation karmique de chaque individu, résultat des existences antérieures.
Les laïcs, condamnés à la vérité relative, accumulent les mérites par des dons aux moines et aux pauvres, des rituels et des pèlerinages. C’est l’acte de foi qui compte.
La situation des moines dépend de leur degré de perfection spirituelle.

Le lama est élevé à une position presque divine. C’est lui qui confère l’initiation au disciple. La foi du disciple dans son lama doit être absolue.
L’activité religieuse des moines consiste surtout en des exercices spirituels de type yogico-tantrique, dont le plus important est la méditation. La divinité doit être intériorisée, pour ensuite permettre au moine de s’identifier à elle.

Pour toutes les écoles lamaïques, l’Esprit est lumière, et cette identité constitue la base de la sotériologie tibétaine. L’importance de ce thème suggère une origine autochtone, et une réinterprétation ultérieure avec les influences indo-iraniennes.
Selon une tradition cosmologique ancienne, la Lumière et la Sexualité sont deux principes antagonistes. La Lumière est retenue captive dans le semen virile, ce qui explique l’intérêt de l’abstinence et de la sexualité sacrée.
Au moment de la mort, l’âme s’envole et contemple sa propre splendeur lumineuse. Elle devra ensuite se diriger vers les lumières pures, représentant la délivrance, et ne pas se laisser attirer par les lumières impures, signifiant un retour sur terre. La mort offre donc une possibilité d’initiation.

Comme en Inde, ce sont surtout les diverses écoles tantriques qui appliquent, et transmettent dans le plus grand secret, les techniques de méditations et les rituels visant la réalisation de la coincidentia oppositorum.
On retrouve aussi des aspects dérivés des chamans, même s’ils sont envisagés à partir d’un tout autre niveau spirituel : maîtrise de l’atmosphère, vol, contemplation de son propre squelette, …

Actualité de certaines créations religieuses tibétaines

Le Bardo Thodol a été traduit en anglais en 1928 et est devenu à partir de 1960 une sorte de livre de chevet de la jeunesse occidentale, bien qu’il s’agisse d’un texte profond et difficile.
Cet intérêt indique la désacralisation presque totale de la mort dans les sociétés occidentales, et un besoin de sa revalorisation, religieuse ou philosophique.

Shambala est le pays mystérieux où, selon la tradition, sont conservés les textes de l’école tantrique Kalacakra. Il existe plusieurs Guides vers Shambala, mais il s’agit d’une géographie mythique.

Suite à l’occupation chinoise, il y eu une diaspora des moines et érudits tibétains.