Christianisme médiéval

Le christianisme dans l’empire romain chrétien – de 325 à 476

La fin de l’Antiquité est un processus lent qui commence vers le III siècle pour s’achever au V siècle. Le christianisme est parfois évoqué dans les causes de cette déchéance : abandon des dieux nationaux, polémique anti-impériales des tous premiers chrétiens, …

Les rapports à l’Etat romain

Sous Théodose le Grand (379-395), sorte de second Constantin, le christianisme devient religion d’Etat. Entre 429 et 439, 150 lois furent promulguées pour la défense et l’illustration du christianisme.
L’Eglise, d’abord favorisée par des exemptions d’impôts sous Constantin, va, à cause de divergences d’intérêts, financièrement entrer en lutte avec l’Etat.

3 moments clefs permettent de définir les rapports entre l’Eglise et l’Etat :

  • Le synode de Milan en 355 où Constance imposa aux évêques catholiques d’Occident la condamnation d’Athanase, évêque d’Alexandrie, le grand ennemi d’Arius. L’Empereur affirme ainsi son droit à être à la tête de l’Eglise, ce que l’Eglise d’Orient accepta très bien.

  • Ambroise, évêque de Milan, affirme en 386 que « l’Eglise appartient à Dieu, et l’empereur n’a aucun droit sur le temple de Dieu ». Il obtient en 390 que l’empereur Théodose fasse pénitence publique d’un crime qu’il avait commis.

  • Dans la Cité de Dieu, saint Augustin distingue la cité céleste, la vraie patrie, inaugurée par Abel, poursuivie à travers Israël puis l’Eglise, et la cité terrestre, fondée par Caïn et aboutissant aux empires qui se succèdent, de Babylone à Rome. Augustin, tout en affirmant la supériorité du pouvoir spirituel sur le pouvoir temporel, prêche l’obéissance à ce dernier, fût-il mauvais. Il assigne même aux bons empereurs le devoir d’intervenir contre les hérétiques. C’est, en germe, la théorie du recours au bras séculier.

La fin du paganisme

Le paganisme fut définitivement interdit en 391, et les temples fermés ou détruits.

Après Constantin, la résistance païenne fut très limitée. L’intelligentsia des derniers temps du paganisme romain fut ultra conservatrice, méprisant l’inculture des chrétiens.
La dernière grande occasion qu’eurent les païens d’élever la voix fut le sac de Rome par l’arien Alaric et ses goths en 410. Ils accusèrent le christianisme d’en être responsable, pour avoir soustrait Rome à la protection de ses dieux traditionnels. C’est pour répondre à cette accusation qu’Augustin écrivit son livre la Cité de Dieu, qui joua un si grand rôle dans la pensée chrétienne du Moyen-âge.

Dans un monde qui se ruralise à cause de la déchéance de l’Empire, le christianisme trouva dans les campagnes les fidèles les mieux préparés à certaines croyances et pratiques de plus en plus envahissantes : le culte des reliques et la croyance aux miracles. Ce merveilleux chrétien permit de toucher les couches populaires.

Expansion de l’Eglise

Le christianisme se répandit considérablement entre 325 et 476. Même les peuples germaniques, grâce à l’évêque missionnaire Wulfila, furent gagnés à la cause arienne.
A l’intérieur de l’Empire, la christianisation des campagnes progressa lentement, par la prédication, la thaumaturgie (miracles) et la violence (destruction des statues, arbres et bois sacrés, baptême collectif de force). Les nouveaux lieux de cultes étaient établis sur l’emplacement des anciens, pour profiter d’une continuité ou au contraire pour en oblitérer entièrement le passé.

Organisation de l’Eglise

Le conflit pour la primauté se concentre entre l’évêque de Rome et celui de Constantinople. Le siège de Rome est qualifié d’apostolique, il est héritier du Christ par Saint Pierre. Sirice (384-399) se nomme « Pape », se proclamant ainsi le « père » et non le « frère » des autres évêques.
Les empereurs, désireux de voir l’Eglise soumise à une autorité supérieure au spirituel comme au temporel, ont d’ailleurs favorisé les évêques de Rome.

