L'islamisme

Mahomet et l’essor de l’Islam

Islam signifie littéralement « soumission ».

Contexte religieux avant la naissance de Mahomet

La religion de l’Arabie centrale ne semble pas avoir été modifiée par les influences judéo-chrétiennes. Malgré sa décadence, elle gardait encore les structures du polythéisme sémitique populaire de la Palestine du –VI siècle.

La Mecque était le centre culturel, la ville s’étant construite autour du sanctuaire de la ka’ba (« cube »), édifice à ciel ouvert contenant la Pierre Noire, encastrée dans un de ses angles. Cette pierre était considérée d’origine céleste.
Le service au sanctuaire était confié aux membres des familles influentes. Un corps sacerdotal proprement dit ne semble pas avoir existé.

Le seigneur de la ka’ba est Allah (« Dieu »), deus otiosus. Les déesses Manat, Allat et Al’Uzza étaient de loin plus importantes et populaires.

La vie de Mahomet

Il existe plus d’informations sur la vie de Mahomet que sur les autres fondateurs des religions universelles. La nativité et l’enfance du Prophète ont été assez tôt transfigurées, conformément au scénario mythologique des Sauveurs.

Né à La Mecque entre 567 et 572, il était orphelin et fut élevé par son oncle maternel. A 25 ans, il entra au service d’une veuve assez riche, Khadija, qu’il épousera. Le mariage fut heureux et elle l’encouragea pendant les épreuves de sa vocation religieuse. Il épousa 9 femmes après la mort de Khadija.

La mission prophétique de Mahomet fut déclenchée à la suite de plusieurs expériences extatiques, à partir de 610. Ses visions ont été accompagnées de révélations auditives. Lors d’une retraite dans une grotte, l’Ange Gabriel lui aurait ordonné d’aller prêcher au nom du Seigneur. La résistance initiale de Mahomet rappelle l’hésitation des chamans et de nombreux mystiques et prophètes à assumer leur vocation.

Pendant un certain temps, ses révélations furent réservées à ses proches, puis après une vision en 612 lui ordonnant de les rendre publiques, Mahomet commence son apostolat.
Il rencontra assez vite des oppositions, car, politiquement, renoncer au « paganisme » équivalait à la perte de certains privilèges pour des personnes influentes. De plus, reconnaître Mahomet comme Prophète revenait à lui accorder une grande importance politique.
On lui reprocha aussi l’absence de miracles, et sa condamnation des ancêtres polythéistes à l’Enfer.

En 622, Mahomet choisi de s’exiler à Yathrib (la future Médine). Cette citée oasis était déjà à moitié convertie à l’islam, et un leader politique fort y était salutaire. Il y organisa la communauté islamique, l’Ummah.
Son prestige politique augmenta au fur et à mesure de ses réussites militaires.

La communauté vécu pendant quelques temps de pillages. Il ordonna le massacre de la dernière tribu juive de Médine, accusée de trahison pendant un siège de la ville.
Il gagna en influence et finalement envahit La Mecque en 630. Les idoles de la Ka’ba y sont détruites, le polythéisme abolit. Une fois maître de la cité, Mahomet fit preuve d’une grande tolérance. La capitale de son état théocratique resta à Médine, où il retourna.

Mahomet proclama en 631 la guerre totale contre le polythéisme. Les polythéistes devaient être tués, à moins qu’ils ne se repentent.

Il fit son dernier pèlerinage à La Mecque en 632, et y prescrivit minutieusement tous les détails rituels du Hajj (pèlerinage), qui sont encore suivis de nos jours.
De retour à Médine, il tomba malade et mourut le 8 juin 632.

La prédication de Mahomet

Mahomet ne créa pas une nouvelle religion, il réactiva le culte d’Allah, tombé en désuétude, en un monothéisme absolu. Son génie politique n’était pas moindre que son génie religieux : il fonda un état théocratique et créa la nation arabe, tout en permettant à la communauté des croyants de s’étendre au delà des frontières ethniques et raciales.

