Ancien Testament et Judaïsme

Cananéens

Histoire

-3000 : en Palestine, premiers établissements des sémites. Echanges avec les pays voisins et surtout l’Egypte.
-2200 : la civilisation est ruinée par les envahisseurs Amorites, qui adoptent leur style d’existence et se civilisent. Ce processus d’envahissement se répètera.
-1000 : les Israélites commencent à arriver en Canaan.

Les fouilles à Ugarit ont révélé des documents nouveaux par rapport à l’ancien testament.

Religion

Le système sacrificiel canaanéen était le même que dans l’ancien testament.

Les israélites ont assimilé beaucoup d’élément religieux cananéens, mais ont réussi à ne pas oublier leur religion propre, contrairement à presque tous les envahisseurs.

Panthéon

El (« dieu » en sémite) est le chef du panthéon. Il engendra Ashérat, sa femme, avec qui il procréa les 70 fils divins, à l’exception de Baal.
El apparaît dans les mythes comme physiquement faible, sénile. Il a été substitué par Baal, dieu plus jeune et dynamique.

Le nom propre de Baal est Haddu, Baal signifiant littéralement « maître ». Il est compté parmi les fils de El, mais appelé « fils de Dagan ». Ce Dagan était un ancien dieu mésopotamien, qui ne joue plus aucun autre rôle dans la tradition ugarite.

Anat, sœur et épouse de Baal, est déesse de l’amour et de la guerre. A cause de son comportement sanguinaire, Anat, comme d’autres déesses de l’amour et de la guerre, est pourvue d’attributs masculins, et considérée comme bisexuelle.

Yam, le « Prince Mer », et Môt, « Mort », sont les 2 autres dieux majeurs. Môt est le seul exemple connu au Moyen-Orient d’une personnification de la mort.

Cosmogonie

Aucun texte cosmogonique n’a été retrouvé.

Baal attaque El par surprise, le blesse et le chasse. Il le castre, ce qui empêchera El de briguer de nouveau la souveraineté (c’est la conséquence classique de la castration en Moyen-Orient). El convainc Yam d’aller attaquer Baal. On retrouve ainsi un combat classique entre le dieu et un « démon » marin, « dragon ».
Anat organise un banquet pour fêter la victoire contre le dragon, mais massacre plein de monde.
Finalement un palais sera érigé pour Baal, symbolisant la création du monde, ce qui est une fin classique pour ce genre de mythe.

Baal veut défaire Môt, mais reste relativement humble devant Môt lors de la confrontation, et fini par être tué. Sa mort met en danger le monde, El essaye alors en vain de le remplacer par un autre souverain. Anat part à la recherche de Baal et retrouve son corps. Elle défait également Môt en combat, comme s’il était un épi de blé. El rêve que Baal revit, et son rêve se réalise.
Après 7 ans Môt revient à la vie. Il tente de se venger de Baal mais renoncera. Baal est alors consacré Roi pour toujours.

La mort de Môt se réfère aux 7 années de sécheresse. Le fait que Baal ne réussisse pas au bout du compte à défaire Môt montre que la mort est une condition sine qua non de la vie.

 

L’Ancien Testament

Chronologie générale

  • XIII : Moïse.

  • Fin de XIII à fin de XI : La « conquête » et la sédentarisation. C’est la période des Juges.

  • Fin de XI à première moitié de X : Le royaume d’Israël et ses trois premiers souverains : 1020, Saul est proclamé Roi. David lui succèdera, vers 1000, puis son fils Salomon vers 950.

  • 930 : Le schisme et les deux royaumes séparés, du Nord (Israël) et du Sud (Juda).

  • IX : Les premiers grands Prophètes.

  • 874-850 : Règne d’Achab et Jézabel.

  • Fin du VIII : Chute et disparition du royaume du Nord.

  • 590 : Nabuchodonosor conquiert Jérusalem. Ruine du royaume du Sud, puis grand Exil en Mésopotamie.

  • 538 : Cyrus libère les hébreux de Babylone.

  • Fin du VI à seconde moitié du V : Commencement du retour des exilés et organisation du judaïsme.

  • Première moitié du IV : Achèvement de la mise en ordre et en recueil des principaux écrits bibliques.

Les textes

Les difficultés d’études de l’ancien testament sont nombreuses :

  • Evolution de la langue durant la longue période de rédaction des textes.

  • Les textes ne sont pas en ordre.

  • Il y a beaucoup de livres non « historiques ».

  • Il y a des contradictions dans les détails entre les textes.

  • Certains textes sont « emmêlés » de plusieurs sources.

  • Il y a des problèmes liés au « sens » même du texte. (JB002p36,38 pour des exemples)


Finalement, les textes portent la marque de la volonté des rédacteurs de démontrer la suprématie de leur Dieu, la sainteté et l’antiquité des préceptes qu’il a donné, et la nécessité de lui obéir.

Souvent les mêmes schémas sont réutilisés. Ainsi le thème du détournement de Dieu est très souvent utilisé : les israélites se détournent de Dieu et se laissent entraîner vers d’autres dieux ; Yahvé les châtie et les abandonne à leurs ennemis, qui les oppriment ; dans leur malheur, ils reviennent à Lui ; Yahvé se laisse toucher et les délivre par le moyen d’un « juge ».

Héxateuque : les 6 premiers livres de la bible, de la Genèse à Josué.
Pentateuque : les premiers 5 livres de la Loi (Torah).

Le Canon Biblique est la liste officielle des livres tenus pour « inspirés » de Dieu. Cette liste est plus importante pour les juifs d’Alexandrie que pour les juifs de Palestine. L’église romaine a hérité du canon juif, alors que l’église protestante du canon alexandrin. (A VERIFIER).
Un ouvrage apocryphe est un texte contenu dans le canon alexandrin et exclu du canon juif. Les autres ouvrages, qui ne sont contenus dans aucun canon, sont dits pseudépigraphes. Couramment le terme apocryphe est employé pour désigner ces deux catégories.

Les textes bibliques qui réfèrent le plus clairement à la mythologie babylonienne ont été composés après l’Exil, période pendant laquelle les hébreux ont été en contact direct avec cette civilisation.

Yahvé et l’Histoire

La transformation des structures religieuses de type cosmique en évènements de l’histoire sainte, et inversement, est caractéristique de l’histoire de la bible et de la religion catholique. Contrairement à d’autres systèmes théologiques, Yahvé intervient dans l’histoire, il est présent, au jour le jour.

Ce sont les Prophètes qui, pour la première fois, valorisent l’Histoire. Les évènements historiques ont une valeur religieuse : ils découvrent la signification de l’histoire comme épiphanie de Dieu.

Notes

  • La femme était considérée comme une simple propriété de son époux déjà avant l’écriture des premiers textes religieux.

