Et l'homme créa les dieux

Index de l'article
Et l'homme créa les dieux
Fonctionnement Mental
A quoi ressemble le surnaturel
La religion, la morale et le malheur
La religion, les morts, la mort
Pourquoi les rituels ?
Les corporations religieuses
Pourquoi croit-on ?

Les corporations religieuses

L’existence de doctrines religieuses, qui nous paraît évidente et naturelle, n’est en fait que le résultat d’une histoire très spécifique. Avoir des idées religieuses n’implique pas nécessairement d’avoir « une » religion avec une doctrine particulière. Certaines société n’ont même pas la notion de « religion », tellement les pensées surnaturelles sont incluses dans les bases de leur culture.
On peut aussi suivre « officiellement » une tradition sans s’intéresser aux concepts théologiques abstraits mais plutôt aux aspects pratiques, et se laisser influencer par des coutumes « locales ».

Toutes les religions ne pratiquent pas le recrutement et la formation de prêtres ou d’érudits sanctionnés par une institution spécialisée.
En ce qui concerne les religions sans doctrines, certaines personnes, étant perçues plus « douées » que la moyenne, peuvent devenir des spécialistes religieux. Leur autorité est surtout locale, et chacun possède une spécificité propre.
Pour les religions « établies » (christianisme, islam), les prêtres ou érudits sont simplement des gens qui ont suivi un enseignement particulier. Ils offrent tous les mêmes services, et leur compétence est garantie par une vaste organisation.

Il existe un mode de transmission imagiste, où les gens accomplissent des rituels « bruyants » avec une forte stimulation sensorielle et une imagerie très présente.
L’autre mode de transmission est doctrinal : ensemble cohérent, systématique et fréquemment répété de messages verbaux. Ce mode compte parmi les activités de la plupart des corporations religieuses, de par leur nature même.
Chez toute personne, il existe un concept religieux « officiel » - ce qu’elle dira en réponse à une question – et un concept « implicite » qu’elle utilise sans en avoir vraiment conscience.

L’apparition des corporations religieuses, caractéristiques

L’invention de l’écriture, dans des civilisations complexes, a permit la formation d’une caste limitée de lettrés, regroupés en organisation, qui se sont rapidement occupés de textes religieux.
Cette corporation tire sa subsistance des services religieux qu’elle rend. Ces services, peu palpable et très subjectifs, sont très vulnérables à la concurrence de concurrents ne faisant pas parti de la corporation. Cela explique pourquoi les castes ou corporations religieuses cherchent à gagner le maximum d’influence politique, qui leur assure une certaine pérennité dans la mesure où leurs services ne sont pas indispensables.
Les corporations religieuses favorisent l’esprit de coalition.

Pour parer la menace de la concurrence, l’une des solution consiste à créer une marque, c'est-à-dire un service (1) différent des autres, (2) identique, quel que soit le membre de la corporation qui le fournit, (3) facilement reconnaissable à quelque trait distinctif, (4) exclusivement fourni par l’organisation.
Pour parvenir à cette uniformité, la mise par écrit du credo est obligatoire. L’écriture permet aussi d’entretenir des idées complexes, qui sans ça seraient très vite oubliées (par exemple, les 613 mitzvot de la loi juive).
Elles fournissent une explication des dieux et des esprits qui est généralement cohérente (même si apparaissent souvent une théologie absconse et paradoxale, superbement ignorée par la plupart des fidèles), apparemment déductive, et stable. Les concepts sont toujours très généraux. Mais l’aspect doctrinal émousse la motivation des gens, les corporations perdent donc continuellement de l’influence. Les pratiques imagistes dissidentes la mettent en péril.

Les organisations tendent à minimiser l’importance de l’intuition, de la divination, de l’inspiration personnelle, de la tradition orale et des êtres possédant des qualités exceptionnelles, parce que tout cela échappe à leur contrôle.

Comme ces organisations se situent au niveau de l’état, elles rentrent forcément en conflit avec les agents locaux qui perdurent toujours. De plus, les gens modifient toujours la doctrine, quand ils n’y font pas des ajouts. Cette déformation est inévitable de par la nature fragmentaire de la transmission de l’information. Et quand la théologie est trop abstraite, les gens la particularisent en fonction de leurs expériences personnelles et de leurs besoins. Les gens, dotés d’un esprit et non d’une simple mémoire livresque, seront donc toujours théologiquement incorrects.

Le fanatisme

Le fondamentalisme est un phénomène moderne et une réaction à des conditions nouvelles.
Le monde moderne, avec ses moyens de communication, met énormément en concurrence les groupements religieux, beaucoup plus que par le passé.
Le monde moderne permet aussi une défection sans difficultés des valeurs ou corporations religieuses. La défection ne coûte rien, ce qui la rend très probable. C’est un aspect dangereux pour une coalition. Le fondamentalisme serait une tendance à faire monter les enjeux de la défection, et divers aspects illustrent bien cet esprit de coalition :
Les groupes fondamentalistes s’efforcent de contrôler la conduite publique des autres, même si la religion condamne explicitement le fait de juger la conduite d’autrui.
Ils essaient de punir les manquements aux normes religieuses par des châtiments publics et sévères, qui sont souvent une innovation par rapport à la tradition. C’est une réaction passionnelle.
La violence fondamentaliste est surtout dirigée vers les membres de la même communauté culturelle ou religieuse.
La cible des fondamentalistes est souvent une forme locale de religion modernisée.



Mise à jour le Dimanche, 30 Mai 2010 17:27