Les thèmes de sa prédication sont le caractère universel, créateur et éternel d’Allah, ainsi que sa bonté. Mahomet insiste aussi sur l’imminence du Jugement et de la résurrection des morts.
L’apocalypse est très violente et colorée, le Jugement condamnera les mécréants à l’Enfer et les justes au Paradis (où les attendent de nombreuses béatitudes d’ordre plutôt matériel). L’intervalle entre la mort et le Jugement constitue un état d’inconscience, le ressuscité a donc l’impression que le Jugement a lieu immédiatement après sa mort.

Mahomet fut poussé à se conformer au modèle illustré par Moïse, Hénoch, Mani ou d’autres, qui étaient monté au Ciel, avaient rencontré Dieu et avaient reçu de sa main un Livre contenant la Révélation divine. Mahomet révéla le Coran, en langue arabe, et fit un voyage extatique jusqu’au trône d’Allah.

Après l’émigration à Médine, les sourates s’orientent vers l’organisation de la communauté des fidèles, la structure théologique étant déjà achevée. Les fidélités tribales sont abolies, il n’existe alors plus qu’une communauté des musulmans, l’Ummah, organisée en société théocratique.

Mahomet voulu se rapprocher des juifs de Médine, les convertir. Il voulait qu’ils le reconnaissent comme prophète. Mais ce fut un échec, et Mahomet établit alors le centre religieux non plus non plus à Jérusalem mais à La Mecque.
Mahomet affirma que la Mecque était actuellement sous le contrôle des idolâtres à la suite des pêchés des ancêtres. Il affirma aussi que Les deux religions du Livre n’avaient pas su conserver leur pureté originelle, c’est pourquoi Dieu avait envoyé son dernier Messager.

Allah est Dieu, le seul Dieu ; il est parfaitement libre, omniscient et tout-puissant ; il est le créateur de toutes choses, il régit les rythmes cosmiques, ainsi que les œuvres des hommes. Cependant, les actes des hommes restent libres. L’homme est faible, non à la suite d’un pêché originel, mais parce qu’il n’est qu’une créature.
Allah est également libre de se contredire : le Coran est le seul Livre Saint qui connaît la liberté d’abroger certains passages de la Révélation.

L’islam ne constitue pas une Eglise, et il n’y a pas de sacerdoce. C’est une religion beaucoup plus simple que les deux monothéismes précédents.
La vie religieuse est réglée par des institutions qui sont en même temps des normes juridiques, notamment les 5 Piliers de la Foi.
Le plus important Pilier est shalât, le culte ou la prière canonique, comportant les 5 prosternations journalières ; puis zakât ou aumônes légales ; sawn désigne le jeûne, de l’aube au crépuscule, pendant tout le mois du Râmâdan ; hajj est le pèlerinage ; enfin shahâdat est la « profession de foi », c'est-à-dire la répétition de la formule « Il n’y a de dieu que Dieu, et Mahomet est le Messager de Dieu ».

Etant donné la faillibilité de l’homme, le Coran n’encourage ni l’ascèse ni le monachisme. Il ne s’adresse ni aux saints ni aux parfaits, mais à tous les hommes. Les différences sociales sont acceptées, mais tous les fidèles sont égaux dans l’Ummah.
Le nombre d’épouses légitimes est limité à 4.

L’irruption de l’Islam dans la Méditerranée et le Proche-Orient

L’Histoire universelle est la manifestation ininterrompue de Dieu. Il faut conquérir le monde au monothéisme.
Au final, ce sont les premières victoires militaires obtenues par les premiers califes qui ont assuré la survivance et ensuite le triomphe de l’Islam.