  • Elohim désigne un pluriel, bien que constamment appliqué à un seul et unique Dieu.

  • L’intolérance et le fanatisme caractéristiques des prophètes et des missionnaires des trois monothéismes ont leur modèle et leur justification dans l’exemple de Yahvé.

 

La Genèse

La genèse est plus préoccupée de la retransmission fidèle des traditions que de leur idéalisation, ce qui explique qu’elle contienne bon nombre d’histoires sordides.

Aspects historiques et évolutions de la religion

L’arrivée à Canaan

Avant Moïse, les hébreux ne sont que des pasteurs nomades, limite pillards, souvent nommés les Apirus. Ils n’ont pas d’écrits, usant de la tradition orale.

Une fois en Canaan, c'est-à-dire en gros en Palestine, la tribu croît et se diversifie en clans, qu’on appellera les « tribus ». Ils subissent des tensions de la part des sédentaires anciennement installés en Canaan.

Ils voyagent jusqu’en Egypte. C’est là que, vers le XIII, les tribus nomadisantes ont dû être retenues de force. On en fit des résident-étrangers, et ils étaient astreints comme les égyptiens à la corvée et à la servitude.

Leur dieu est le « Dieu du père », c’est un dieu de nomades, non lié à un sanctuaire.
En entrant en Canaan ce dieu a été confronté à El. L’assimilation s’est faite petit à petit, lui donnant une dimension cosmique.

La période des Juges, la sédentarisation

Les tribus sont dispersées sur le sol cananéen, mais l’unité se fait sentir, surtout aux moments de danger. Yahvé est un véritable « chef de guerre ». Les victoires militaires attirent d’autres tribus, et en 2 siècles les hébreux prennent aux cananéens leur « terre promise ». Ils en font un unique royaume, avec Jérusalem pour capitale, et un Roi (Saül, puis David, roi exceptionnel, et enfin Salomon). Voir le « Chant de Déborah » qui illustre bien la problématique de l’époque.

La religion et la société s’imprègnent énormément du modèle canaanéen. On oublie petit à petit les valeurs de la société des pasteurs pour se couler dans le moule de la civilisation cananéenne. La sédentarisation fait passer les hébreux d’un mode de vie nomade, où tout est partagé, à un mode de vie où les conditions d’existence sont améliorées mais les différences sociales accrues. Les israélites découvrent les problèmes liées à cette vie sédentarisée, et s’appuient sur les « codes de lois » cananéens. Ils rédigent le « Code de l’Alliance », beaucoup plus concret et lié à cette nouvelle vie que le Décalogue (Exode, XX, 22 – XXIII, 19).

Le culte est pratiqué dans des sanctuaires. Il y a un fort syncrétisme entre El et Yahvé, et même avec Baal. Le système sacrificiel canaanéen, l’holocauste, est adopté.

Les textes constituant la Genèse

4 textes différents sont imbriqués dans le texte final de la Genèse.

Version yahviste

Il s’agit de la plus ancienne version, datant du IX siècle à Jérusalem. Elle est inspirée par les récits cosmogoniques, canaanéens et mésopotamiens.
Le texte yahviste combine l’histoire des origines et du pêché originel, ainsi que le décalogue.

Dieu créé un désert puis le rend fertile. Il modèle l’homme avec de la glaise et lui insuffle la vie. Il plante un jardin en Eden, créé les animaux. Puis Il créé Eve à partir d’une côte d’Adam.

Ce texte est une tentative « d’explication » des origines. Yahvé y joue tous les rôles tenus par les différents dieux, ce qui met en relief et renforce considérablement sa puissance et sa supériorité.
De plus ce texte s’interroge sur l’origine du mal, dont il donne la responsabilité à l’homme. De nombreux épisodes rendent compte d’une mauvaise action, suivi d’une « punition ». D’abord individuel (Caïn et Lamek), ce schéma devient collectif (déluge, tour de Babel), décidant Dieu à se préparer un peuple à part, réservé à Lui seul, dans la personne du premier Père d’Israël : Abraham.

Version élohiste

Écrit vraisemblablement au VIII siècle, ce texte débute avec Abraham. Il contient le Code de l’Alliance. D’une certaine façon, il entérine l’action des premiers prophètes.

Ce texte évite de donner une silhouette matérielle et perceptible au divin, on n’y retrouve aucune apparition divine. Quand Dieu doit intervenir, Il est remplacé par un « messager ».

Version deutéronique

Ce texte est de Jérusalem au VII siècle, après la chute d’Israël et avant l’Exil, pendant cette période de « repentir ». Il plus dévoué à la législation religieuse qu’à l’histoire proprement dite, et est rédigé sous forme de sermons.

Son nom signifie en grec « loi seconde », c'est-à-dire ultérieure. Cette version est constituée par à peu près tout le Deutéronome. Y sont décrites les rétributions pour l’obéissance aux ordres de Yahvé, et les punitions dans le cas contraire. Cette théorie de la rétribution montre un intérêt très terre à terre.

Version sacerdotale

Cette version est écrite pendant le Grand Exil, ou juste après.

Yahvé créé par la parole, c’est le Verbe Créateur. Plusieurs étapes interviennent durant les 7 jours. A l’origine, il y avait un Chaos formé d’eau, qui a été séparé en Eaux Supérieures et Inférieures, adaptation du combat mythique de Marduk contre Tiamat. Le ciel et de la terre sont séparées, un monde qui est « bon » est créé, suivi de la vie (animale et végétale) qui est « bonne » et que Dieu bénit. L’homme est créé à l’image de Dieu.

Il n’y a pas d’exploit spectaculaire, pas de meurtre primordial. Si les hommes quittent le paradis, c’est à la suite de leurs erreurs.
Yahvé y est devenu le Dieu unique et universel, il transcende sa création. C‘est une apologie, sous couleur narrative et historique, de tout ce qui était tenu pour une règle de vie essentielle au Peuple élu.
Les 7 jours sont une création d’Israël, basée sur une réalité législative. En réalité la création contient 8 moments essentiels, concentré dans les 6 premiers jours, le septième étant consacré au repos.

Les autres textes cosmogoniques de la bible

Il existe deux autres récits cosmogoniques dans la bible.

  • Le premier est extrait du livre de Job, et a été écrit un siècle après le document sacerdotal.

  • Le second est l’un des cantiques du livre des Psaumes (psaume CIV). C’est une sorte de commentaire poétique sur les thèmes cosmogoniques de la version sacerdotale, et a sûrement été écrit juste après ce dernier.

Analyse

Le rôle de Yahvé

Au fil de l’histoire, les récits cosmogoniques montrent de plus en plus Yahvé comme dieu unique et transcendantal.
L’univers a un créateur unique, qui en a librement conçu et exécuté le plan. Il est la Cause, et l’effet produit est l’univers ainsi que tout ce qui le constitue (humains, animaux, plantes, ...). Il est également responsable de la marche quotidienne du monde.

