Christianisme - éléments divers

Idolâtrie

Le culte des martyrs

Le culte des martyrs fut pratiqué, et accepté par l’Eglise, depuis la fin du II siècle, et atteignit une popularité considérable au VI siècle. Chaque église importante se devait d’avoir ses propres reliques.
Ce culte fut pendant un temps pratiqué dans des églises parallèles, spécialisées. Mais au final, les églises classiques récupérèrent les reliques et les incorporèrent dans leur structure. En gros, vers la fin du IX siècle, toutes les églises possédaient des reliques.

La découverte d’une nouvelle relique, par une révélation confirmée par l’Eglise, soulevait toujours une grande ferveur religieuse. Les malversations et manœuvres politiques augmentèrent avec le temps, car la détention d’une relique important était d’un grand poids dans la balance politique.

Ce culte présentait un élément nouveau : les martyrs étaient à la fois auprès de Dieu au Ciel, et ici bas sur Terre à travers les tombes et reliques. Les reliques constituaient un endroit privilégié où le Ciel communiquait avec la Terre. C’est une transfiguration de la matière.

On note 3 grands types de comportements :

  • La peur de la maladie, avec la régression de la médecine, donna des vertus thaumaturgiques et thérapeutiques aux reliques.

  • L’enterrement près d’un tombeau de martyr était recherché. Les martyrs faisaient ainsi entrer dans la ville le monde des morts que l’Antiquité avait maintenu à distance.

  • Les reliques mettaient en fuite les diable et démons, nouveaux ennemis du genre humain.

Icônes et iconoclasme

A partir du III siècle, l’iconographie religieuse apparaît, surtout en Orient. Les images se multiplient et la vénération s’accentue. Au IV et V siècles le débat est actif : les iconophiles mettent en avant la fonction pédagogique et les vertus sanctifiantes des images.

Au VI et VII, les icônes deviennent objets de dévotion et de cultes, une extension de la divinité elle-même. Elles ont des pouvoirs miraculeux. De plus, les symboles contenus dans les icônes permettaient de compléter l’instruction religieuse des illettrés. Comme les reliques, les icônes pouvaient devenir sujettes à pressions politiques.
Les reliques sont vues comme une réactualisation du prodige qui leur a donné naissance.

Le culte des images fut officiellement interdit par divers synodes et conciles entre 726 et 815. Le principal argument théologique des iconoclastes était de dénoncer l’idolâtrie implicite contenue dans la glorification des images, l’eucharistie représentant la seule véritable « image » du Christ.
Les iconophiles prétendaient que, étant matériel, on ne peut adorer les choses qui sont invisibles. Ils rapprochent les iconoclastes des anciens gnostiques qui prétendaient le corps du Christ céleste. Nier la matérialité du Christ, c’est nier l’Incarnation.

L’église d’Orient

Les différences entre les églises d’Occident et d’Orient naquirent au IV siècle, et s’accentuèrent après. Durant les siècles, de nombreuses querelles christologiques ou ecclésiales ont opposé les 2 Eglises, jusqu’au schisme.
Les raisons des discordes sont multiples : traditions culturelles différentes (gréco-orientale d’un côté, romano-germanique de l’autre), ignorance mutuelle des langues et des littératures théologiques respectives, divergences d’ordre cultuel ou ecclésial, …

Les traits caractéristiques des églises d’Orient sont : l’importance des icônes ; le christianisme cosmique vécu par les populations rurales du Sud-Est ; la certitude que la nature entière a été rachetée et sanctifiée par la Croix et la Résurrection, justifiant un certain optimisme religieux ; le sacrifice de la chrismation, rite qui suit le baptême et transforme le laïc en porteur de l’Esprit ; la certitude que le vrai chrétien peut atteindre ici-bas la déification (théosis).
Du côté structurel, l’église byzantine introduisit l’institution des patriarches. L’Eglise orientale se constitua de 4 juridictions régionales, ayant chacune son siège patriarcal.
La théologie était immuable, les nouveautés par rapport aux enseignements des Pères appartenaient aux hérésies.