Mahomet n’ayant pas désigné de successeur, une crise survint à sa mort.
Mahomet avait une prédilection pour Ali, le mari de sa fille Fatima. Mais celui-ci accepta, pour sauver l’unité, l’élection d’Abû Bakr, le père assez âgé de l’épouse favorite Aïsha.
Abû Bakr commença les conquêtes, et désigna, sa mort venant 2 ans après, son général Umar pour lui succéder. De 634 à 644, ce grand stratège entama les grandes conquêtes. Avant la fin du VII siècle, l’Islam dominait l’Afrique du Nord, la Syrie, la Palestine, l’Asie mineure, la Mésopotamie et l’Irak.
Umar désigna 6 compagnons du Prophète pour élire son successeur. Ceux-ci écartèrent Ali, lui préférant l’autre gendre du Prophète, appartenant à un clan anciennement ennemi de Mahomet.
S’en suivit une série d‘assassinats et de magouilles politiques entre les fidèles d’Ali (les shî’ites, qui ne reconnaissent aucun successeur en dehors de la famille du Prophète et ses descendants) et les chefs mecquois.

Ainsi, 30 ans après la mort du Prophète, l’Ummah se trouvait (et se trouve encore) divisée en trois partis :

  • Les Sunnites, c'est-à-dire les partisans de la Sunna (la « pratique », la « tradition »), qui comptent la majorité des croyants, sous la conduite du calife régnant.

  • Les Shî’ites, fidèles à la lignée du premier « vrai » calife, Ali.

  • Les Khârijites (« Sécessionnistes »), qui considéraient que seule la Communauté avait le droit d’élire son Chef, et aussi le devoir de le déposer s’il était coupable de péchés graves.

L’expansion militaire continua jusqu’à Byzance d’un côté, en 717, et la France avec Charles Martel en 733 près de Tours.

L’idéal de la conversion des infidèles laissa la place aux intérêts économiques : les polythéistes étaient soumis sans conversion, afin de leur imposer un tribut plus lourd. De plus, les convertis ne jouissaient pas des mêmes droits que les musulmans, ce qui entraîna des révoltes importantes au VIII siècle et le renversement de la dynastie des Umayyades pour celle des Abbassides.

Sous les Abbassides la capitale de l’Empire devint Damas. Dès lors les influences hellénistiques, persanes et chrétiennes augmentèrent. La civilisation devint urbaine et bureaucratique. Les califes renoncèrent à leur fonction religieuse, au profit des uléma (théologiens et spécialistes du droit canon).

La construction, en 762, d’une nouvelle capitale, Bagdad, marque la fin de l’Islam à prépondérance arabe. La ville fut construite pour être un imago mundi. Bien que convertis en masse à l’Islam, les iraniens restent aux modèles de la politique, de l’administration et de l’étiquette sassanide.

Théologies et mystiques musulmanes

Il existe un mythe eschatologique du Mahdî (« le Guide »). Il déclenche la rénovation universelle. L’occultation et la réapparition du Mahdî à la fin des temps ont joué un rôle considérable dans la piété populaire et dans les crises millénaristes. Les différentes sectes ont des opinions très différentes sur la personne du Mahdî.

Le sunnisme

Le sunnisme a représenté, et représente encor, l’Islam majoritaire.
Il se caractérise par l’importance accordée à l’interprétation littérale du Coran et de la tradition, et par le rôle capital de la Loi, la sharî’at. La Loi et la théologie sont solidaires, basées sur l’interprétation du Coran et la tradition.
Les plus anciens théologiens sont les Mo’tazilites. Leurs thèses s’imposèrent rapidement : Dieu est absolu, transcendant, au-delà du temps ; Il a créé le monde ; La justice divine implique le libre arbitre de l’homme qui le rend responsable de ses actes.
Plusieurs factions s’opposent entre l’interprétation littérale et l’importance de la raison. Ce face à face est dominé par l’école ash’arite, principale dans le mouvement sunnite pendant des siècles

Le shî’isme

La recherche du sens « vrai » du Coran a occupé une place importante. Le shî’isme différentie 4 niveaux de lecture, plus ou moins ésotériques. L’Idée, la haqîqat, est l’aspect ésotérique de la religion, elle requiert des Maîtres Initiateurs, en particulier les Imams, pour être rendue accessible aux fidèles.