Dans les mythologies plus anciennes dont les hébreux ont pu s’inspirer, le devenir des dieux est compris dans celui de l’univers. Mais dans la bible, Dieu n’est pas lié au destin de son univers, il ne fait pas partie du cosmos. Ce sont deux sphères irréductibles, le créateur ET le créé.

La côte d’Adam

Les mots « côte » et « vie » sont prononcés de la même façon en sumérien, et ont le même idéogramme. Mais il n’y a pas de traces en Mésopotamie de l’utilisation de cette homonymie.
Cette histoire de côte d’Adam formant Eve indique l’androgynie d’Adam.

L’Eden

La localisation du Premier Jardin serait la source du Tigre et Euphrate.
Eden se rapproche du mot hébreu signifiant « délices ». Le mot « paradis » est d’origine iranienne et est plus tardif.

Divers

Le mythe de la Genèse a dû prendre naissance dans une zone désertique. On ne trouve pas dans l’ancien Proche-Orient d’exemple où les hommes ont été créés avant les animaux. Mais ce genre de mythe anthrogonique à partir d’une matière première est très répandu : le corps appartient à la matière, le souffle de vie est divin.

L’arbre de la connaissance du bien et du mal indique que la science peut modifier radicalement la structure de l’existence.
Adam, une fois le fruit de la connaissance mangé, aurait pu découvrir l’Arbre de Vie (dont Dieu ne lui avait pas parlé), et devenir ainsi immortel. C’est une immortalisation manquée, à l’image de Gilgamesh.

Caïn, cultivateur, et Abel, pasteur, fils de Eve, symbolisent l’opposition entre cultivateurs et pasteurs. Mais Caïn signifie « forgeron », le maître du feu, redouté ou respecté, mais craint. Le premier meurtre est commis par celui qui symbolise la technologie.

Le déluge présente de nombreux éléments communs avec le déluge mésopotamien, mais contrairement à celui-ci, Dieu ne regrette pas l’humanité décimée.

Dans la Genèse, les hommes avaient une longévité exceptionnelle (800-900 ans).
C’est à cette époque que s’opère l’union avec des êtres célestes. (Nephilim, Enoch). C’est l’époque des héros, personnages semi divins, qu’on retrouve dans bien d’autres traditions.
A la suite de cette union Dieu décide de limiter l’age des hommes à 120 ans.

Les hommes bâtissent la tour de Babel, tentative pour monter aux cieux. Dieu s’en offense et les puni en confondant leur langages. C’est une référence à la ziggourat de Babylone.

Behémoth et Léviathan ont été transformés par les textes en deux monstres, créatures de Dieu. Mais d’autres textes, en dehors du canon ou par simple allusion, montrent qu’à l’origine ces monstres ont été vaincus par Dieu au moment de la séparation en Eaux Supérieures et Inférieures, de façon similaires aux traditionnelles cosmogonies. (JB002p252-257)

Les Patriarches

L’histoire d’Israël peut être vue commençant avec Abraham.
Il semble que certaines traditions des patriarches aient eu un fondement historique, influencées pendant le séjour en Mésopotamie.

Abraham

Il s’agit du seul sacrifice décrit en détail dans l’ancien testament. Le sacrifice d’Isaac introduit un nouveau type de foi. Ce sacrifice, demandé à Abraham, n’est en effet pas exécuté en prévision d’une rétribution future, comme le sont jusque là tous les sacrifices. Il n’a pas non plus de « sens » prédéfini.

Moïse

Moïse, chef charismatique au nom égyptien, devait avoir connu lors de ses voyages un dieu inconnu de son peuple, dont le centre de culte devait être une montagne dans le désert du Sinaï. Yahvé signifie « Il est » en vieil hébreu (Voir Exode, III, 13-15 en annexe). Cette abstraction géniale facilite le syncrétisme de cette nouvelle divinité avec l’ancienne des hébreux.
Même s’il a réellement existé, la figure de Moïse est idéalisée sur le modèle des héros, ainsi que l’ensemble du récit. Il a transformé un groupe de clans en un noyau de nation.

La sortie d’Egypte se situerait autour de la XIX ième dynastie égyptienne, mais cette date reste un sujet TRES discuté. Elle ne concernerait qu’un groupe de gens, et non pas le peuple juif entier.
L’épisode de la séparation de la Mer Rouge et de la fuite devant l’armée de Pharaon doit probablement cacher que la patrouille envoyée pour retrouver les quelques centaines de fuyards s’est enlisée dans des marécages. Cette victoire militaire inespérée prouve aux yeux des hébreux l’intervention de Yahvé et sa puissance.
La célébration de la Pâque a été rattachée à cette sortie d’Egypte. C’est un sacrifice archaïque spécifique aux pasteurs nomades et pratiqué depuis des millénaires.
L’Alliance ressemble à celles conclues couramment chez les sémites d’autrefois. Le Décalogue, et le Code de l’Alliance plus tardif, portent la marque d’une vie sédentarisée vouée aux travaux des champs. Il doit donc être de rédaction ultérieure aux faits. (Voir Exode, XX, 1-17 en annexe). L’existence des autres dieux n’y est pas niée, mais ces dieux ne sont pas pour Israël.

Yahvé démontre des traits de caractère typiquement humain : compassion et haine, pardon et vengeance. Mais il n’a pas les faiblesses des dieux homériques, et n’a pas de famille.
Sa violence le situe parfois dans le registre du démon. Ces traits négatifs appartiennent à son identité. La coexistence paradoxale des aspects positifs et négatifs le situe complètement au delà de l’humain. Mais Yahvé n’est pas au delà de la morale, à qui il attache beaucoup d’importance, contrairement aux dieux hindous ambivalents.

Les Rois et les Prophètes

Histoire

Salomon bâtit le Temple de Jérusalem près du palais royal. Le culte emprunta les formes cananéennes, et il accepta le culte des divinités étrangères.
A la mort de Salomon, vers 930, le royaume se scinde en deux : au nord, le royaume d’Israël, au sud celui de Juda.

Religion

Dieu est le maître du monde, parce qu’il l’a créé. Il est absolu, aussi bien « bon » que « mauvais », au delà de la compréhension humaine. Les textes bibliques insistent sur la futilité de la vie humaine. La mort est dégradante : l’homme est réduit à une post-existence larvaire dans le Sheol (région obscure et effrayante dans les profondeurs de la terre), sur lequel Yahvé ne règne pas.
L’homme doit vivre dans la crainte de Yahvé. L’obéissance est l’acte religieux parfait, l’idéal étant d’être « juste », de connaître et de respecter la Loi (Torah).

