Et l'homme créa les dieux

Index de l'article
Et l'homme créa les dieux
Fonctionnement Mental
A quoi ressemble le surnaturel
La religion, la morale et le malheur
La religion, les morts, la mort
Pourquoi les rituels ?
Les corporations religieuses
Pourquoi croit-on ?

La religion, la morale et le malheur

Moralité

Le raisonnement moral est basé sur un système de lois et d’inférences décrivant des principes très généraux. Mais des sentiments moraux apparaissent aussi quand on fait telle ou telle action. Les deux processus se mélangent.

La recherche expérimentale montre qu’il existe un système d’inférence spécifique précoce, un sens moral qui sous-tend les intuitions éthiques. Les notions morales ne sont pas confondues avec celles qui permettent de gérer d’autres aspects des interactions sociales (différence entre taper quelqu’un d’autre, et crier en classe par exemple).
Le « réalisme moral » est l’hypothèse qu’une conduite est soit bonne, soit mauvaise, soit dénué de pertinence morale. Par exemple, un vol reste intrinsèquement une action mauvaise. Cette valeur intrinsèque change peu durant le développement.

L’établissement d’un code moral abstrait, avec principes et déductions, est un artefact culturel pas obligatoire.

Un problème de coopération

Le problème général consiste à expliquer comment l’évolution peut engendrer l’altruisme chez les animaux, humains y compris.

L’entraide, avec des partenaires fiables et loyaux, permet d’assurer une meilleure survie. Les gènes responsables des stratégies d’entraide loyale ont ainsi plus de chance de se répandre. Les bonnes dispositions gratuites (laisser un pourboire, etc.) sont donc un moyen d’exhiber sa fiabilité en terme de coopération.
Montrer qu’on est prêt à châtier (de façon passionnée, et irrationnelle pour son propre intérêt) les tricheurs incite les autres à l’honnêteté. Ce coût d’une disposition irrationnelle à l’honnêteté est amplement compensé par les avantages de la coopération.

La coopération se fait mieux avec des individus qu’on peut comprendre et dont on peut décoder les signaux. La coopération avec les « étrangers » est donc difficile.

Aspects religieux

Toutes les sociétés ont des principes moraux, et toutes ont des notions d’agents surnaturels. Comment relier ces deux notions ?
Les deux scénarios suivants sont répandus pour expliquer ce lien, même s’ils sont erronés.

  • Malgré leurs mauvais penchants, les hommes croient en l’existence de dieux, et comme ceux-ci exigent un certain type de comportement, les hommes respectent leurs lois.

  • Des accidents se produisent, les gens veulent comprendre pourquoi ; le fait d’avoir une religion le leur permet.

Mais en réalité, la religion n’est pas le fondement de la moralité, ce sont les intuitions morales qui rendent la religion pertinente ; la religion n’explique pas le malheur, c’est la façon dont les gens considèrent les malheurs qui rend la religion facile à adopter.

Trois types de divinités

  1. Les dieux législateurs : Les principes moraux existent parce que les dieux en ont décidé ainsi. Il existe des listes d’interdits et de normes.

  2. Parangon : Les sages et les saints sont à la fois assez différents des hommes normaux pour représenter un idéal et assez proches d’eux pour servir de modèles. Exemples : Bouddha, Jésus, Mahomet.

  3. Les dieux sont concernés par nos choix : Cette idée est très répandue.

Ces trois théories ne s’excluent pas mutuellement. Elle sont très souvent mélangées, mais même dans ce cas là, en pratique, le modèle de l’observateur concerné est largement dominant.
En effet, les théories du législateur et du parangon sont insuffisantes (pour le premier, les règles sont toujours trop générales, dans le second trop particulières à des situations données de l’existence du parangon).
De plus, en pratique les fidèles ont une connaissance très vague des lois originelles. Ce qui leur importe c’est les aspects pratiques.

Les agents surnaturels, avec leur accès illimité à l’information stratégique, sont au courant du contexte de toute action. Il est alors parfaitement logique de penser que votre intuition morale personnelle est identique à la façon de voir de cet agent, contrairement aux autres humains qui n’ont pas accès à toutes les informations pour pouvoir convenablement juger.

Notre évolution en tant qu’espèce de coopérateurs suffit à expliquer la psychologie du raisonnement moral, la façon dont les enfants et les adultes se représentent les dimensions morales de l’action. Cela ne nécessite aucun concept particulier d’agent religieux, aucun code spécial, aucun modèle à suivre. Toutefois, lorsqu’on dispose de concepts d’agents surnaturels ayant un accès total à l’information stratégique, ces concepts deviennent d’autant plus saillants et pertinents qu’on peut facilement les insérer dans un raisonnement moral qui existerait de toute façon. Ainsi, dans une certaine mesure, les concepts religieux parasitent les intuitions morales.

La jalousie sociale

Le malheur, ou une succession de malheur, est souvent considéré de source surnaturelle. Les causes matérielles ou physiques des malheurs sont en général bien comprises, mais restent les questions du « pourquoi moi » et « pourquoi maintenant ».
Cela peut être une conséquence directe ou non de l’envie des autres (avec la sorcellerie par exemple). Plus que la jalousie, c’est d’être suspecté de « tricher » qui entraîne les représailles de ses voisins ou parents, collaborateurs, etc.
Dans cette vision sociale du malheur, les agents surnaturels disposants de toute l’information stratégique sont très bien placé pour déclencher des représailles contre les tricheurs. Les dieux et les esprits, une fois de plus, ne sont pas indispensables, mais particulièrement pertinents.



Mise à jour le Dimanche, 30 Mai 2010 17:27