La liturgie byzantine possédait un grand faste, une splendeur à la fois rituelle et artistique. Elle se déroulait comme un mystère réservé aux initiés. L’intérieur de l’église était clairement identifié à l’Univers par analogie.

La doctrine de la théosis et les hésychastes

L’homme est déifié (théosis). L’équivalence entre salut et déification dérivait du mystère de l’Incarnation. L’incarnation du Logos a rendu possible la théosis, mais c’est toujours la grâce de Dieu qui l’effectue, d’où l’importance de la prière intérieure, de la contemplation et de la vie monastique. L’extase et la déification s’accompagnent de phénomènes lumineux.
Grégoire de Nysse
et Maxime le Confesseur ont systématisé la doctrine de la déification. La théosis constitue la doctrine centrale de la théologie orthodoxe.

La théosis est liée aux disciplines spirituelles des hésychastes, cénobites habitant les monastères du Mont Sinaï. Ce courant mystique se répandit à partir du IV siècle et s’implanta sur le Mont Athos. Contrairement à l’Occident, les contemplatifs et les mystiques jouissaient en Orient d’un grand respect auprès des fidèles et des autorités ecclésiastiques.

Les controverses soulevées par les hésychastes, avec leurs extases lumineuses et visions de Dieu, ont fait évoluer la théologie byzantine, entraînant un renouveau de la vie sacramentaire et la régénération de certaines institutions ecclésiales.
En particulier, la théologie de Grégoire Palamas (1296- ??) introduisit une distinction entre l’essence divine et les énergies à travers lesquelles Dieu communique et se révèle. La perception de Dieu dans sa Lumière incréée est liée à la perfection des origines. Mais ceux qui se rendent dignes du Royaume de Dieu jouissent dès maintenant de la vision de cette Lumière, phénomène qui s’accompagne de la luminescence propre du saint.
Le divin est présent en nous : « Nous portons la lumière du Père dans la personne de Jésus-Christ ». Cette spiritualisation du corps n’implique pas le détachement de la matière. La matière est « transubstantialisée » sans être anéantie.

Le problème du filioque, le schisme

Le schisme fut provoqué par l’addition du filioque au Credo de Nicée-Constantinople. Le passage se lisait maintenant « L’Esprit procède du Père et du Fils ».
Dans le trinitarisme occidental, l’Esprit Saint est le garant de l’unité divine, alors que l’Eglise orientale voit Dieu le Père comme la source, le principe et la cause de la Trinité.

Ce n’est qu’à partir de 1014, à la demande de l’Empereur Henri II, que le Credo avec filioque fut chanté à Rome, date qui marque le début du Schisme. Mais l’irréparable entre les deux Eglises est commis en 1204 lorsque les armées de la IV croisade pillent Constantinople, brisant les icônes et reliques.
Malgré sa rancœur, en 1261, à cause de la menace turque, l’Eglise orthodoxe reprend les négociations ecclésiastiques avec Rome. Ces négociations traînèrent, et finalement, en 1453, Constantinople fut occupée par les Turcs et l’Empire byzantin cessa d’exister.

Bogomiles et Cathares

Bogomiles

Le bogomilisme est né en Bulgarie vers 930, du nom de son fondateur, un prêtre de village.
Il prêcha que ce monde est mauvais, créé par Satanaël, le « Dieu méchant » de l’Ancien Testament. Il rejeta toutes les institutions de l’Eglise orthodoxe, la seule prière valable était le Notre Père.
Il prônait la pauvreté, l’humilité, la pénitence et la prière. La communauté, mixte, était végétarienne.

Le succès vint grâce à la désillusion du peuple face à l’indignité générale des prêtres, et à la haine des pauvres envers les riches. Le mouvement, malgré une scission, s’étendit jusqu’à Constantinople et gagna des milieux nobles. La théologie bogomile s’y constitua. Deux catégories se distinguaient maintenant : les prêtres et les croyants.
La répression s’organisa, mais n’empêcha pas les missionnaires bogomiles de gagner le sud de la France et l’Italie. Le bogomilisme fut même religion d’état en Bosnie au XIII siècle.