Bien qu’étrangère, la royauté est une institution « agréable » à Dieu. Le souverain est le représentant de Yahvé, il est son « serviteur ». Il assure l’ordre cosmique et la fertilité de son royaume. Le roi se considérait chef de la religion d’état. Des rituels de nouvel an avaient lieu, impliquant le roi et comportant une ré-actualisation symbolique de la Création.
La royauté a été vue comme une nouvelle Alliance entre Yahvé et la dynastie de David, prolongeant celle du Sinaï. C’est la valorisation d’une institution étrangère en tant que nouvel acte de l’histoire sainte.

Les prophètes

Les prophètes apparaissent vers les -1000, évolution d’une forme de prédicateur plus ancienne, déjà présente en Palestine et chez les babyloniens. Il y a deux catégories de prophètes.

La première catégorie est celle des prophètes « officiels », travaillant pour un culte, un roi, etc. Ils sont nombreux et seront considérés plus tard comme les « faux prophètes ».

La seconde catégorie se réclame d’une vocation spéciale. C’est Yahvé lui-même qui leur donne leur mission, et qui parle à travers eux. Ils sont comme la voix de la conscience d’Israël.
Ils s’attaquent vigoureusement au syncrétisme religieux, qui est pourtant une des formes les plus répandue de la religiosité cosmique. Ils réussirent à éliminer la Nature de toute présence divine.
Ils se sont aussi attaqués au sacrifice, altéré par les cananéens, et hissé comme acte religieux par excellence par les prêtres. La splendeur des sanctuaires, le faste des cérémonies, la multiplication des sacrifices et offrandes les révoltent. Une fois ces rituels accomplis, les « fidèles » se croyaient délivré de tout devoir envers Yahvé et n’en faisaient qu’à leur tête. Ce n’est qu’après la Chute qu’Ezéchiel proposera un office divin remanié.
Enfin, les prophètes apportent une version plus « spirituelle » de Dieu, débarrassée de tout l’appareil de terreur manifeste et brutale.

Job, le juste mis à l’épreuve. « Les voies de Dieu sont impénétrables. »

Ce texte, rédigé au milieu du V siècle, est la réponse au problème du Mal, tel qu’on peut le concevoir quand un Dieu est sensé être juste et bon et que l’on constate l’injustice qui règne sur terre.

Job est un serviteur exemplaire. Mais Satan provoque Yahvé à son propos, et ce dernier le met à l’épreuve en lui infligeant 1000 maux.
Les amis de Job tentent de le persuader qu’il a dû commettre un pêché, mais Job est sûr de son innocence. Bien qu’interrogeant Yahvé, Job accepte son destin qu’il ne comprend pas.
Finalement Yahvé s’explique de façon solennelle et impérieuse. Ses discours signifient que l’existence même de l’Univers est un miracle, que le mode d’être du Créateur défie la compréhension, et que la visée de ses actes est impénétrable. Job se repend de ses interrogations et de ces (légères) accusations.

Dans le Livre de Job, la philosophie (du côté des amis de Job) et la non-philosophie (du côté de Job) s’affrontent sous la forme du dialogue.
Les amis de Job s’efforcent d’extraire son cas de sa particularité et de l’insérer dans le général en lui appliquant les échelles de théories universellement valables.
Mais Job refuse obstinément de se laisser dépasser. Il renvient à son cas particulier.

Elie de Tishbé

Durant le règne d’Achab et Jézabel (874-853).
Elie s’insurge contre la politique d’Achab qui voulait donner aux israélites et aux cananéens des droits égaux et qui encourageait le syncrétisme religieux avec le culte de Baal, culte protégé par la reine, qui venait de Tyr.

Amos le berger

Sous le règne de Jeroboam II (780-750).
Il s’insurgera contre les injustices sociales, le culte des autres dieux. Il prophétisera que Yahvé viendrait juger tout cela.

Osée le mal-aimé

De la même période qu’Amos.
En utilisant la symbolique du mariage, il va dénoncera la trahison du peuple d’Israël envers Yahvé, et mettre en lumière l’attitude de celui-ci, prêt à pardonner. Ce symbolisme conjugal sera repris par tous les grands prophètes après lui.
De plus, il introduit une notion d’amour et d’attrait entre Yahvé et son peuple, et non plus la seule crainte et révérence. Ces notions porteront leurs fruits dans le judaïsme et le christianisme.
Enfin, il attaque infatigablement le syncrétisme Yahvé - Baal.

La chute et l’Exode

Histoire

La chute d’Israël

Depuis les années 850, les rois d’Assyrie font régner la terreur. Leurs méthodes de conquête sont violentes et expéditives, sans aucune pitié pour les vaincus. Ils s’emparent de la Mésopotamie et s’attaquent aux côtes de la Méditerranée.
Les diverses tribus et royaumes jouent alors un jeu dangereux d’alliances avec l’opposant ou l’Egypte, de rebellions, et de guerres.
Sargon II prend Samarie, capitale d’Israël, en 720. Il déporte l’élite au loin dans son empire, et installe un gouverneur local. Le royaume du nord cesse donc d’exister. L’activité yahvisme se concentre alors pendant un siècle autour de Jérusalem et de son Temple.

Les prophètes ont la conviction que tout ce qui se passe ici bas est le reflet de la volonté de Yahvé. Donc tous les malheurs des hébreux viennent de leur infidélité à Yahvé et à ses principes.
Les prêtres ont alors une vision qui se durcit, prônant une rigueur plus importante envers la Loi. L’unique emplacement où il est permis de célébrer le culte de Yahvé est Jérusalem et son Temple. C’est la période de la rédaction du Deutéronome.
Il y a une condamnation du peuple par Yahvé, mais elle ouvre la voie à une nouvelle Alliance, avec un peuple « épuré » de ses mauvaises manies.
C’est les débuts du monothéisme, de la négation des autres dieux.

L’exil à Babylone

Babylone reprend du poil de la bête, et l’Assyrie chute. Puis Babylone s’attaque au royaume de Juda, et après plusieurs révoltes et rebellions, Jérusalem est prise par Nabuchodonosor II en 587. Le Temple est brûlé, c’est la cessation des sacrifices, et la déportation de l’élite de Jérusalem à Babylone, considérée par les hébreux comme un pays impur.

Dans l’exil, de nombreux hébreux doutent de Yahvé et adoptent les dieux des vainqueurs. A Babylone, les exilés ont pourtant une grande liberté sociale et même de culte. Ils y restèrent 50 ans environ, jusqu’à ce que Cyrus conquiert Babylone en 538 et laisse les hébreux libres de rentrer chez eux.

Le retour s’échelonne sur un siècle, les plus fervent exilés rentrant par vagues successives. De retour dans leur pays, ils y imposent leur nouvelle vision du culte, qui est tellement différente de celle d’avant l’exode qu’on parlera maintenant de Judaïsme.