Les conciles provinciaux assurent la réglementation de la christianisation en Occident, alors que les grands conciles œcuméniques se chargent plutôt des querelles théologiques. 3 grandes règles sont fixées pour l’église vers les 300 : la séparations des clercs et des laïcs, l’exclusion des femmes du clergé et des activités supérieures, la prééminences de évêques.
Les envoyés du Pape de Rome participèrent aux premiers Conciles :

  • Premier Concile (Nicée, 325) : Athanase formule, contre l’hérésie d’Arius, la doctrine de la consubstantialité du Père et du Fils.

  • Deuxième Concile (Constantinople, 381) : condamnation d’Arius, appuyée par Rome. Institution des 4 juridictions régionales de l’église orientale.

  • Troisième Concile (Ephèse, 431) : condamnation de Nestorius, appuyée par Rome.

  • Quatrième Concile (Chalcédoine, 451) : contre le monophysisme. Le Pape Léon I présente une formule pour le nouveau symbole de la foi.

Le repos dominical est imposé, ainsi que les fêtes chrétienne (Noël, ramené du 6 janvier au 25 décembre, Pâques, …).
La liturgie se charge d’emprunts au cérémonial impérial : baisers, génuflexions, …

Les pèlerinages et le culte des martyrs et de leurs reliques se développent considérablement.

Le respect de la propriété privée, l’observation des engagements et la légitimité du profit, principes romains par excellence, ne sont pas influencés par le christianisme, mais de nouvelles valeurs chrétiennes s’imposent : disparition des jeux, des thermes, des théâtres ; accent mis sur le jeûne, la chasteté et la virginité ; la pratique de la pénitence, de l’humilité et de la charité.

Les hérésies, toujours présentes

Le IV et V siècles sont remplis de luttes contre les hérésies. Mais le véritable ennemi du catholicisme resta toujours les vieux fonds de croyances traditionnelles, survivant en s’incorporant au christianisme et en le déformant, en le folklorisant.

5 grands mouvements font trembler l’orthodoxie :

  • Le manichéisme (voir le texte sur le ce mouvement).

  • Le schisme donatiste, qui déchira jusqu’à la conquête vandale de 429 le christianisme africain.

  • L’arianisme est la plus grosse affaire théologique du IV siècle. Ce mouvement prit une ampleur énorme en Orient comme en Occident. Il se transforma pour conduire au dualisme et au refus absolu du monde. La conversion d’une partie des germains à l’arianisme à la veille des Grandes Invasions donna une seconde vie au mouvement.

  • Le priscillianisme est un mouvement ascétique extrémiste débouchant sans doute sur un dualisme, qui s’associa à des revendications sociales.

  • Pélage (voir le texte sur les penseurs chrétiens).

La vivacité de l’Esprit, les Pères de l’Eglise

En Occident comme en Orient, le IV siècle est l’âge d’or des Pères de l’Eglises, qui vont fonder le capital idéologique sur lequel vivra le Moyen-âge : Basile de Césarée, Grégoire de Nysse, Jean Chrysostome, …

Hilaire de Poitiers ( ?-367) fut surtout le champion de l’antiarianisme. La doctrine orthodoxe de la Trinité fut pour la première fois exposée dans son De Trinitate.
Ambroise de Milan
( ?-397) fit passer de nombreux textes et idées de la pensée alexandrine vers le christianisme occidental.
Jérôme
( ?-420) donna au Moyen-âge le texte latin de la Bible, la Vulgate. Il est également l’introducteur en Occident de maintes traditions orientales.
Enfin, Augustin ( ?-430), évêque d’Hippone, fut la plus grande autorité patristique du Moyen-âge (voir le texte sur les penseurs chrétiens).

L’architecture, les représentations picturales et la sculpture évoluent beaucoup durant cette période. La musique chrétienne, hostile aux instruments donc uniquement vocale, prend une grande importance.

Le christianisme dans les royaumes barbares – de 476 à 754

En 474, le dernier empereur romain d’occident est déposé par un chef barbare. Mais ce n’est pas la fin de la civilisation romaine. En effet, les rois barbares des VI et VII siècles continueront à employer des méthodes romaines.
En 711, l’Espagne est conquise par les arabes.

L’Europe fut ruinée par les invasions incessantes, les guerres intestines et son isolation culturelle. Les invasions Vikings anéantirent les villes, et donc les derniers centres de culture.