Le seul ouvrage bogomile authentique est le Interrogatio Iohannis, traduit en latin par les inquisiteurs du midi de la France. De nombreux ouvrages, pas véritablement bogomiles mais largement inspirés par le mouvement, circulèrent et jouèrent un rôle dans la religiosité populaire, renforçant le dualisme en rehaussant le prestige du Diable.

Les bogomiles en Occident : les cathares

A partir de 1100-1120, les missionnaires bogomiles sont attestés en Italie, France et Allemagne. Les premiers hérétiques sont condamnés et brûlés à Orléans en 1022, mais le mouvement continue à s’étendre. L’Eglise cathare s’installe en Italie et dans le sud de la France.

En 1167, l’évêque bogomile de Constantinople convertit les disciples français au dualisme radical. Des aspects particuliers de doctrine se développent localement chez les fidèles occidentaux.
Le catharisme reprend plusieurs courants hérétiques manifestes depuis le début du XI siècle : courant anti-sacerdotal et anti-sacramentaire, tendances ascétiques avec respect des tabous sexuels et alimentaires, refus du latin liturgique, aspiration au contact personnel avec Dieu.
En refusant le serment, le catharisme remet même en cause un fondement de la société féodale.

Innocent III proclame la Croisade contre les Albigeois en 1207. Les intérêts matériels et politiques incitent les seigneurs du nord à y participer. Les conséquences de cette croisade sont importantes : l’agrandissement du royaume de France, la destruction de la civilisation méridionale (l’œuvre d’Aliénor et des troubadours), la puissance accrue de l’Inquisition.
Mais cette croisade ne suffit pas à éradiquer les cathares, et en 1232 l’Inquisition est mise en place, principalement dirigée par les dominicains. En 1330 l’Eglise cathare cessa définitivement d’exister, à cause de l’Inquisition mais aussi du contexte social et politique qui avait changé.

Un long apprentissage menait à une cérémonie d’entrée dans la secte (convenienta). Le second rite d’initiation (consolamentum), pour devenir « Parfait », était généralement effectué avant la mort, ou plus tôt si le disciple le désirait, mais les épreuves étaient alors très sévères.
Les Parfaits jouissaient d’un très grand prestige. Certains se laissaient mourir de faim pour éviter de retomber dans le pêché.

Le catharisme est profondément dualiste. Dieu n’a pas créé le monde visible ; la matière est impure ; le mariage, le baptême, l’eucharistie et la confession sont inutiles. Les cathares ne croient pas en l’Enfer ni au Purgatoire : le domaine de Satan est le monde. Satan est identifié au Yahvé de l’Ancien Testament. Le Christ est un pur esprit, son corps n’est qu’une illusion.
La haine de la vie rappelle les gnostiques et le manichéisme. Au final, l’idéal du cathare est la disparition de l’humanité, par le suicide et par le refus d’avoir des enfants.

Chevalerie et croisades

La royauté

Pour les germains, la royauté avait une origine et un caractère sacrés, d’où l’importance de l’hérédité. Le roi était un intermédiaire entre le peuple et la divinité.
Les souverains chrétiens ont gardé ce prestige magico religieux. Afin d’éviter la vénération des tertres royaux, ils étaient enterrés dans les églises. Le roi devint Christus Domini, « l’Oint du Seigneur ». Son prestige religieux ne venait plus de son origine héréditaire mais de son sacre. Il était devenu le protecteur consacré du peuple et de l’Eglise, la médiation entre les hommes et la divinité étant dorénavant exercée par la hiérarchie ecclésiastique.

La chevalerie

La chevalerie n’acquit sa forme classique qu’après l’introduction en France, au IX siècle, de chevaux assez grands et puissants pour porter les cavaliers cuirassés. Elle atteint une expression parfaite au XI, le déclin commence au XIII et après le XV n’est plus qu’un titre de noblesse.
Après la première croisade, deux ordres militaires se sont constitués en Terre Sainte pour défendre les pèlerins et soigner les malades : le Templiers et les Hospitaliers.