Les prophètes

Isaïe

Années 700.
Au début, Isaïe critique surtout la situation sociale et morale, prétendant que le jugement de Dieu n’épargnera personne. La seule vraie dévotion consiste à pratiquer la justice et faire le bien.
Il voit dans l’attaque assyrienne contre la Palestine l’intervention de Yahvé dans l’histoire : c’est la punition divine annoncée. Mais quand la Palestine est envahie, le roi d’Assur redevient à ses yeux un simple tyran insatiable de pouvoir.
Il croit en la victoire finale d’Israël, après les épreuves.

Jérémie

De 626 à 586.
Au début, Jérémie parle de la catastrophe imminente, la destruction du pays, symbolisée par « un peuple venu du Nord ». Il sait que la vraie réforme morale n’est pas encore faite.
En 609, Joaqim monte sur le trône. C’est un despote, et Jérémie s’oppose à lui. Il est arrêté et mis en prison. Dans sa solitude, il entame un discours personnel avec Yahvé. Yahvé n’est plus le dieu d’un peuple, mais le dieu de chacun.
En 595, avec la conquête de Jérusalem par Nabuchodonosor, Jérémie essaye de calmer le peuple pour éviter la révolte. Il est condamné comme traître, mais sera libéré par les Babyloniens. Il s’expatrie peu de temps après en Egypte avec des compatriotes.
En dépit des catastrophes qu’il prédit, et qui se réalisent, il ne perd pas sa confiance dans la rédemption, voir dans une nouvelle Création : il considère que Yahvé, en tant que Créateur, a le droit de détruire son ouvrage pour le reprendre, l’améliorer.

Les Chants du Serviteur

Il s’agit de 4 poèmes qui expriment les souffrances du peuple juif. Ils parlent du « Serviteur de Yahvé », qui doit personnifier l’élite judéenne déportée. Ce serviteur, victime volontaire, endure des tourments comme expiation des pêchés du peuple entier. Le châtiment lavera les pêchés, et après « les épreuves de son âme, il verra la lumière et sera comblé ».
Le Nouveau Testament et l’exégèse chrétienne ont vu dans ce serviteur l’anticipation du Messie.

La nouvelle eschatologie

Le scénario eschatologique est le suivant : l’anéantissement des nations, la délivrance d’Israël, l’assemblée des déportés à Jérusalem, la transfiguration paradisiaque du pays, l’instauration de la souveraineté divine ou d’un règne messianique, la conversion finale des nations.

L’homme est transformé, mais indirectement, contrairement aux messages des prophéties antérieures à l’exil. En fin de compte, il s’agit de renoncer aux espoirs d’une perfection spirituelle réalisable par les efforts personnels, et de raffermir la foi dans la toute-puissance de Dieu et dans ses promesses de salut.
Cet espoir de rénovation cosmique, comportant la restauration de l’homme dans son intégrité première, est une conception centrale de la religiosité archaïque, particulièrement celle des paléo-cultivateurs.

Le monde, renouvelé par Yahvé, sera régi par Yahvé à travers un roi qu’Il aura désigné. Ce roi, généralement nommé l’« Oint » (mâsiah), sera entièrement mortel et supposé descendre de David. Il rendra à son peuple l’opulence et l’éclat.
Cependant l’attente messianique n’a pas exercé une influence significative. Elle est restée limitée à une élite fidèle à la dynastie davidique.

Le Second Isaïe, le Déteuro-Isaïe

Ce texte date du milieu du VI siècle. On sait très peu de chose sur le prophète lui-même, seul ses écrits restent.

Le prophète a une vision très monothéiste (il nie l’existence des autres dieux), très spirituelle, voir mystique. Cette vision monothéiste, trop difficile pour l’époque, sera peu suivie.
La Création et l’Histoire sont l’œuvre de Yahvé. Il est transcendant, c’est le Dieu unique de la terre entière et de tous les peuples, qui doivent lui être rattachés (mais Israël sera la nation dominante). La nouvelle alliance, entre chaque homme et Yahvé, est spirituelle.

Le second Isaïe est le premier à avoir une vraie prophétie eschatologique. Il annonce l’aube d’une ère nouvelle. Il a prévu la chute de Babylone (grâce à Cyrus, l’instrument de Yahvé) et la libération des hébreux, suivies d’une nouvelle traversée du désert (vue comme un nouvel Exode, mais là le retour est triomphal) menant à la nouvelle Alliance, éternelle cette fois-ci. Le pays sera reconstruit, et les autres nations se rallieront à Lui.

Les débuts de la réforme légaliste

A Babylone, la circoncision fut revalorisée comme symbole par excellence de l’appartenance au Peuple de Yahvé. Le respect du Shabbat devint la preuve de la fidélité à l’Alliance. Le Lévitique (attribué à Moïse, ce sont des « Lois de Sainteté ») y prit sa forme définitive.

C’est la pureté de la nation Israël qui est visée, sous l’autorité absolue de la Loi (Torah). L’expiation des péchés publics prend une importance considérable, confirmée par l’institution de Grand Pardon (yom kippur). Le sacerdoce est la seule autorité susceptible de surveiller l’application de la Loi. La hiérocratie, qui dominera la vie religieuse pendant la période perse, avait ainsi déjà édifié ses structures en Exil.

Ezéchiel, la fondation du judaïsme

Ezéchiel fut prêtre du Temple de Jérusalem. Il exercera ses activités de prophète de 597 jusqu’à 571.

Il commença ses prêches en annonçant la fin prochaine de Jérusalem, conséquence de l’infidélité d’Israël. Il est attaché à « l’histoire immorale » des hébreux pour expliquer l’Exil, il prône la Loi et son application. C’est un nationaliste et un moraliste. Il accorde beaucoup d’importance à la « pureté » rituelle.

La présence de Dieu n’est pas contrainte à un espace, un lieu privilégié. On peut prier Yahvé en dehors de sa patrie, ce qui compte c’est sa vie intérieure et sa conduite à l’égard de ses semblables.
La responsabilité devant Yahvé n’est plus collective, mais individuelle, ce qui permet de ne plus avoir à « payer » pour les erreurs des autres.
C’est la rédemption d’Israël que vise Ezéchiel. Il s’agit d’une nouvelle Alliance, comportant une nouvelle création. Il planifie le retour en Palestine et la reconstruction du Temple.

Le retour de Babylone

Le retour et la naissance du judaïsme

Le Temple est reconstruit par le peuple entre 538 et 515. Le nouveau sanctuaire n’appartient pas, comme avant, à la dynastie. On l'appela « temple de Zorobabel » pour bien le distinguer de celui qu'avait construit Salomon, dont il était loin d'avoir les dimensions et la beauté.