L’Eglise joua un rôle important dans l’histoire de l’Europe occidentale de 300 à 600. Si l’Occident n’avait pas été divisé, pauvre et mal gouverné, l’influence de l’Eglise n’aurait pu être aussi importante. L’effacement des pouvoirs publics fit de l’évêque le chef et le protecteur de la ville, dont il assure le ravitaillement, la charité et la justice.
Monachisme et féodalité (d’origine germanique) sont les deux « germes », capables de survivre aux catastrophes historiques, qui ont constitué les fondements d’une société et d’une culture nouvelles.

Les barbares et l’Eglise

Lors des invasions barbares, les rapports entre les nouveaux dirigeants, l’Eglise et les populations chrétiennes antérieurement installées furent plutôt bons.
La constitution des royaumes barbares entraîna une fragmentation de la chrétienté en Eglises à tendances nationales soumises à l’ingérence des souverains locaux.

Les hérésies ne sont plus, comme à la période précédente ou comme en Orient, un danger permanent pour la catholicité.

Le problème de la conversion des envahisseurs fut primordial pour l’Eglise. Ceux-ci étaient païens ou, de façon très majoritaire, ariens. Les missionnaires chrétiens cherchèrent à obtenir des conversions collectives en gagnant les chefs, et ce souvent par l’intermédiaire de princesses déjà chrétiennes.
A ce titre, la conversion de Clovis (vers 500), et à travers lui des francs, est très importante et significative. Sorte de nouveau Constantin, Clovis s’immisça même mieux que lui dans les affaires de l’Eglise. La conversion de tous les territoires francs prit quand même du temps, pour s’achever au VIII siècle.
L’arianisme des Burgondes, des Goths et des Vandales disparut sous les coups qui firent périr ces nations : francs pour les premiers, byzantins pour les autres. Wisigoths et Lombards furent aussi convertis peu avant 600.

Aspects théologiques

Avec cette nouvelle société, le contenu de la religion se barbarisa : participation croissante de l’Eglise à la violence ; développement de formes primitives de justice (ordalies) et de pénitence ; pénétration de goûts et mentalités barbares dans l’art et la littérature.
La liste des pêchés capitaux apparaît, même si on hésite encore sur leur nombre et leur nature. Les Irlandais, champions de la pénitence, donnent le ton (peines spirituelles, épreuves et châtiments corporels), avant que ces tendances n’envahissent le continent.

Au septième Concile (Nicée, 787), l'iconoclasme, qualifié d'hérésie, fut condamné. Les icônes devaient rester des objets de vénération, non d'adoration.

Les figurations changent : elles sont souvent animales et notamment monstrueuses. Une grande importance est donnée au symbolisme solaire (cercle oculé, croix gammée, …). On retrouve des représentations humaines timides et des figurations du Christ.
Les Irlandais deviennent les champions de la miniaturisation et de l’enluminure. Chez les wisigoths en Espagne, on plait à Dieu plus par la richesse que par le raffinement.

Les problèmes de la papauté

L’Italie et une partie de l’Espagne furent en partie reconquises par Byzance sous Justinien (533). L’élection des papes due être ratifiée par Constantinople, et on peut penser que la papauté fut sauvée par les Lombards et l’Islam qui stoppèrent l’agressivité byzantine.

Le danger représenté par les Lombards (même après leur conversion), la menace byzantine, la peste noire qui apparue à plusieurs reprises, tous ces facteurs semblaient annoncer l’imminence du Jugement Dernier et poussaient la papauté au zèle pastoral et missionnaire.
La condamnation par le pape Grégoire III (731-741) de l’iconoclasme éloigna encore la papauté de l’Orient, et la poussa à trouver un protecteur en Occident. Ce furent les francs, avec Pépin le Bref sacré en 754 par le pape Etienne II. En échange des services de l’Eglise, Pépin lui fit donner des territoires en Italie centrale. L’Etat Pontifical était né.

Le monachisme

Le monachisme s’étend selon trois directions : une tendance anarchique, le mouvement irlandais et le mouvement bénédictin.
Le modèle irlandais se propage sur le continent à partir de 590. Sous la règle de Colomban, c’est l’école de l’austérité, de l’héroïsme chrétien.
Parallèlement, le mouvement bénédictin et sa règle apparaissent comme celui de la mesure et du juste milieu.
Benoît de Nursie
(480-540), né d’une bonne famille provinciale italienne, fut d’abord ermite, avant de s’inspirer d’une Règle du Maître qu’il va adoucir pour rédiger sa propre règle. Cette règle est une balance égale entre la vie active et la vie contemplative.
Saint Benoît aspire à la fuite du monde dans une communauté qui se suffit à elle-même, sous l’autorité d’un père abbé. Il organisa ainsi une chaîne de petites communautés complètement autonomes économiquement. Le travail manuel est obligatoire pour les moines.
Les monastères furent moteurs de la civilisation : les moines étaient constructeurs, médecins, métallurgistes, fermiers… Les débris de l’héritage culturel classique survivaient dans ces monastères.