Après une initiation, le novice reçoit les armes lors de la cérémonie publique d’adoubement Originellement, défendre le chef est un devoir sacré, en retour le chevalier est nourri par celui-ci, reçoit son équipement militaire ainsi qu’une partie du butin. A ces aspects premiers s’ajouta la défense des pauvres et de l’Eglise. Cette dernière gagna une influence prépondérante sur la chevalerie à partir du XII.

Les parallèles sont nombreux avec les sociétés initiatiques ancestrales, l’initiation dans les mystères de Mithra, et avec les ascètes chrétiens qui se considéraient comme les soldats de Dieu.

Les croisades

Une longue préparation psychologique a conduit aux croisades : elles sont l’aboutissement de la tradition du pèlerinage et de la psychologie pénitentielle.
Les croisades se basent sur l’idée que les détenteurs infidèles des lieux saints sont bien les bourreaux du Christ et méritent châtiment.
Les croisades montrent une chrétienté devenue allergique à autrui. Elle ne cherche plus qu’accessoirement à convertir, elle massacre. Cette haine se retrouve également dans les pogroms contre les juifs.

Le caractère eschatologique des croisades s’accentua au fur et à mesures des échecs et débâcles.
Les croisades ont renforcé le prestige de la papauté, contribué au progrès des monarchies d’Europe de l’Ouest, affaibli Byzance et permit aux Turcs d’avancer, envenimé les relations avec l’Eglise orientale, et ligué les musulmans contre tous les chrétiens.

La première croisade, la plus spectaculaire, fut demandée par l’empereur byzantin Alexis et le Pape Urbain I vers 1095. En dépit des jalousies entre chefs, Jérusalem est conquise mais sera reperdue peu de temps après.

Saint Bernard prêche la seconde croisade en 1145, mais l’armée conduite par les rois de France et d’Allemagne est anéantie à Damas.

La troisième croisade, en 1188, est impériale et messianique. Philippe Auguste et Richard Ier Cœur de Lion y répondent. Jérusalem est défendue par Saladin, le Sultan légendaire d’Egypte et de Syrie. La Croisade s’achève en désastre : Philippe Auguste rentre en France en laissant Richard seul devant la ville.

Innocent III proclame que la quatrième croisade (1202-1204) appartient aux pauvres, les grands et les riches étant jugés indignes de libérer Jérusalem.
Rongée par les ambitions matérielles, ce fut la pire des croisades : les croisés occupèrent Constantinople, massacrèrent la population et pillèrent la ville. Le roi Baudouin de Flandres est proclamé Empereur latin de Byzance.

Suivent des demies victoires et de nombreux désastres. Pour anecdote :

  • L’Empereur Frédéric II, excommunié, arriva en 1225 à Jérusalem où il obtint du Sultan la possession de la ville.

  • La croisade des enfants, mouvement spontané, emmena 30000 enfants pauvres jusqu’à Marseille où ils embarquèrent sur sept bateaux. Deux sombrèrent, et les armateurs détournèrent les autres vers Constantinople pour vendre les enfants en esclavage.

Littérature médiévale

Amour courtois

Au XII siècle, l’amour courtois et les troubadours innovent en ce qu’ils exaltent la Dame et l’amour extraconjugal, le « Vrai Amour ».
Le centre de ce mouvement est Poitiers et la cour d’Aliénor d’Aquitaine (1122-1204), petite fille de Guillaume de Poitiers (1071-1127, le premier troubadour connu). Sa fille Marie de Champagne reprendra le flambeau.

Dans l’amour courtois, le secret joue un rôle décisif, à cause des interdits et tabous qui séparent la Dame de son amoureux. La longue étape d’initiation amoureuse constitue en fait une ascèse, une pédagogie et une série d’expériences spirituelles.
L’amour courtois, pour la première fois depuis les gnostiques des II et III siècles, rendait à la femme dignité spirituelle et valeur religieuse.

