Et l'homme créa les dieux

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Et l'homme créa les dieux
Fonctionnement Mental
A quoi ressemble le surnaturel
La religion, la morale et le malheur
La religion, les morts, la mort
Pourquoi les rituels ?
Les corporations religieuses
Pourquoi croit-on ?

Pourquoi les rituels ?

Dans presque tous les groupes humains on trouve différentes sortes de rituels, auxquels sont souvent associés des agents surnaturels.
Les gens accomplissent les rituels en vue d’obtenir certains effets, mais le rapport entre les actes prescrits et le résultat escompté est souvent assez opaque. Même s’il existe quelques explications, bien souvent les gens ne s’y intéressent pas. Au final, les rituels sont bien moins chargés de sens que d’autres interactions sociales.
Enfin, une fois le rituel installé, le refuser revient à refuser de coopérer avec les autres membres du groupe, ce qui n’est pas envisageable de façon très générale.

Une activité codifiée

Des lois spécifiques organisent le déroulement du rituel. Premièrement, chaque participant y a un rôle particulier. Deuxièmement, le lieu est particulier. Troisièmement, chaque acte doit être accompli d’une certaine manière. Quatrièmement, les instruments d’un rituel sont des objets spéciaux qui ne peuvent pas, en principe, être remplacés par d’autres. Enfin, le scénario, l’ordre dans lequel s’accomplissent les actions, est crucial.

Les rituels peuvent présenter trois caractéristiques. Ceux qui combinent les trois sont d’autant plus pertinents et transmis avec succès.

  1. Certains éléments s’accomplissent dans un sentiment d’urgence. Les participants ont l’intuition qu’il faut les accomplir de la manière prescrite, faute de quoi quelque chose de terrible peut arriver.

  2. Beaucoup de rituels ont des conséquences sociales. Il ne sont pas nécessaires pour expliquer la transformation, qu’on sent intuitivement, des rapports sociaux, mais sont pertinents dans ce contexte de « sociologie naïve ». Les rituels ne créent pas d’effets sociaux : ils créent l’illusion qu’ils en créent. Les naissances ou les mariages sont des évènements qui changent la donne sociale d’un groupe, il est donc important qu’ils soient connus. Les cérémonies sont un excellent moyen d’arriver à ce résultat.

  3. Il y a une notion d’agents surnaturels. Cette participation est en réalité facultative, comme en témoignent les rituels sans dieux ni esprits, mais est pertinente pour expliquer le changement (social ou autre) qu’entraîne le rituel et que nous ressentons intuitivement. Chez les non croyants ce rôle peut être remplacé par la société, le lignage ou la communauté.

Les rituels ont un agent spécial (les dieux, leurs représentant ou un individu spécialement chargé par eux d’effectuer le rituel) ; d’autres ont un patient spécial (les dieux ou leurs représentant sont ceux sur lesquels le rituel doit avoir un effet).
Les premiers sont accomplis assez rarement et en général une seule fois par personne : mariage, initiation, rituel de naissance, etc. Ils sont structurés pour produire des émotions violentes.
Les seconds sont au contraire sobres et fréquemment répétés (on offre un sacrifice aux ancêtres).

Une similarité avec les TOC

Ce qui confère aux rituels cette ambiance particulière, c’est non seulement leur rigidité mais aussi un ensemble d’éléments : l’insistance sur un certain nombre de couleurs ; le soucis de la souillure, de la pureté et donc de la purification ; l’évitement du contact ; des façons particulières de toucher ; la peur de sanctions graves, immanentes, provoquées par la transgression des règles ; l’accent mus sur les frontières et les seuils ; les dispositions symétriques et d’autres configurations spatiales particulières.

Les rituels, par leurs règles obsessionnelles, sont très proches des TOC. On y retrouve les mêmes caractéristiques. Dans les deux cas, l’accent est mis sur la pureté et la souillure ; la souillure peut être évitée par certaines actions (qui n’ont pas un rapport évident avec le résultat recherché).
Les TOC semblent venir d’un sur fonctionnement d’aires cérébrales qui assurent la combinaison entre projets et émotions. Les rituels doivent donc également activer ces aires, et en particulier le « système contagion ». Le danger potentiel est perçu intuitivement sans qu’aucun danger n’ait besoin d’être décrit explicitement. Des règles strictes et précises doivent être impérativement suivies même si aucune relation claire n’est formulée entre ces règles et le danger à éviter.

L’échange social

La théorie commune du sacrifice, sa justification, c’est que le malheur peut être tenu à distance et la prospérité, la santé ou l’ordre social préservés si les personnes concernées entrent avec les dieux dans une relation d’échange mutuel bénéfique.
Cependant, en tant qu’échange, les sacrifices sont pour le moins paradoxaux. Les animaux sacrifiés sont généralement consommés par les participants, mais finalement ce qu’offrent les dieux en retour n’est pas plus palpable. Il y a une correspondance intuitive entre ce que les gens pensent donner, et ce qu’ils pensent recevoir.
De plus, dans leur organisation matérielle, les sacrifices sont souvent des occasions de partage communautaire.

Des évènements paradoxaux, qui créent un flou cognitif, sont au centre des initiations masculines. Les hommes adultes sont à la fois leurs tortionnaires et leurs alliés dans une supercherie destinée aux femmes. Les participants ne comprennent pas ce qui s’est passé, mais ressentent que quelque chose les a transformés. En fait l’initiation permet surtout aux jeunes gens de s’assurer mutuellement de leur loyauté envers la coalition du groupe.



Mise à jour le Dimanche, 30 Mai 2010 17:27