Le christianisme dans le monde carolingien – de 754 à 987

Pouvoir temporel – pouvoir spirituel

En 800, Léon III sacra Charlemagne à Rome. Charlemagne colora son pouvoir d’un caractère religieux, sacerdotal, sacré. Il était un nouveau David, à la fois roi et prêtre. Plus encore que les souverains mérovingiens, il légiféra en matière ecclésiastique. Il défendait la religion temporelle, sans se substituer aux évêques et aux papes pour ce qui relève du spirituel, des aspects théologiques.
Sous ses successeurs, plus faibles, le sens des abus de pouvoir changea en faveur de l’Eglise.

D’un côté, les papes acquièrent un pouvoir temporel certain, en confirmant par exemple l’élection des rois et empereurs. Mais d’un autre côté, la personne du pape perd de son sacré : les papes sont convaincus d’adultère, assassinés, contredits par les rois, …

Vie religieuse et aspects sociaux

La vie religieuse ne laisse plus rien en dehors d’elle. L’essentiel de cette vie, c’est la participation à des rites et la pratique de sacrements qui se définissent, se ritualisent et encadrent toute la vie sociale :

  • Le baptême est le rite d’entrée dans la société qui prend le nom de « chrétienté ».

  • Le mariage comporte maintenant le moment essentiel de la remise de l’anneau nuptial.

  • Bien qu’étant un acte communautaire, la messe est très alourdie par une liturgie où la coupure entre clercs et laïcs est de plus en plus marquée.

La croissance géographique de l’Eglise se poursuit avec un recours déterminé à la violence, même sous Charlemagne : massacres et destructions, baptêmes forcés, choc psychologiques à coups de miracles, …

La formation du haut clergé est améliorée grâce à des écoles épiscopales.
Des ateliers de copie et d’enluminures apparaissent, sauvant un grand nombre d’œuvres de l’Antiquité et créant un nouvel art pictural. Le livre reste cependant encore un trésor.

La restauration d’une langue latine correcte creuse un fossé entre les lettrés qui la parlent et les autres.
La religion carolingienne trouve une justification intellectuelle, religieuse, aux efforts laborieux des hommes. Les traités techniques apparaissent à côtés des arts libéraux.

Avec ses grandeurs et sa fragilité, le christianisme carolingien a surtout été celui du IX siècle. Dès le X siècle, il est de nouveau en régression, tout comme la morale. Le monde temporel s’immisce dans l’Eglise. Ainsi, la plupart des papes et des membres de l’élite de l’Eglise viennent des grandes familles romaines.

Les visages de l’Eglise

En dehors de l’Empire, deux chrétientés se démarquent :

  • En Grande-Bretagne, l’invasion des scandinaves, bien que rapidement convertis, produit une profonde régression du christianisme.

  • En Espagne, l’émirat de Cordoue, très tolérant, favorisa l’émergence d’une chrétienté originale, la chrétienté mozarabe, largement ouverte dans le domaine de la culture et de l’art aux influences musulmanes..

Cluny est fondée en 909, et va devenir la tête d’un ordre qui impose, à partir de la règle bénédictine, une réforme qui gagnera de nombreux monastères en France, dans l’Empire et en Italie. Point primordial, les abbayes sont indépendantes de toute autorité religieuse et surtout civile : Cluny est propriété des apôtres Pierre et Paul et n’a qu’un défenseur, le pape.

Le christianisme dans l’essor romain – de 987 à 1159

En 987, le dernier carolingien meurt, et est remplacé par Hugues Capet.
L’Empire germanique et sa créature le pape contrôlent la chrétienté. Les capétiens n’auront jamais les possibilités d’ingérence des carolingiens dans les affaires de l’Eglise.