Pour éviter les persécutions, les shî’ites ont le droit de cacher leurs opinions religieuses. En plus des persécutions des califes, le shî’isme a vécu beaucoup de dissensions intérieures, suscitant de nombreuses sectes et schismes. Des problèmes concernant le VII Imam entraînèrent un schisme entre Ismaéliens (ou shî’ites septamaniens) et les shî’ites duodécimains (ou Imâmîya).

A partir de 1094, la communauté ismaélienne se sépara en 2 branches : les « orientaux » ayant comme centre la commanderie d’Alamût, et les « occidentaux » (habitant l’Egypte et le Yémen).
Alamût fut capturé et détruit en 1251 par les Mongols. Là avait été élaborée la doctrine de l’Islam spirituel, libéré de tout esprit légalitaire, où la personne de l’Imam, Homme Parfait, a la préséance sur celle du Prophète. Cet ismaélisme réformé perdura, camouflé, dans la confrérie des soufis.

Les Imams du shî’isme voulaient conserver l’équilibre entre la religion positive (exotérique) et l’« Idée » (ésotérique). La gnose et l’ésotérisme avaient beaucoup d’importance, et on y retrouve des influences extérieures. L’Imam est inspiré par Dieu, voir est une manifestation de Dieu. Il est souvent placé à côté du Prophète, divinisé. Il est l’intermédiaire entre Dieu et les fidèles. L’Imam est caché, occulté. Cet Imam invisible a joué un rôle décisif dans l’expérience mystique des Ismaéliens et des autres branches shî’ites.

Le soufisme

Les principes

Le soufisme est la dimension mystique de l’Islam la plus notoire et l’une des plus importantes traditions de l’ésotérisme musulman. Le soufisme fut d’abord rapproché du shî’isme, avant de s’en éloigner et de l’occulter.
Selon la tradition, les ancêtres spirituels des soufis se trouvent parmi les premiers compagnons du Prophète.

Les soufis, fortement anti-rationalistes, s’opposaient par nature aux ulémas sunnites. De plus, les maîtres soufis étaient fortement vénérés par leurs disciples. Ils furent donc soupçonnés d’hérésie.
En réaction, les soufis se cachèrent de plus en plus. Cependant le mouvement continua à progresser, comblant les lacunes de l’enseignement abstrait et impersonnel des orthodoxes. Les maîtres soufis encouragèrent les concerts spirituels publics, la musique et la danse, ainsi que la répétition inlassable du nom de Dieu (dhikr).

Le martyre de Hallâj conduisit les soufis à démontrer, dans leurs manifestations publiques, qu’ils ne contredisaient pas l’enseignement orthodoxe. Leurs pratiques deviennent mieux connues. Par exemple, les étapes sur le voie vers Dieu (novice, progressant, parfait), et les exercices qui les accompagnent. Ascèse et instruction constituent un combat intérieur soigneusement surveillé par le maître.

Après al-Ghazzâlî et l’agrément des docteurs de la Loi, le soufisme connu une grande popularité dans tout l’Islam. Les petites communautés cachées devinrent de véritables Ordres.
Cela encouragea l’emprunt de conceptions étrangères, par exemple le dhikr subit l’influence yogique indienne. Ces emprunts contribuèrent à universaliser l’Islam, lui donnant une dimension œcuménique, phénomène que l’on retrouve avec le christianisme.
Mais les soufis contrôlaient mal leurs éléments les plus extrémistes : exaltation démesurée, anti-rationalisme agressif, fakir vivant au delà de la Loi et faisant des miracles, …
Pour contrôler tout ça, les ulémas multiplièrent les madrasas, des Collèges pour l’éducation théologique.

La mystique soufie fut complètement ignorée en Occident durant le Moyen-âge.

Les maîtres Soufis

Les premiers grands maîtres furent Hasan al-Basrî (728, célèbre pour sa piété, sa profonde tristesse car il pensait constamment au Jour du Jugement, et son ascétisme rigoureux) et Râbî’a (801, une esclave affranchie qui introduisit l’amour gratuit et absolu pour Dieu).