Dante ira plus loin dans sa Divine Comédie. Sa Béatrice est divinisée, proclamée supérieure aux anges et aux saints. Dans cette œuvre, elle représente la théologie et le mystère du Salut.
La fonction sotériologique de l’amour et de la Femme est aussi proclamée par le mouvement des Fedeli d’Amore. En apparence uniquement littéraire, ce mouvement était pourtant initiatique et transmettait un message ésotérique.

La littérature arthurienne

C’est le poète Chrétien de Troyes, protégé par Marie de Champagne, qui déclencha l’engouement pour le cycle arthurien. Il commença à écrire vers 1170 et composa 5 longs romans.

La littérature arthurienne contient nombre de symboles archaïques (la quête, le voyage dans l’autre monde, …) et d’allusions initiatiques (les épreuves rencontrées, …) mélangés à des symboles chrétiens (l’eucharistie, la lance, …). Au final c’est l’immortalité qui est cherchée.
On y retrouve surtout la mythologie de l’honneur chevaleresque et l’exaltation de la Femme.

Ignoré des premiers romans, le scénario du Graal n’arriva que plus tardivement. C’est surtout le chevalier allemand Wolfram von Eschenbach qui en développera le thème. Ses romans comptent de très nombreux éléments orientaux. L’auteur exalte la dignité et le rôle du Roi pécheur, qui est le chef d’un ordre des chevaliers similaires aux Templiers.
Derrière l’intérêt passionné pour l’Orient, on déchiffre la désillusion des croisades, l’aspiration à la tolérance religieuse et la nostalgie d’une « chevalerie spirituelle » selon le modèle des vrais Templiers.

L’époque des Réformes

L’époque des réformes, en gros de 1450 à 1600, se caractérise par une série de découvertes (culturelles, scientifiques, technologiques, géographiques) qui reçurent toutes une signification religieuse. Par exemple, l’imprimerie joua un rôle essentiel dans la propagation et le triomphe de la Réforme.

Survivance des traditions religieuses préchrétiennes

La christianisation des populations européennes n’a pas réussi à effacer les différentes traditions ethniques. Les conversions ont donné lieu à des symbioses et des syncrétismes religieux.

Par exemple : le souvenir des dieux de l’orage a survécu dans les légendes de saint Elie ; les héros tueurs de dragons ont été assimilés à saint Georges ; certains aspects des cultes des déesses se retrouvent dans le folklore religieux de la Vierge Marie ; les sociétés initiatiques masculines et féminines archaïques se retrouvent dans certains éléments folkloriques qui restent à la limite du christianisme.

La chasse aux sorcières fut entreprise aux XVI et XVII siècles par l’Inquisition, et dans une moindre mesure par les églises réformées. En effet, l’Eglise orthodoxe n’avait pas d’institution analogue à l’Inquisition. Ainsi, bien que les hérésies n’y fussent pas inconnues, la persécution contre les sorciers ne fut ni massive ni systématique.

Les principales accusations (rapports intimes avec le Diable, orgies, infanticides, cannibalisme, maléfices) étaient toujours les mêmes et obtenues sous la torture. Elles n’avaient, dans l’immense majorité, rien à voir avec les véritables activités des condamnées.
En fin de compte, la « chasse aux sorcières » poursuivait la liquidation des dernières survivances du paganisme (cultes de la fertilité et scénarios initiatiques). Le résultat général fut l’appauvrissement de la religiosité populaire et parfois même la décadence des sociétés rurales.

La revalorisation de l’hermétisme et l’alchimie

A la demande de Cosmo de Medici, le Corpus hermeticum est traduit en latin en 1463, ainsi que les œuvres de Platon. Ces traductions font renaître le néo-platonisme et l’hermétisme en Europe, en particulier chez Pic de la Mirandole (1463-1494).