A l’approche de l’An Mil, toutes sortes de désastres (épidémies, dont le « mal des ardents », famines, …) viennent accentuer les terreurs eschatologiques des siècles précédents. Des monstres apparaissent, les présages et les signes abondent, le diable est vu partout…
La cause de ces calamités est identifiée : les pêchés des hommes. On recourt au jeûne, aux pénitences, aux saints et à leurs reliques, aux pèlerinages collectifs qui prennent un essor prodigieux.
Passé l’an 1033 (le millième depuis la Passion), les chrétiens sentent que les pénitences et les purifications ont atteint leur but, et l’atmosphère générale se détend.

Devant la violence ambiante et la carence de pouvoir royal, l’Eglise décide d’assumer la protection des faibles en répandant les institutions de paix. Il s’agit d’un serment que font les puissant et qui fixe des exceptions à la violence : certaines catégories de gens, certaines périodes, …
La paix est avant tout une solution religieuse aux problèmes d’une économie en expansion.

La réforme grégorienne

Avant l’An Mil, la simonie, c'est-à-dire le trafic des charges ecclésiastiques, se généralise, ainsi que le nicolaïsme, le mariage des prêtres.

L’état consternant de l’Eglise, ainsi que la chrétienté nouvelle, en expansion économique et culturelle, suscitent une réaction de 1050 à 1150, la réforme grégorienne. Cette réforme tenta une voie moyenne entre l’intégration dans le siècle et son refus.
La réforme commença sous Nicolas II, puis s’effectua principalement sous Grégoire VII qui lui donna son nom.
Elle commença par condamner simonie et nicolaïsme. Des changements ont lieu sous la pression de la piété populaire : importance accrue de l’eucharistie, vénération de la Croix, … Les églises sont reconstruites, rénovées, ce qui est surtout un contrecoup de l’essor démographique dû à l’amélioration de l’agriculture. Le but était également de devenir indépendant du pouvoir des puissants. La réaction des princes fut très négative, mais malgré les résistances la réforme fut un succès.

Erémitisme et ordres nouveaux

L’érémitisme prolifère partout. Beaucoup d’ermites sortent de leur solitude pour faire de la prédication itinérante. Leur charisme est souvent grand, ce qui évidemment dérange l’Eglise.

Cîteaux est fondé en 1098. L’éloignement de toutes les formes traditionnelles de richesse monastique et la pratique assidue du travail manuel sont les principales caractéristiques des cisterciens.
Mais c’est la personnalité de saint Bernard qui assura le succès de la formule. Paradoxalement, ce solitaire réussi à intervenir dans toutes les grandes affaires de la chrétienté.

Au XII siècle, une querelle oppose les formes anciennes et nouvelles du monachisme, autour de la question du travail manuel des moines. C’est parce qu’il est pénitentiel que le nouveau monachisme est laborieux.

Les ordres hospitaliers et les ordres militaires apparaissent également à cette époque.

Après les terreurs de l’An Mil, on assiste à un phénomène nouveau : l’émergence des laïcs dans la société chrétienne, principalement dans les mouvements hérétiques auxquels ils fournissent la masse des fidèles ou même les chefs.
A cette époque, nombre de prêtres étaient mariés ou en concubinage, faisaient payer tous les services religieux supplémentaires, … Or le refus de traduire la Bible rendait le christianisme accessible qu’aux travers de ces prêtres et moines.
Cette immoralité et vénalité du clergé éloignèrent progressivement les fidèles, qui se tournèrent vers ces mouvements para-millénaristes souvent hérétiques. Même si l’hérésie médiévale a plusieurs visages, elle est principalement une contestation de l’idéologie dominante, et vise un retour à un christianisme plus pur et plus dur.

Aspects culturels

De l’An Mil au XII siècle, la production culturelle a été considérable.
On retrouve le philosophe Anselme de Canterbury (1033-1109), les théologiens saint Bernard (1090-1153), Maître Eckhart (1260-1327) et saint Thomas d’Aquin (1223-1274).