Parmi les grands maîtres, on compte aussi Dhû’l-Nûn l’Egyptien (859), extatique dont les hymnes ont inauguré la valorisation mystique de la poésie.
Le persan Abû Yasîd Bistâmî (874), ascète extrémiste et controversé, formula et atteint l’« annihilation » de lui-même (fanâ), une union avec Dieu.
Abû’l Qâsim al-Junayd (910) fut le véritable maître des soufis de Bagdad. Pour lui l’objectif final n’est pas l’annihilation, mais plutôt, après l’annihilation, la constitution d’une nouvelle vie en Dieu (baqâ).
Husayn Tirmidhî (898), surnommé ak-Hakîm (le philosophe), fut le premier à utiliser la philosophie hellénistique. Il ouvrit la voie aux spéculations théosophiques en insistant sur la gnose.

Al-Hallâj (857-922), ancien disciple du sheikh al-Junayd, rompit avec les soufis. On lui reprochait de révéler les secrets aux non-initiés et de faire des miracles en public. Il se mêla au peuple, puis fit un long voyage en Inde et en Chine avec ses disciples. De retour, il s’installa à Bagdad et se dévoua à la prédication publique.
Il proclama que le but ultime de tout être humain est l’union mystique avec Dieu, effectuée par l’amour. Dans cette union, les actes du fidèle sont sanctifiés et divinisés. En extase, il prononça les paroles « Je suis la Vérité (= Dieu) », qui le firent condamner.
La « voie » de Hallâj n’envisageait pas la destruction de la personne humaine, mais cherchait la souffrance afin de comprendre « l’amour passionné », et donc l’essence de Dieu et le mystère de la Création.
Après son martyre, la sainteté de Hallâj n’a cessé d’augmenter partout dans le monde musulman.

Le théologien al-Ghazzâlî (1059-1111), grâce à son prestige, réussit à rendre le soufisme acceptable par l’orthodoxie.

Professeur à Bagdad, il étudia les philosophes pour pouvoir les critiquer. A la suite d’une crise religieuse, il voyagea, étudia le judaïsme et le christianisme, puis rejoignit des soufis. De retour à Bagdad, il se retira et fonda un couvent de soufis. Il attaqua sans répit l’ismaélisme et les tendances gnostiques.
Il voulait rendre l’enseignement des soufis accessible à tous les fidèles. Dans ses livres, il compléta l’étude de la Loi et de la tradition par l’enseignement du soufisme, mais sans accorder la primauté à l’expérience mystique. Grâce à cette juste mesure, les théologiens orthodoxes adoptèrent ses idées. Ses nombreux ouvrages l’ont rendu célèbre et il fut unanimement vénéré.

Les métaphysiciens

Ce sont les traductions des ouvrages de philosophie et de science grecs qui ont suscité et soutenu, à partir du IX siècle, la réflexion philosophique en Islam.

Yûsof al-Kindî (796-873) est le premier dont on conserve des écrits. Il étudia les sciences naturelles et les mathématiques. Sa réflexion autour des deux types de connaissance (rationnelle ou révélée) s’articule autour d’une série de problèmes qui deviendront essentiels : la possibilité d’une exégèse rationnelle du Coran ; l’identification de Dieu avec l’Etre en soi et la Cause première ; la Création comprise comme une espèce de Cause différente des causes naturelles ; l’immortalité de l’âme individuelle.

Al-Fârâbî (872-950) fut le premier à essayer de rapprocher la méditation philosophique et l’Islam. Il était également proche de la mystique soufi.
Il fonde sa métaphysique sur la différence entre l’essence et l’existence des êtres créés ; l’existence est un prédicat, un accident de l’essence.

Ibn Sînâ (980-1037) devint célèbre en occident sous le nom d’Avicenne à partir du XII siècle. Sa précocité et sa culture universelle n’ont plus été égalées. Son grand Canon a dominé pendant des siècles la médecine européenne. Sa bibliographie compte 292 titres et abordent tous les sujets. Avicenne fut également un mystique, et connut des expériences extatiques et visionnaires.
Il prolonge la métaphysique de l’essence élaborée par al-Fârâbî. La Création est le résultat de « la pensée divine se pensant soi-même ». C’est la Première Emanation. La pluralité de l’existence procède, par une série d’émanations successives, de cette Première Intelligence (formant les Dix Intelligences « chérubiniques » et les Âmes célestes). De la Dixième Intelligence dérivent le monde terrestre et la multitude des âmes humaines. Puisqu’elle est une substance indivisible, immatérielle et incorruptible, l’âme survit à la mort du corps.

