Et l'homme créa les dieux

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Et l'homme créa les dieux
Fonctionnement Mental
A quoi ressemble le surnaturel
La religion, la morale et le malheur
La religion, les morts, la mort
Pourquoi les rituels ?
Les corporations religieuses
Pourquoi croit-on ?

Fonctionnement mental

La théorie des mèmes

La culture peut être vue comme une population de mèmes. Ceux-ci, comme les gènes, sont des programmes auto-répliquants. Les mèmes sont des unités culturelles qui incitent les individus à parler ou agir de façon à ce que d’autres individus enregistrent une version dupliquée de ces unités.
Une « culture » est alors un ensemble de ces éléments chez un individu.
Cependant, contrairement aux gènes, les mèmes subissent des modifications et altérations lors de leur transmission.
Certains mèmes sont plus performants que d’autres, ils se répandront mieux et sans subir de modifications, et peuvent rester stable au sein d’une population donnée. Les concepts religieux et tout ce qui leur est associé font partie de ces mèmes très efficaces.

En fait les mèmes, au lieu de se transmettre et d’être modifié, sont plutôt reconstruit dans un esprit cible d’une façon plus ou moins similaire à la version originale.

Systèmes d’inférence

Définitions

L’esprit se compose d’un grand nombre de dispositifs d’explication spécialisés, nommés systèmes d’inférence. Chacun de ces systèmes est adapté à certains types d’évènements précis, certains champs d’actions et de réflexions. Ils suggèrent automatiquement des explications à leur propos, des suites de déductions rapides et inconscientes.

Un concept est une instanciation d’un schéma conceptuel, ou concept ontologique, avec possibilité de modifications, ajouts ou suppressions plus ou moins importantes. Exemple : un lion est un animal, avec telles et telles caractéristiques spécifiques.
Ces schémas conceptuels permettent de construire des inférences à propos d’une instance dont pourtant on ne connaît pas tout. Exemple : On se doute qu’un lion doit manger pour subsister, même si on n’a jamais vu un lion manger.

Les concepts ontologiques contiennent des listes de propriétés applicables par défaut à leurs instances. Ils forment un dispositif qui permet au cerveau de reconstruire des représentations similaires à partir d’informations incomplètes.
Une inférence par défaut est une déduction de ce type, formée à partir d’une information contenue dans le concept mais dont on ne sait rien a priori au sujet de l’instance.

Les divers systèmes d’inférence

On compte

  • Un système de physique intuitive : trajectoire des objets, etc.

  • Un système de détection des buts : déterminer les motivations des gens.

  • Un système de psychologie intuitive : savoir ce que les gens pensent. Il est composé de plusieurs sous-systèmes, dont la représentation de la représentation mentale des autres, les systèmes de simulation des sensations, …

  • Un système de structure-fonction : savoir à quoi et comment sert un objet.

Ces systèmes s’activent ou non en fonction des circonstances.

Quand nous voyons quelqu’un faire des gestes, les parties du cerveau servant à faire ces gestes sont stimulées comme si nous étions en train de les accomplir, mais l’action finale est inhibée.
Il en est de même pour l’expérience de la douleur à laquelle on peut être spectateur.

Le cerveau déduit les concepts ontologiques en élevant au niveau « méta » les informations et les données qu’il traite. Ces concepts sont acquis petit à petit, les éléments précurseurs ressemblent souvent peu au produit final.

Le découplage des pensées

Evidemment l’esprit humain peut se projeter dans le passé ou le présent, dans l’hypothétique, pour évaluer des situations. Il n’est pas condamné au présent. Les psychologues disent que les pensées sont découplées de leurs inputs et outputs pertinents.
Les idées découplées activent les systèmes d’inférence de la même façon que les situations réelles.
La cognition découplé de manifeste chez les enfants dès qu’ils jouent à « faire semblant ».

Le poids de l’époque des chasseurs-cueilleurs, la psychologie évolutionniste

Le cerveau a été désigné par la sélection naturelle à l’époque des chasseurs-cueilleurs, époque qui a duré infiniment plus longtemps que celle depuis la découverte de l’agriculture. Vu notre faiblesse physique, les informations à l’époque étaient vitales.
Ce dont nous avons le plus besoin, c’est premièrement de l’information concernant le monde extérieur (trouver des ressources, savoir y retourner, détecter les prédateurs, savoir si tel aliments est comestible ou non…).
Deuxièmement, la survie dépendait très fortement de l’évaluation des autres membres de la communauté humaine avec qui on devait coopérer. Un humain seul, dans le milieu dans lequel l’homme a évolué, était quasiment condamné. La coopération et le regroupement étaient donc vitaux. D’où l’importance de savoir choisir ses compagnons, de savoir les estimer en situation de stress ou non, de connaître l’état mental des autres en somme.
Les hommes possèdent un système d’inférence spécialisé dans ce type d’évaluation, ce qui explique qu’elles se fassent automatiquement et très rapidement.

Information stratégique

L’information stratégique est le sous-ensemble de toute l’information disponible à un moment donné (pour un agent particulier, dans une situation particulière) qui active les systèmes mentaux chargés de réguler les interactions sociales.
Dans les interactions sociales, nous supposons que l’accès des autres à l’information stratégique n’est ni parfait ni automatique. Le problème est donc d’estimer ce que les autres savent de l’information que nous jugeons stratégique, et d’en acquérir d’autres.
Chez les êtres humains il est difficile de savoir précisément quelle information sera stratégique ou non.