L’art roman est si divers qu’il est difficile de le réduire à quelques inspirations essentielles. Pourtant une de ses caractéristiques est qu’il reste attaché au passé.
Les arts libéraux sont systématiquement cultivés, particulièrement la grammaire et la dialectique. On assiste à un retour à l’Antiquité, avec parfois la résurgence de valeurs difficilement compatibles avec le christianisme.
La pensée symbolique triomphe. Le symbolisme chrétien envahi tout, les réalités profanes se chargent de sacrée. Les églises deviennent des imagos mundi, avec de très nombreux symboles cosmiques à côté des thèmes bibliques. L’art roman essaye de réunir dans un même ensemble toutes les modalités d’exister : sacré, profane et imaginaire.
Le répertoire iconographique oscille entre deux pôles. D’un côté le difforme, le laid, le monstrueux, l’infernal. De l’autre côté, à côté de Dieu et du Christ, apparaît une figure de refuge et de consolation : la Vierge. Jusqu’alors reléguée dans l’ombre, elle surgit enfin au premier plan. L’Eglise est alors figurée comme une femme.

Le christianisme dans l’épanouissement gothique – de 1159 à 1311

L’essor urbain fonde une nouvelle société basée sur la division du travail et l’économie monétaire.
Une première réponse de l’Eglise aux changements de cette époque est la promotion de la pauvreté, la dignification des humbles. La pauvreté est vue comme le moyen de réaliser l’idéal proclamé par Jésus et les Apôtres.
Une seconde réponse est la casuistique, partie de la théologie morale qui a pour objet de résoudre les cas de conscience en appliquant les principes théoriques aux situations de la vie. Les problèmes, simplifiés sous forme de cas, peuvent recevoir des solutions différentes. La casuistique multiplie alors les distinctions et les exceptions à la règle.

Dans le même temps qu’elle lutte contre les hérésies, l’Eglise durcit son attitude à l’égard des autres exclus : lépreux et juifs. Les uns sont enfermés dans les maladreries, et pour les autres les premiers ghettos apparaissent.

Les ordres mendiants

Les ordres mendiants, principalement les franciscains et dominicains, mais aussi toute une multitude d’ordres très mineurs, vont concilier les deux nouvelles tendances de l’Eglise.
Après quelques difficultés, les deux principaux ordres sont fondés par Innocent III. Ils pratiquent donc la pauvreté, et agissent par la prédication dans l’environnement urbain où ils se sont installés. Les nouveaux ordres sont en relation avec les réalités du monde. Les franciscains insistent sur le premier aspect, ce sont les frères mineurs, les dominicains sur le second, ils sont les frères prêcheurs.
L’Eglise séculière est bien évidemment hostiles aux ordres mendiant. La situation se règle au second concile de Lyon (1274). Dominicains et franciscains lâchent du lest, et les petits ordres mendiants, à part les carmes et les augustins, sont interdits.

Les dominicains

Dominique (1170-1221), d’extraction aisée, cultivé, va être en contact avec les hérétiques lors de ses voyages. Pratiquant la pauvreté, il va alors porter la prédication et la contradiction à ces hérétiques. Il sera canonisé en 1234.
Les dominicains seront les principaux acteurs engagés dans la lutte contre les hérétiques, principalement les cathares, en conduisant l’Inquisition.

Les franciscains

François d’Assise, lui aussi d’extraction aisée et cultivé, recherche la solitude et la pauvreté absolue. Suivi de quelques disciples, il veut vivre le passage de l’Evangile de Matthieu : « Guérissez les malades, purifiez les lépreux, … ».
Il rédigea une Règle, et un peu plus tard Innocent III officialisa l’ordre mineur. Plus tard, pour éviter des problèmes d’hérésie, l’ordre devint un Ordre régulier sous la juridiction du Droit Canon. Saint François en abandonna alors la direction. Il reçu les stigmates et fut canonisé en 1228.

L’idéal des Franciscains était le travail manuel, ainsi que de vivre de l’aumône.

Certains extrémistes (appelés les observants, puis plus tard les spirituels) insistaient sur la pauvreté absolue. Saint François était vu par certains comme le représentant du Troisième Age annoncé par Joachim de Flore. Les relations allaient alors en se dégradant avec le pape Grégoire III.
Au moment le plus critique pour l’ordre, saint Bonaventure en prit les rênes. Il réussit à concilier les partis les plus extrêmes. Il composa une biographie plus modérée de saint François, qui fut la seule autorisée par l’Eglise.

L’Eglise face au Temporel

La papauté de la seconde moitié du XII siècle gagna 2 combats contre le pouvoir temporel : contre l’empereur Frédéric Barberousse, et contre Henri II d’Angleterre au lendemain du meurtre de Thomas Backet.
Au XIII siècle, l’Eglise est vraiment vue comme un corps, dont la tête est primordiale. Ainsi se justifie la monarchie pontificale, dont les moyens matériels se précisent alors (législatif, financier via par exemple les impôts pour la Croisade ou la taxe sur le clergé). La bureaucratie papale s’alourdit. Mais les papes de ce siècle restent victimes des rois, en particulier de Philippe le Bel.