La condition humaine gagne une nouvelle dimension : c’est « à travers les actions de l’homme en tant que dieu sur terre que l’œuvre créatrice de l’histoire et de la civilisation devait être effectuée ». Mais cette foi reste para chrétienne.
Les humanistes cherchent l’unification entre le christianisme, les anciennes religions et les traditions d’Egypte et d’Asie ; entre magie, kabbale, hermétisme et christianisme.
Au XVI siècle, la valeur exemplaire de l’hermétisme tient de son universalisme religieux, susceptible de restaurer la paix.

L’ancienne correspondance macrocosme-microcosme retrouve une nouvelle vigueur chez Paracelse et ses disciples. L’homme rend possible la communication entre la région céleste et le monde sublunaire.
L’étude de la Nature constitue alors une quête pour mieux comprendre Dieu.

Les premières traductions latines d’ouvrages alchimiques conservés, ou rédigés, en arabe datent du XII siècle. Le plus célèbre est la Table d’Emeraude, attribué à Hermès Trismégiste. Des personnalités de renom du monde scientifique accordaient une grande foi à l’alchimie, parmi lesquels Robert Fludd et Newton.
Les textes soulignent le synchronisme entre l’œuvre alchimique et l’expérience intime de l’adepte. L’œuvre alchimique reçoit une signification christologique : tout comme le Christ avait racheté l’humanité par sa mort et sa résurrection, l’œuvre pouvait assurer la rédemption de l’homme et la Nature.

Les hermétistes et alchimistes attendent tous une réforme générale et radicale de toutes les institutions religieuses, sociales et culturelles, et en premier lieu du Savoir. Dans l’histoire, c’est la dernière entreprise tentée en vue d’obtenir le « savoir total ».
Le petit livre anonyme Fama Fraternitatis, publié en 1614, exige un nouveau mode d’éducation. L’auteur révèle l’existence des Rose-Croix et de son fondateur le fabuleux Christian Rosenkreutz. Ce dernier aurait maîtrisé les « vrais secrets de la médecine », et donc de toutes les sciences. L’auteur (qu’on suppose être Johann Valentin Andreae) demande à tous les savants de rejoindre la fraternité, afin d’accomplir la réforme du savoir, et au final la rénovation du monde occidental.

Les Réformes

Martin Luther et la Réforme en Allemagne

Né en 1483 à Eisleben, Luther étudie à l’université et obtient sa licence en 1505. Il manque d’être foudroyé et fait alors le vœu de devenir moine. Il rejoint les Augustiniens et est ordonné prêtre en 1507. Il enseigne alors la philosophie morale. Il obtient son doctorat de Théologie en 1512. Ses principales influences sont saint Augustin et Guillaume Ockham.

En 1510, lors d’un voyage à Rome, il reste consterné par la décadence de l’Eglise. Son activité de réformateur commence en 1517, quand il affiche ses 95 thèses contre les Indulgences.
Il entre alors dans un rapport de force avec Rome, qui lui demande de se rétracter. Protégé par l’Electeur de Saxe, il publie ses livres dans lesquels il rejette la suprématie du Pape sur les conciles, la distinction entre clercs et laïcs, le monopole du clergé dans l’étude de l’Ecriture et enfin l’abus des sacrements (lui-même ne conservant que le baptême et l’eucharistie).
En 1522, la rupture définitive avec Rome est consommée, alors qu’elle aurait pu être évitée si l’Empereur Charles Quint avait insisté auprès de la Curie pour qu’elle effectue les réformes demandées de toutes parts.
Aidé de collaborateurs, Luther organise la Réforme à Wittenberg. Il s’oppose à une Réforme radicale. Il élabore de manière plus dogmatique la théologie et le culte dans son mouvement évangélique, devenu l’église luthérienne.
Dans les dernières années de sa vie, il doit accepter la protection du pouvoir temporel. Il meurt en 1546.