Quelques aspects sociaux

Notre espèce possède des capacités d’interaction sociale inégalées par les autres espèces.

Le colportage des cancans compte parmi les activités humaines les plus fondamentales. Universellement pratiqué, apprécié et méprisé, les cancans concernent surtout les sujets tels que le statut social, les ressources et la sexualité. Ce sont des informations vitales en terme de survie et reproduction. Le commérage perd de son attrait quand il s’écarte de ces sujets.
Le mépris au sujet de ces commérages vient de la peur d’en être victime. De plus même si nous aimons les commérages, nous voulons être digne de confiance pour maintenir de bonnes relations sociales. Il est donc important de donner l’image de quelqu’un qui ne trahi pas les secrets.

L’échange social (échange de cadeaux, de faveurs, de services) compte parmi les plus anciennes pratiques humaines, puisque le partage et l’échange des ressources ont longtemps été une nécessité.
Pour un problème logique ou mathématique donné, les gens ont plus de facilité à le résoudre s’il est présenté sous forme d’un problème « social ».
Le fait que l’échange social ait un système d’inférence particulier est confirmé par l’existence de pathologies cérébrales où se trouve endommagé sans que d’autres fonctions mentales soient affectées.

Coalitions

Bien que nous ayons une expérience constante de la vie en société, nous ne la comprenons pas très bien, voire pas du tout. Nous ne calculons pas nos relations en terme de stratégie, utilité, fiabilité, mais nous ressentons des choses en terme de colère, sympathie, etc., sur le groupe (à relativement petite échelle) de nos relations sociale. Les émotions nous poussent dans la bonne direction, plus efficacement que si notre lente pensée consciente devait calculer des évaluations des situations sociales très compliquées de la vie de tous les jours. Enfin, nos systèmes d’interaction sociale n’ont pas évolué dans le contexte de groupes pléthoriques et d’institutions abstraites comme l’Etat, les grandes entreprises, les syndicats et les classes sociales. Nous sommes les descendants de petites bandes nomades.

Les humains gèrent les relations sociales entres les groupes en recourant à des concepts anthropomorphiques : tel groupe veut ceci, se révolte contre cela, etc. C’est une grande simplification de la complexité des relations entre groupes humains.

Il y a en l’homme un besoin désespéré de faire partie d’un groupe et de faire la preuve de sa loyauté. L’effet de sentir qu’on appartient au même groupe que quelqu’un d’autre est très important dans notre relation avec lui.

Des expériences ont montré que très rapidement, au sein d’un groupe nouvellement formé, les sujets se montrent mieux disposés envers les autres membres du groupe qu’envers les autres. Ils perçoivent des différences en termes de beauté, d’honnêteté et d’intelligence. Ils se montrent plus enclins à tromper ou à maltraiter les membres de l’autre groupe. On est prédisposé dès l’enfance à considérer que les groupes sociaux sont fondés sur des propriétés communes indétectables, une notion d’essence commune entre les membres.

Les coalitions sont un exemple de coopérations très complexe. Elles se font très naturellement entre les hommes. Aucun être humain n’a besoin d’être formé dans l’art et la manière d’établir la coopération entre partenaires ou de détecter des menaces potentielles visant cette coopération. Les enfants forment des coalitions très tôt.

<<Caractéristiques des coalitions>>

Le comportement d’un groupe dominant par rapport à un autre provient du désir des dominants de maintenir son groupe dans cette position, par rapport aux groupes minoritaires dominés.

Le malaise face à la mort

Les psychologues sociaux observent que la simple pensée du caractère général et inévitable de la mort induit des effets cognitifs spectaculaires. La conscience d’être mortel déclenche une attitude socialement protectrice où toute personne différente et toute conduite non conforme à nos normes culturelles induisent de fortes émotions.

En réalité, le vrai impératif n’est pas la survie mais la transmission des gènes. La survie n’est qu’une seconde priorité.

Il n’y a pas d’explication claire du chagrin qu’on éprouve face à la mort. Des études statistiques ont pu montrer que l’intensité relative du chagrin correspond à la « valeur » de l’investissement génétique et financier perdu. De même on pleure plus une personne qui pourrait nous apporter plus en terme de coopération sociale.

Défaut de raisonnement

L’esprit humain n’est pas fait pour les croyances claires et fondées :

  • L’effet de consensus : Les gens tendent à aligner leur perception d’une scène sur ce qu’en disent les autres.

  • L’effet de faux consensus : Tendance à penser que nos impressions sont partagées par les autres.

  • L’effet de génération : L’information que l’on crée soi-même est souvent mieux mémorisée que celle qui est perçue.

  • Les illusions mnésiques : On peut créer très facilement de faux souvenirs, et en être convaincu.

  • La confusion des sources : Dans certaines circonstances, les gens ne savent plus très bien d’où provient une information.

  • La biais de confirmation : Dès lors qu’on envisage une hypothèse, on a tendance à remarquer et à mémoriser tout ce qui semble la confirmer, mais on remarque beaucoup moins ce qui pourrait la réfuter.

  • La réduction de la dissonance cognitive : Nous avons tendance à réajuster le souvenir de nos croyances et impressions à la lumière de notre expérience.

Etc.



Mise à jour le Dimanche, 30 Mai 2010 17:27