Autour de la prière et de la vie morale, l’aspect personnel de la religion s’enrichit. C’est à cette époque que sont rédigés les Psaumes et Proverbes, inspirés bien souvent de sources sémites et mésopotamiennes beaucoup plus anciennes.
L’Alliance est maintenant personnelle, alors qu’avant elle s’appliquait plutôt à l’ensemble du peuple élu. Vie intérieure et piété, droiture et sagesse, en fonction des préceptes de Dieu et de la Loi, en sont les clefs. Le bonheur pour les justes, la ruine pour les pêcheurs.

Mais il était aisé de constater de visu que dans la vie de tous les jours, moralité ne rimait pas avec félicité. Dieu ne serait donc pas juste ?
Pour résoudre ce problème, les théologiens inventent la rétribution post-mortem des justes. Les comptes seront réglés plus tard, dans une existence après la mort.
Cependant la question de l’existence du Mal se pose, maintenant que Dieu est considéré comme bon et juste. La réponse est fourni dans le livre de Job : « les voies de Dieu sont impénétrables ». Cette réponse au Mal sera un peu étendue 2 ou 3 siècles plus tard dans le livre de l’Ecclésiaste.

La suite de la réforme légaliste, Esdras

Pendant les 2 siècles de paix sous la suzeraineté perse, la réforme légaliste, commencée avant et pendant l’Exil, fut définitivement consolidée.
Esdras, scribe investi du pouvoir religieux à partir de 458, travailla au rétablissement de la pureté rituelle, entre autre par des réformes religieuses. Esdras interdit les mariages mixtes, ce qui conduisit à une ségrégation ethnique. Il fixa « officiellement » les Ecritures Saintes, la Torah : il l’auteur et le proclamateur de la réforme, le véritable fondateur du judaïsme.
Ces réformes n'auraient pas été possibles sans le soutien de Néhémie. Celui-ci s’établit à Jérusalem en 445. C'était un « laïc », fonctionnaire à la cour de Perse, et gouverneur de Juda de 445 à 432.

La transmission orale de la Loi est remplacée par l’étude et l’explication des textes écrits. La religion s’attache à respecter le texte à la lettre, à respecter la Loi écrite. Il n’y a plus d’inspiration divine, plus de prophètes. Un grand nombre de textes furent remaniés durant cette période. Après elle, le judaïsme continuera d’évoluer, mais très lentement.
Une Torah orale vit cependant le jour. Il s’agissait d’instructions supplémentaires que Moïse aurait reçu de Yahvé, et qui formaient un enseignement ésotérique.

La tension entre « universalistes » (vision eschatologique de toutes les nations adorant Yahvé) et « nationalistes » (caractère exclusif de la Révélation) se développa.

La littérature eschatologique

L’âge eschatologique est annoncé dans le Déteuro-Isaïe.
Aggée et Zacharie sont des prophètes eschatologiques. Ils insistent sur la différence entre les deux âges, le premier caractérisé par la volonté de Yahvé de détruire, et second par son désir de sauver. Aggée voit une fin cataclysmique à l’âge en cours. On retrouve des prophéties similaires dans l’Apocalypse d’Israël, ainsi qu’au –IV dans le Déteuro-Zacharie.

Depuis le Deutéro-Isaïe et le retour de Babylone, l’aube de l’eschaton était considérée comme imminente. Puisque le jugement divin était accompli, le peuple attendait l’âge eschatologique annoncé. Mais cette attente sans fin usera graduellement l’espoir eschatologique.

Les épreuves du judaïsme

Historique

Après les victoires d’Alexandre le Grand, l’influence de la culture grecque prit des proportions considérables. Après la mort d’Alexandre, c’est les Séleucides qui gouvernent la Palestine, de 332 à 69.

L’influence des grecs se fait sentir tout d’abord, et principalement, dans les couches supérieures de la population, qui adhèrent à la politique « libérale » et cosmopolite hellénistique. Mais cette influence atteindra toute la population, et même ses adversaires.
La personnification et l’origine divine de la Sagesse (hokma), comme présentées dans les Proverbes, date de cette époque. Enfantée par le Seigneur, elle surgit de sa bouche.

Pour les hébreux, la politique nationale ne se distinguait pas de l’activité religieuse : la pureté rituelle, donc la sauvegarde d’Israël, était solidaire de l’autonomie politique.
En 167, l’opposition entre parti traditionaliste et parti « cosmopolite » atteint ses sommets. Les traditionalistes (Oniades) tentent un coup d’état, et en retour les cosmopolites (Tobiades) influencent l’empereur Antiochus pour que celui-ci fasse abroger la Torah. Le Temple est alors transformé en un sanctuaire syncrétiste de Zeus Olympus. Ce dernier était identifié au Baal phénicien, mais nombre d’auteurs grecs avaient rapproché Yahvé de Zeus.

C’est alors la révolte armée, la révolte des Macchabées, soutenue par un groupe de zélotes, les « pieux » (hassidim). En 164 le Temple est regagné, mais la révolte durera jusqu’à la liberté politique en 128.
Cependant, le nouveau règne des rois juifs, jusqu’en 63, fut désastreux.

Au niveau religieux, le « zèle contre la Torah » des partisans d’Antiochus encouragea le « zèle pour la Torah ». La Torah fut élevée au rang d’une réalité absolue et éternelle, modèle exemplaire de la Création. Chacun des 248 commandements et des 365 prohibitions qui constituent la Torah reçut une signification cosmique.
La fixité de la Torah et le triomphe du légalisme mirent fin aux espoirs eschatologiques, ainsi qu’à la littérature apocalyptique qui disparut progressivement et fut remplacée par la mystique juive.

La Révélation avait un caractère paradoxal : une révélation de Dieu dans l’histoire, c'est-à-dire limité au peuple juif, était proclamée universellement valable tout en étant considérée exclusive aux Israélites. Avec la diaspora au -II siècle, le judaïsme était en passe de devenir une religion universelle. Le recentrage autour de la Torah et des valeurs d’identité nationale, suite à l’agression d’Antiochus, permis plus tard à la christologie de prendre la place laissée par l’abandon de cet aspect universaliste.

Les premières apocalypses : Daniel et Ier Hénoch

Aucun autre courant de la pensée juive n’a emprunté les idées hellénistico-orientales aussi abondamment que l’apocalyptique. C’est chez les hassidim qu’apparaissent les premiers récits apocalyptiques : Daniel et la plus ancienne section du livre d’Hénoch. Le repentir y a une importance considérable puisque la fin du monde est toute proche.
La littérature apocalyptique devient très populaire, ainsi que les personnages comme Hénoch.

Le livre de Daniel, achevé en 164, présente les événements récents sous la forme de prophéties prononcées plusieurs siècles auparavant. C’est un processus caractéristique des littératures apocalyptique : il renforce la foi dans les prophètes et, par conséquent, aide les fidèles à supporter les épreuves présentes. Il présente l’époque actuelle comme la fin d’un « quatrième royaume », le premier étant celui des babyloniens. Le triomphe d’Israël est à venir dans le prochain royaume.