L’Eglise ne se désintéresse pas la vie quotidienne. Elle se soucie à travers de nombreux conciles œcuméniques de s’adapter aux besoins nouveaux des chrétiens : enseignement, confession, justice (interdiction des ordalies), mariage (assouplissement de la consanguinité), …
Mais une vraie réforme de l’Eglise est ratée.

La piété populaire

Deux mouvements suivent cette voie de la pauvreté, les vaudois et les humiliâtes, qui

A la fin du XII, les mouvements chez les laïcs s’organisent pour imiter la vie des apôtres, trahissant le mépris du monde et le mécontentement vis-à-vis du clergé. La contestation hérétique s’étend partout, quoique de façon plus importante dans les couches populaires et urbaines.
La piété conduisait souvent à l’hétérodoxie et même, aux yeux des autorités ecclésiastiques, à l’hérésie. Mais ce risque de la censure ecclésiastique concernait aussi bien les contemplatifs instruits en théologie que les enthousiastes de toute espèce, à la recherche d’une « expérience mystique ».

Une des menaces les plus graves pour la chrétienté entière fut le catharisme.

Les Vaudois, à Lyon en 1173, prêchaient la pauvreté volontaire. De même, les Humiliati dans l’Italie du Nord. Ils seront condamnés d’hérésie en 1184, mais Innocent III réconciliera plus tard une partie des ces gens avec l’Eglise.
Dans les régions du nord se formèrent des communautés laïques de femmes, les Béguines, qui partageaient leur vie entre travail, prière et prédication.

Le mouvement du Libre Esprit, en 1300, rompait tout lien avec l’Eglise, pratiquant un mysticisme radical et cherchant l’union avec le divin lors de la vie terrestre, grâce à l’ascèse et l’austérité. Dans le Miroir des simples âmes sont décrits 7 « états de Grâce » qui conduisent à l’union avec Dieu. La certitude que l’union mystique peut être obtenue ici, sur Terre, est la grande innovation du mouvement.

Savoir et universités

A côté du Sacerdoce et de la Royauté prend place le Savoir, qui s’enseigne maintenant dans des universités. La corporation universitaire apparaît donc, avec ses privilèges. Les universités sont des pépinières de hauts fonctionnaires ecclésiastiques et civils.

Le livre se désacralise pour devenir un instrument de travail, la méthode est la scolastique. Au sommet de la hiérarchie des disciplines, la théologie, devenue elle-même une science. La médecine et surtout le droit prennent de l’ampleur.

Les programmes accordent une grande place à Aristote, qui permet de réaliser l’équilibre intellectuel entre raison et foi, ce que Thomas d’Aquin réussit à merveille.
La censure s’abattra sur les penseurs philosophes et leur Aristote, ce qui au final donnera un avantage au développement des sciences.

Société

L’art prend un caractère didactique et narratif.
Les thèmes évoluent : le Christ de majestueux devient souffrant, sans cesser d’être royal. Le souci esthétique du Beau prime.
On retrouve également dans la littérature cette dévaluation du contenu théologique et mystique en un contenu descriptif et moralisateur.
Art de vulgarisation, le gothique est aussi art d’ouverture et de lumière. Le christianisme gothique est moins lourd, moins oppressant. La liturgie s’éclaire.

Le christianisme dans l’automne du Moyen-âge – de 1311 à 1500

L’exil en Avignon et le Grand Schisme

Une série de hasards amène Clément V à s’installer à Avignon, ville géographiquement mieux située que Rome dans l’ensemble de la chrétienté. Benoît XII y fait construire à partir de 1336 un palais à la mesure des besoins de l’administration pontificale, enracinant cette installation initialement temporaire, et qui durera de 1309 à 1377.
Ce séjour à Avignon fut considéré dès le XIV siècle comme une « captivité de Babylone ». On reprocha à cette papauté, outre son lieu de résidence et sa soumission aux influences françaises, l’abus de la fiscalité, l’exagération du centralisme et l’éclat des apparences.
La cour papale était assoiffée de pouvoir, d’argent et de prestige. Ses membres imminents se groupaient en clan, se déchiraient en intrigues.
Les opérations financières de la Curie, les besoins du Pape, des cardinaux et autres prélats firent d’Avignon une grande place financière.
La Grande Peste de 1348 apparut à beaucoup comme un châtiment des pêchés pontificaux.