Espagne

Ibn Roshd (Averroës pour les latins) soutenait que tout fidèle est tenu de pratiquer les principes fondamentaux de la religion, tels que le Coran et la Loi. Mais ceux doués de plus grandes capacités intellectuelles avaient l’obligation de poursuivre une science supérieure, c'est-à-dire d’étudier la philosophie. La théologie était une discipline intermédiaire.
Il critiqua al-Fârâbî et Avicenne pour leurs « concessions » aux théologiens. Averroës commenta la majorité des traités d’Aristote, car il voulait restaurer la pensée authentique du maître.
La matière en elle-même possède en puissance la totalité des formes. Mais puisque la matière est le principe d’individuation, l’individuel s’identifie au corruptible et, par conséquent, l’immortalité ne peut être qu’impersonnelle.

Ibn Arabî (1165-1240) fut un soufi qui voyagea continuellement et étudia toutes les sciences. Il eut de nombreuses révélations et expériences surnaturelles. Il rédigea de nombreux traités, très mystiques. Il écrivait très vite, comme possédé par une inspiration surnaturelle.
Il dit que la connaissance des états mystiques ne peut être obtenue que par l’expérience, la raison humaine ne pouvant la définir. L’ésotérisme est nécessaire, à cause des difficultés et dangers de la révélation de la connaissance.
La Réalité totale, non différenciée, constitue le mode d’être primordial de la Divinité. Animée par Amour et désirant se connaître, cette Réalité divine se scinde en sujet (celui qui connaît) et objet (le connu). La scission du Réel en un sujet divin et un objet créé conduit à la réintégration dans l’Unité primordiale, cette fois-ci enrichie par l’expérience de la connaissance de Soi.

Les autres Maîtres

L’iranien Sohrawardî (1155-1191) mourut condamné par les docteurs de la Loi. Il tenta de réactualiser l’ancienne sagesse iranienne et la gnose hermétique. Son œuvre (49 titres) vient d’un mélange de ces deux spiritualités dans un monde de lumière.
On retrouve le principe de la Lumière des Lumières, des émanations graduelles sous forme d’Archanges, de deux catégories de réalités (céleste et subtil, terrestre et dense), du dualisme manichéen. Sa cosmologie est solidaire d’une angélologie. Il développa l’idée d’un monde intermédiaire entre le monde intelligible des êtres de pure Lumière et le monde sensible.
Il rédigea des récits initiatiques, qui sont également des « histoires exemplaires » à narrer.
Le vrai sage doit exceller aussi bien en philosophie qu’en contemplation mystique.

Rûmî (1207-1273), juriste et théologien, se convertit après la rencontre avec un derviche errant. Il devint l’un des plus grands mystiques et poètes religieux de l’Islam.
Son maître fut assassiné et Rûmî resta inconsolable. Il composa des chants en son honneur. Il se consacra à la poésie, la musique, la danse et l’amour divin. A la fin de sa vie, et jusqu’à sa mort, il dicta une épopée de 45000 vers, mettant en œuvre textes du Coran, traditions prophétiques, anecdotes, légendes, …
Il fonda une confrérie, ses membres étant connus comme les « derviches tourneurs ». La danse, târiqa, a un caractère à la fois cosmique et théologal.
Sa théologie, complexe, place comme but le retour à Dieu. « Une échelle est placée devant toi pour te permettre de t’enfuir ». L’homme fut d’abord minéral, puis plante, puis homme. Il deviendra ange, puis réintègrera l’Unité Divine, goutte parmi l’Océan.
Le rôle de Rûmî dans le renouvellement de l’Islam est immense, ce qui prouve l’importance de la création artistique et surtout de la poésie dans la religion.