Et l'homme créa les dieux

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Et l'homme créa les dieux
Fonctionnement Mental
A quoi ressemble le surnaturel
La religion, la morale et le malheur
La religion, les morts, la mort
Pourquoi les rituels ?
Les corporations religieuses
Pourquoi croit-on ?

A quoi ressemble le surnaturel

Les idées religieuses sont élaborées à partir de schémas conceptuels communs à l’ensemble de l’humanité.

Introduire une violation dans nos attentes intuitives

Les schémas « normaux » n’intéressent pas. Exemple : Si on lâche cet objet, il tombe vers le sol et finit par y rester.
Les concepts religieux ont leurs propres schémas conceptuels. Ils doivent respecter deux conditions. La première est qu’ils violent certaines prédictions des catégories ontologiques. La seconde est qu’ils en préservent d’autres. L’information qu’elles contiennent contredit une partie de celle fournie par la catégorie ontologique. Exemple : Statue qui écoute = [ARTEFACT] + fonctions cognitives.
Un concept religieux préserve toutes les inférences par défaut, sauf celles qui sont explicitement exclues. C’est ça qui lui donne un « air de famille ».

Limitations des violations

L’étrangeté, en plus d’être très relative, n’est pas tout. Exemple : Il n’existe qu’un dieu ! Il est tout puissant mais n’existe que le mercredi.
Les concepts très répandus sont assez sobres et centrés sur une seule violation à la fois dans une seule catégorie. Les bons concepts doivent permettre toutes les inférences que la violation n’interdit pas expressément.

Les violations ontologiques (comme par exemple la sainte vierge qui donne naissance à un enfant sans relation sexuelle) sont bien mieux retenues que les violations simplement « étranges » (comme par exemple une femme qui aurait 37 enfants).
Les idées religieuses ont souvent, en plus d’une violation ontologique, des violations étranges qui s’ajoutent à celle-ci en la préservant. Ces dernières sont instables, variant beaucoup au court du temps et de la propagation géographique.

Le catalogue des schémas conceptuels surnaturels, qui épuise l’éventail des concepts culturellement établis, est assez mince. Les personnes peuvent être présentées comme ayant des propriétés physiques spéciales (comme les fantômes ou les esprits), des propriétés biologiques spéciales (comme ces dieux qui ne vieillissent pas ni ne meurent jamais) ou des propriétés psychologiques spéciales (des facultés perceptives illimitées ou le don de prescience). Les animaux, les plantes et les objets naturels aussi peuvent avoir ces caractéristiques. Les artefacts peuvent être dotés de propriétés biologiques (les statuent qui saignent) ou psychologiques (elles entendent les prières).

Pourquoi des dieux et des esprits

Des dieux proches du peuple

La doctrine n’est pas nécessairement l’aspect principal ou le plus important des concepts religieux. Ce qui compte c’est la façon dont les agents peuvent influencer la vie, et ce qu’il convient de faire à leur sujet. Les concepts religieux sont presque toujours invoqués lorsque les gens en ont besoin, au sujet d’un évènement particulier. Bien souvent les agents surnaturels qui comptent le plus ne sont pas ceux avec le plus de pouvoirs (théoriques), mais ceux qui sont les plus proches, qui ont un impact direct, avec qui l’interaction est possible.

Les humains se représentent plutôt des agents (dieux ou esprits) « à leur image ». Plus précisément, ils sont toujours dotés d’un intellect humain.

Hyper détection des prédateurs

Les humains, par leur passé de proie et de chasseur, ont l’habitude d’hyper détecter des agents dans la nature, de par le mouvement des feuilles, les bruits, etc. Les références à la chasse étaient très fréquentes dans les religions. Ce n’est pas vraiment l’hyper détection qui inspire des concepts religieux, mais plutôt le concept qui donne tout son sens à l’expérience, quand elle se produit.

Compagnons imaginaires

Les compagnons imaginaires jouent un rôle important. Dès l’age de trois ans et jusqu’à 10 ans environs, beaucoup d’enfants entretiennent des relations avec un ou des compagnons imaginaires. Ils ne sont pas le signe d’une confusion entre réalité et imaginaire. Ces compagnons sont un terrain d’entraînement pour nos capacités sociales. Les agents surnaturels ne sont pas tout à fait des compagnons imaginaires, puisque contrairement à eux les gens croient qu’ils existent vraiment.

Les dieux et l’information stratégique

Dans les interactions avec les agents surnaturels, nous supposons qu’ils ont un accès illimité à l’information stratégique. Dans toute situation, étant donné une information pertinente du point de vue de l’interaction sociale, les hommes supposent que ces agents « à accès stratégique total » connaissent cette information. Cette notion d’accès à toute l’information, notamment celle qui est stratégique, n’est jamais explicite et n’as pas besoin d’être transmise de façon explicite.

Les brutes divines : ces dieux ne savent rien de ce qui se passe mais ils peuvent, par pure inadvertance, rendre malade, faire s’écrouler les toits, apporter la richesses, etc.

Les agents théologiques : ils se représentent absolument tout ce qui se passe dans le monde.

Les agents stratégiques : si une information a une valeur stratégique pour les systèmes d’inférences, ils y ont accès.

Les agents théologiques existent en théorie, mais en pratique ça n’intéresse personne de savoir que dieu sait tout ce que contient notre dentifrice. Une sélection naturelle se fait, étant donné la manière dont fonctionne notre esprit, sur les agents stratégique. Ce modèle génère également des inférences plus riches.



Mise à jour le Dimanche, 30 Mai 2010 17:27