Comme dans de nombreuses traditions, l’apocalypse est annoncée par de nombreux cataclysmes, parfois même aberrants. Comme dans la tradition iranienne, à la fin du monde aura lieu le jugement universel et la résurrection des morts. Daniel, Hénoch et Esdras décrivent le Jugement Dernier en décrivant un « Ancien », anthropomorphe, assis sur le trône du Jugement (Hénoch parle aussi du jugement des anges déchus).
Daniel symbolise le peuple d’Israël par l’image du « Fils de l’Homme ».

L’eschaton est précédé de nombreux maux, présentés comme les « douleurs de l’enfantement messianique ». Plus la situation du peuple s’aggravait, plus augmentait la certitude que le présent éon approchait de sa fin.
Le Messie est toujours considéré comme un être humain, il est précisément le Roi du Peuple de Dieu. Le Royaume du Messie est parfois vu comme appartenant à cet éon. C’est en quelque sorte un royaume intermédiaire, destiné à durer 400, 500 ou 1000 ans, et qui sera suivi du Jugement Dernier, de la destruction du monde, et du nouvel éon.
Certains textes rangent le Messie parmi les êtres éternels, à côté d’Hénoch, d’Elie et d’autres personnages qui furent enlevés au Ciel par Dieu.

La figure de Satan, le Mal

La vision de l’origine du mal évolue. Le mal venait de la désobéissance des hommes et de la révolte des anges déchus (Hénoch). Puis, progressivement, le monde et l’Histoire seront considérés comme dominés par les forces du Mal.

Anciennement, dans Yahvé coexistaient les deux aspects positif et négatif. Suite à la crise spirituelle de l’exode à Babylone, l’aspect négatif, qui jusque là était considéré comme un moment dans le processus universel (fondé sur l’alternance des contraires : jour/nuit ; vie/mort ; bien/mal ; etc.), est dorénavant isolé et personnifié. La figure de Satan a dû être influencée par le dualisme iranien. Mais chez les hébreux, Satan n’existe pas dès le commencement, et il n’est pas éternel.

Etymologiquement, le terme satan signifie ennemi. Les premières mentions de Satan (dans Job et Zacharie) le présentaient appartenant à la cour céleste de Yahvé, l’« ennemi » car hostile à l’homme. Maintenant, Satan incarne le principe du Mal, il devient l’Adversaire de Dieu.

La notion des deux âges apparaît : ce « règne-ci » (qui est « le Royaume de Satan ») et l’« autre règne ». L’autre règne viendra après l’apocalypse, et Yahvé vaincra Satan durant la bataille eschatologique.

Les mystiques

La science secrète a été dévoilée à l’aube des temps à des personnes renommées pour leur piété et leurs facultés visionnaires. Cette instruction ésotérique, totale et salvatrice, fut ensuite transmise à quelques êtres d’exception.
Les auteurs apocalyptiques ont amplement développé cette conception de la Sagesse cachée au Ciel et inabordable pour le commun des mortels. Les visions et les extases confirment l’authenticité du « vrai prophète et sage ». Les livres se réclamant de la « tradition d’Hénoch » véhiculent cette Sagesse.

L’Ecclésiastique et l’Ecclésiaste (Qohélet)

Le Qohélet (ou Ecclésiaste) est considéré, avec le Livre de Job, comme un témoignage pathétique de l’écroulement de la doctrine de la rétribution : « le juste péri dans sa justice, et l’impie survit dans son impiété ».
C’est un livre obscur et difficile, même selon le Talmud. Il aurait été écrit vers 250. Des indices laissent supposer que le livre a été remanié : il est glosé et corrigé. Il fait parti, avec le Cantique des Cantiques, des derniers livres à avoir été admis dans le Canon biblique des Juifs.
Dans le Qohélet, l’auteur constate calmement qu’on ne peut comprendre l’action de Dieu, et que Celui-ci s’est éloigné des hommes et ne s’intéresse plus à leur sort. « Tout est vanité, et poursuite du vent ! ». Même la sagesse est vanité. « Le seul bonheur qui convient à l’homme » est de nature hédoniste. Il n’y est cependant pas question d’athéisme, contrairement aux philosophies grecques.

L’Ecclésiastique, de Ben Sira, a été écrit vers 190-175 par un scribe maître d’école, à destination de ses élèves. L’auteur est un patriote défenseur de la Loi. Il s’élève contre l’idéologie séculière de l’hellénisme. Il identifie la Sagesse avec la Torah, à la piété et au culte. C’est un don exclusif fait par Dieu à Israël. Il idéalise le personnage du maître de sagesse, scribe concentré dans l’étude des Ecritures. Il s’efforce surtout de justifier la doctrine de la rétribution : « les œuvres du Seigneur sont toutes bonnes », « le Seigneur seul sera proclamé juste ».
Il répudie le Qohélet et la philosophie grecque en vogue dans les milieux cosmopolites de Jérusalem. C’est donc un discours traditionaliste et nationaliste.

 

Le judaïsme égyptien

C’est en Égypte, à Alexandrie surtout, où l’importante communauté juive resta en dehors des conflits qui secouèrent la Palestine, que la communication entre les pensées juive et grecque sera d’une exceptionnelle fécondité entre les –III et +I siècles.

Le premier chaînon de cette communication fut la traduction de la Bible en grec au –III siècle (la Septante). Cette traduction, loin d’être littérale, est consciemment interprétative. Le choix du vocabulaire accentue l’importance de l’éthique aux dépends des terminologies mystique ou affective.
Il y a un effort pour dépersonnaliser la Divinité, un rejet des anthropomorphismes, la substitution de concepts statiques et abstraits aux théologumènes dynamiques et spiritualistes. Le Tétragramme divin est remplacé par un autre mot, voilant en quelque sorte le nom divin.
La Bible grecque donne un timbre philosophique au terme hébreu de davar, traduit par logos, et qui servait à décrire les modalités de l’acte créateur et de l’inspiration prophétique.

Cette bible remaniée fut le centre de toute l’activité spirituelle de la communauté juive.
L’emploie de l’allégorie permit aux exigences de la Loi d’acquérir une valeur philosophique par rapport à la vie quotidienne de l’époque. Par l’allégorie, l’éthique et le rite bibliques étaient sauvegardés.

Philon d’Alexandrie

Si Philon d’Alexandrie (-12 - +54) a préparé les philosophies chrétiennes et juives ultérieures, il est lui-même l’héritier du judaïsme d’Alexandrie vieux de 3 siècles, et c’est à partir de cette tradition antérieure qu’il a transfiguré qu’il faut le comprendre.