Le fondement de sa théologie se situe autour de l’interprétation de l’expression « la justice de Dieu ». La justification est l’acte par lequel Dieu rend un homme juste, c'est-à-dire l’acte par lequel le croyant reçoit, grâce à sa foi, la justice obtenue par le sacrifice du Christ.
La justification ne s’obtient pas par les propres œuvres de chacun. Pour Luther, par sa propre nature, la volonté de l’homme n’est par libre de faire le bien. Depuis la Chute, l’homme est dominé par son égocentrisme et la poursuite de ses propres satisfactions. Même les actions qui pourraient sembler « bonnes » ont pour source la même égolâtrie.
Le bien accompli ne contribue donc pas au salut de l’âme. C’est l’expérience de la foi en elle-même qui importe, une foi naïve et totale, comme celle des enfants. L’homme est justifié et sauvé uniquement par la foi dans le Christ. Le salut est alors accordé gratuitement par Dieu.

Luther est d’une grande intolérance au sujet de sa révélation de la justification par la foi : « Celui qui ne reçoit pas ma doctrine ne peut parvenir au salut ».
Enfin, Luther considère que la raison n’a rien de commun avec le domaine la foi qui est bien au-delà.

Ulrich Zwingli

Ulrich Zwingli organisa la Réforme à Zurich. Ses thèses le rallièrent à la Réforme luthérienne. Sa mort, en 1531, arrêta l’expansion de la Réforme en Suisse.
Il fut l’auteur de plusieurs traités, entre autres sur la Providence, le Baptême et l’Eucharistie.
Il s’opposa au mouvement anabaptiste.

Jean Calvin

1509-1564.
Après avoir connu les écrits de Luther, l‘humanisme chez Calvin céda la place à la théologie. Il se convertit vers 1533. Il devint pasteur et participa à l’organisation de la Réforme. Sa production littéraire fut prodigieuse, mais il est considéré comme le moins original parmi les grands théologiens de la Réforme.

La théologie de Calvin ne constitue pas un système. C’est plutôt une somme commentée de la pensée biblique, en particulier des deux Testaments, à la lumière de saint Augustin et de Luther.
Pour Calvin, la Bible est la seule autorité qui décide de tous les problèmes de foi et d’organisation de l’Eglise. Il considère que l’homme ne cesse jamais d’être pêcheur, ses bonnes œuvres ne deviennent acceptables que par la grâce divine. La connaissance de Dieu, pas en Lui-même mais en tant que le Seigneur se montrant aux humains, peut se faire par la révélation conservée dans les Ecritures.
Pour lui aussi, les deux seuls sacrements valables sont le baptême et l’eucharistie.

Les anabaptistes

Les anabaptistes, mouvement fondé par Conrad Grebel, niaient la validité du baptême pour les enfants. Il ne devait être administré qu’aux adultes ayant librement choisi d’imiter la vie du Christ.
En dépit des persécutions, après 1530 l’anabaptisme se répandit largement en Suisse et en Allemagne du Sud. Avec le temps, cette « Réforme radicale » se divisa en plusieurs groupes, parmi lesquels les « Spiritualistes », tel Paracelse.

Le Concile de Trente

La dernière grande réforme de l’Eglise chrétienne s’est décidée pendant ce Concile, de 1545 à 1563, sous la pression des évènements contemporains.

Quelques années avant, la discussion entre théologiens protestants et catholiques avait déjà commencée, menant rapidement à un accord que le Concile de Trente réduisit à néant.
L’organisation du concile était telle que seules les propositions du Pape étaient acceptables, et celui-ci voulait surtout empêcher l’apparition de nouveaux Luther, Zwingli ou Calvin.
Des décisions d’assainissement importantes furent prises : révision de l’autorité des évêques, contre l’immoralité des prêtres, quelques changements cultuels, …

Le catholicisme post-tridentin est le résultat de cet assainissement, et de l’œuvre de quelques mystiques.
La devotio moderna connut un nouvel essor, sainte Thérèse formula l’unio mystica (mariage entre l’âme et Jésus), Ignace de Loyola (1491-1556) fonda la Compagnie de Jésus. Loyola était un mystique, qui développa pour lui et ses adeptes des techniques de méditation et de visualisation.
La Compagnie de Jésus prônait l’obéissance à l’Eglise et ses représentants, la conversion de tous, et l’agrément de Dieu pour les bonnes actions.