Un Grand Schisme frappa l’Eglise de 1378 à 1417. La papauté fut divisée entre 2 et parfois 3 papes, chacun d’eux soutenu par des princes différents.
Des conciles furent organisés pour sortir de la situation, sans succès jusqu’au concile de Constance en 1417.
Le danger majeur encouru alors par l’Eglise fut de laisser croire qu’on pouvait se passer du pape. Le concile apparu à beaucoup comme le meilleur moyen de gouverner l’Eglise. Pendant 3 mois en 1417, l’Eglise fut en effet sans pape, entièrement dirigée par le concile en cours. Les papes suivant luttèrent contre le conciliarisme, jusqu’au moment de la Contre Réforme.

Les restes de l’Eglise avant la Réforme

Au XIV siècle, la partie temporelle des églises est en partie ruinée à cause des guerres et violences diverses. Ce siècle se caractérise également par une série de calamités et de fléaux cosmiques : comète, éclipses de soleil, et surtout, à partir de 1347, la Mort Noir.
Le clergé, quant à lui, est ignorant et immoral.

Une élite de dévots se détache, ouvrant la voie de la devotio moderna : les mystiques allemands (Maître Eckhart, Tauler, Suso), Ruysbroeck, Groote, Nicolas de Cues…
Eckhart : « Le Dieu sans nom est inexprimable et l’âme, dans son fond, est aussi inexprimable que lui ». La rencontre de l’âme avec Dieu, qui se produit dans l’intimité de la conscience individuelle, est à la portée de toutes les conditions, et surtout de celle du laïc dévot.

La mort physique hante les imaginations, et les images du corps attaqué par la putréfaction ou du squelette se répandent dans l’art. L’appréhension se fixe sur le moment du passage, et non plus sur un éventuel Enfer à venir comme aux siècles précédents.
Les hommes se concentrent de plus en plus sur leur salut personnel. La définition pontificale du Purgatoire date de 1259, mais sa popularité se développe durant cette période troublée.

La piété vulgaire sombre dans les bas fonds de la dévotion : thaumaturgie, sabbats, …

Les dernières hérésies

En Angleterre, John Wyclif (1320-1384), maître à Oxford, développe une nouvelle hérésie. C’est une critique radicale du l’Eglise, qui n’apporte rien de neuf à l’Ecriture. Clergé et sacrements y sont inutiles. L’Eglise est définie comme la communauté des prédestinés, laïcs autant que clercs.

C’est pour fléchir Dieu que se multiplient les processions des flagellants, après le début de l’épidémie de Peste. Ils furent tout de suite interdits par Clément VI.
Arrivée dans une ville, la procession se réunissait devant la cathédrale pour chanter, se lamenter, pleurer, et de flageller avec une très grande violence.

Aux Pays-Bas, Gerhart Groote (1340-1384) est l’initiateur du mouvement ascétique des Frères de la Vie commune. Trait d’union entre le moyen âge et les temps modernes, leur spiritualité rayonne sur les pays de langue allemande. Ils pratiquent la devotio moderna, un christianisme simple, généreux et tolérant, ne s’éloignant pas de l’orthodoxie. L’âme est invitée moins à méditer sur les hauts mystères du Logos que sur l’humanité du Dieu fait homme, présent dans l’eucharistie à l’âme qui le cherche. Cette dévotion accessible attire un grand nombre de laïcs entre la fin XIV et le début XV.
Nicolas de Cues ou Erasme en furent les élèves des Frères de la Vie commune.

Après Nicolas de Cues, le prédicateur dominicain Savonarole (1452-1498) représenta le dernier essai de réforme entreprise à l’intérieure de l’Eglise romaine. Accusé d’hérésie, il fut pendu et brûlé sur le bûcher.
Dorénavant, les réformes seront effectuées contre l’Eglise catholique, ou en dehors d’elle.

Bibliographie

Mircea Eliade, "Histoire des religions et idées religieuses" tomes II et III.
Jacques Le Goff, "Le christianisme médiéval en Occident du concile de Nicée à la Réforme", dans Histoire des religions tome II, Folio essais