Philon est juif par sa culture biblique, par son amour pour sa communauté, mais sa pensée est véritablement universaliste. Il est convaincu que le message de Moïse est universel. Le particularisme juif est absorbé par l’universalisme juif qui est, chez Philon, conquérant et missionnaire.

Philon aurait aimé vivre une vie spirituelle retirée du monde, mais l’obligation faite au Juif par la Loi de Moïse d’instaurer le Royaume des Prêtres au sein même de la Cité rend difficiles l’isolement et la tâche spirituelle.

Son système philosophique se résume en trois thèses fondamentalement bibliques :

  1. La transcendance de Dieu, et l’inconnaissabilité de Dieu. L’homme ne peut saisir l’essence de Dieu ni par le sens ni par l’intelligence. Philon pose ici une limite nette au pouvoir de la philosophie et de la théologie. Cette thèse de l’inconnaissabilité de Dieu ne sera reprise que par Maïmonide et Kant.

  2. La vacuité de l’homme. La terre n’appartient pas à l’homme. Le dialogue entre Dieu et l’homme que présuppose la Loi révélée est opaque et sourd, comme celui du maître et de l’esclave. De plus, renversant la célèbre maxime de Socrate, Philon affirme que l’homme ne se connaît même pas lui-même.

  3. La médiation prophétique entre Dieu et l’homme.


Le Cosmos et l’homme ont capté quelque chose de divin, qui permet à ce dernier de s’y refléter. C’est pourquoi ils sont tous deux des images de Dieu.
Dieu se porte vers ce qui n’est pas lui par le principe d’Amour, c’est un don. Le mécanisme de cette transmission repose sur la théorie confuse (et relativement accessoire dans la pensée de Philon, mais qui aura un grand succès) des Puissances, des Anges, et surtout du logos.

Les Puissances divines sont les attributs de Dieu, le logos est sa Sagesse même, son pouvoir créateur. Les Anges sont des émanations de Dieu, des hypostases dénommées « Fils de Dieu », « Ancien des Anges », etc. Il y a ensuite des archétypes de la Création, sortes de Verbes-idées, lieux et images de tout ordre créé. Enfin, l’esprit humain, l’âme et l’intelligence, sont eux-mêmes logos et susceptibles de s’ouvrir aux autres puissances dont l’enchevêtrement, la hiérarchie, l’harmonie forment la structure du monde.

Cette théorie est une sorte de synthèse autour des termes employés par la Bible grecque pour parler de Dieu, de la création et de la prophétie. Alliant la terminologie de la Bible à la mystique de Platon et au mystérisme de l’Orient, elle inspira (étant bien déformée au passage) la gnose juive, la christologie de saint Paul et de saint Jean l’Evangéliste, la philosophie de Plotin.

 

Annexe

Le poème de Déborah

Il s’agit de l’œuvre littéraire la plus ancienne contenue dans la bible, datant d’environ 1100 pendant la conquête de Canaan par les tribus d’Israël. Il figure dans le chapitre V des Juges.
Déborah y joue le rôle d’une antique « Jeanne d’Arc ».

Exode III, 12-15

Exode, III, 13
Moïse dit à Dieu : « Voici ! Je vais aller vers les fils d'Israël et je leur dirai : Le Dieu de vos pères m'a envoyé vers vous. S'ils me disent : Quel est son nom ? -que leur dirai-je ? »
Exode, III, 14
Dieu dit à Moïse : « JE SUIS QUI JE SERAI. » Il dit : « Tu parleras ainsi aux fils d'Israël : JE SUIS m'a envoyé vers vous. »
Exode, III, 15
Dieu dit encore à Moïse : « Tu parleras ainsi aux fils d'Israël : Le SEIGNEUR, Dieu de vos pères, Dieu d'Abraham, Dieu d'Isaac, Dieu de Jacob, m'a envoyé vers vous. C'est là mon nom à jamais, c'est ainsi qu'on m'invoquera d'âge en âge. »

Exode, XX, 01-17

Exode, XX, 01
Et Dieu prononça toutes ces paroles :
Exode, XX, 02
« C'est moi le SEIGNEUR, ton Dieu, qui t'ai fait sortir du pays d'Égypte, de la maison de servitude :
Exode, XX, 03
Tu n'auras pas d'autres dieux face à moi.
Exode, XX, 04
Tu ne te feras pas d'idole, ni rien qui ait la forme de ce qui se trouve au ciel là-haut, sur terre ici-bas ou dans les eaux sous la terre.
Exode, XX, 05
Tu ne te prosterneras pas devant ces dieux et tu ne les serviras pas, car c'est moi le SEIGNEUR, ton Dieu, un Dieu jaloux, poursuivant la faute des pères chez les fils sur trois et quatre générations -s'ils me haïssent-
Exode, XX, 06
Mais prouvant sa fidélité à des milliers de générations-si elles m'aiment et gardent mes commandements.
Exode, XX, 07
Tu ne prononceras pas à tort le nom du SEIGNEUR, ton Dieu, car le SEIGNEUR n'acquitte pas celui qui prononce son nom à tort.
Exode, XX, 08
Que du jour du sabbat on fasse un mémorial en le tenant pour sacré.
Exode, XX, 09
Tu travailleras six jours, faisant tout ton ouvrage,
Exode, XX, 10
Mais le septième jour, c'est le sabbat du SEIGNEUR, ton Dieu. Tu ne feras aucun ouvrage, ni toi, ni ton fils, ni ta fille, pas plus que ton serviteur, ta servante, tes bêtes ou l'émigré que tu as dans tes villes.
Exode, XX, 11
Car en six jours, le SEIGNEUR a fait le ciel et la terre, la mer et tout ce qu'ils contiennent, mais il s'est reposé le septième jour. C'est pourquoi le SEIGNEUR a béni le jour du sabbat et l'a consacré.
Exode, XX, 12
Honore ton père et ta mère, afin que tes jours se prolongent sur la terre que te donne le SEIGNEUR, ton Dieu.
Exode, XX, 13
Tu ne commettras pas de meurtre.
Exode, XX, 14
Tu ne commettras pas d'adultère.
Exode, XX, 15
Tu ne commettras pas de rapt.
Exode, XX, 16
Tu ne témoigneras pas faussement contre ton prochain.
Exode, XX, 17
Tu n'auras pas de visées sur la maison de ton prochain. Tu n'auras de visées ni sur la femme de ton prochain, ni sur son serviteur, sa servante, son boeuf ou son âne, ni sur rien qui appartienne à ton prochain. »

Bibliographie

Mircéa Eliade, « Histoire des religions et idées religieuses », 3 tomes.
Jean Bottéro, « Naissance de Dieu – La Bible et l’historien ».
Article « Philosophie hébraïque et biblique » dans « Histoire de la philosophie » vol 1, folio essai.