Symboles et Credo

Le Symbole de Nicée-Constantinople

Je crois en un seul Dieu,
Le Père tout-puissant,
créateur du ciel et de la terre,
de l’univers visible et invisible.

Je crois en un seul Seigneur, Jésus-Christ,
le Fils unique de Dieu,
né du Père avant tous les siècles ;
Il est Dieu, né de Dieu,
lumière, née de la lumière,
vrai Dieu, né du vrai Dieu,
Engendré, non pas créé,
de même nature que le Père,
et par lui tout a été fait.
Pour nous les hommes,
et pour notre salut,
il descendit du ciel ;
Par l’Esprit-Saint,
il a pris chair de la Vierge Marie,
et s’est fait homme.
Crucifié pour nous sous Ponce Pilate,
il souffrit sa passion et fut mis au tombeau.
Il ressuscita le troisième jour,
conformément aux Écritures,
et il monta au ciel ;
il est assis à la droite du Père.
Il reviendra dans la gloire,
pour juger les vivants et les morts ;
et son règne n’aura pas de fin.

 

Je crois en l’Esprit-Saint,
qui est Seigneur et qui donne la vie ;
il procède du Père et du Fils.
Avec le Père et le Fils,
il reçoit même adoration et même gloire ;
il a parlé par les prophètes.

 

Je crois en l’Église,
une, sainte, catholique et apostolique.
Je reconnais un seul baptême pour le pardon des péchés.
J’attends la résurrection des morts, et la vie du monde à venir.

Amen.

Credo in unum Deum,
Patrem omnipoténtem,
factórem caeli et terrae,
visibílium ómnium et invisibílium.

Et in unum Dóminum Jesum Christum,
Fílium Dei unigénitum.
Et ex Patre natum ante ómnia saécula.
Deum de Deo,
lumen de lúmine,
Deum verum de Deo vero.
Génitum, non factum,
consubstantiálem Patri :
per quem ómnia facta sunt.
Qui propter nos homines
et propter nostram salútem descéndit de cælis.
Et incarnátus est
de Spíritu Sancto
ex María Vírgine :
Et homo factus est.
Crucifíxus étiam pro nobis :
sub Póntio Piláto
passus et sepúltus est.
Et resurréxit tértia die,
secúndum Scriptúras.
Et ascéndit in cælum :
sedet ad déxteram Patris.
Et íterum ventúrus est cum glória,
judicáre vivos et mórtuos :
cujus regni non erit finis.

Et in Spíritum Sanctum,
Dóminum et vivificántem :
qui ex Patre Filióque procédit.
Qui cum Patre et Fílio
simul adorátur et conglorificátur :
qui locútus est per Prophétas.

 

Et unam, sanctam, cathólicam, et apostólicam Ecclésiam.
Confíteor unum baptísma in remissiónem peccatórum.
Et expécto resurrectiónem mortuórum.
Et vitam ventúri sáeculi.

Amen

 

Le Symbole des Apôtres

Je crois en Dieu,
le Père tout-puissant,
Créateur du ciel et de la terre.
Et en Jésus Christ,
son Fils unique,
notre Seigneur;
qui a été conçu du Saint Esprit,
est né de la Vierge Marie,
a souffert sous Ponce Pilate,
a été crucifié,
est mort et a été enseveli,
est descendu aux enfers ;
le troisième jour est ressuscité des morts,
est monté aux cieux,
est assis à la droite de Dieu le Père tout-puissant,
d'où il viendra juger les vivants et les morts.
Je crois au Saint-Esprit,
à la sainte Église catholique,
à la communion des saints,
à la rémission des péchés,
à la résurrection de la chair,
à la vie éternelle.

Amen.

Bibliographie

Mircea Eliade, "Histoire des religions et idées religieuses" tII et III.
Jacques Le Goff, "Le christianisme médiéval en Occident du concile de Nicée à la Réforme", dans Histoire des religions tome II, Folio essais