Et l'homme créa les dieux

Index de l'article
Et l'homme créa les dieux
Fonctionnement Mental
A quoi ressemble le surnaturel
La religion, la morale et le malheur
La religion, les morts, la mort
Pourquoi les rituels ?
Les corporations religieuses
Pourquoi croit-on ?

Pourquoi croit-on ?

L’hérédité est un processus simple d’acquisition de la religion. La religion est un processus « contaminant ». Il est beaucoup plus probable de se laisser contaminer par son environnement immédiat que par un autre.

La religion et la science

Opposées à la science, des religions purifiées apparaissent, avec des doctrines métaphysiques, sans trace de superstition gênante. Elles sont compatibles avec la science mais ne feront jamais de bonnes religions. Dans l’histoire de l’humanité, les gens ont toujours eu des pensées religieuses pour des raisons cognitives dans des contextes pratiques. Ces pensées sont efficaces. Et ces religions propres ne sont pas du tout à cette image.

Les concepts religieux mobilisent les ressources de systèmes mentaux qui seraient là, religion ou pas. La religion est une chose probable, étant donné les dispositions de notre cerveau.
L’activité scientifique, par contre, est tout à fait « contre nature » au vu de nos disposition cognitives. L’acquisition de connaissances scientifiques est beaucoup plus difficile, elle requiert un type particulier de communication et d’interaction sociale.

Apparition historique de la religion

La religion serait apparut en même temps que le « cerveau moderne », entre 100 000 et 50 000 ans, époque d’explosion culturelle et démographique. Cette explosion a sans doute été provoquée par un changement de l’activité mentale. On pense que à cette époque les capacités de référence symbolique et les représentations découplées se sont améliorées. Peut-être aussi le cerveau a-t-il acquit la capacité de faire communiquer l’information entre ses différents systèmes d’inférences, ce qui aurait eu pour conséquence de favoriser énormément toutes les activités s’appuyant sur plusieurs d’entre eux (religion, mais aussi art, …).

Résumé final

L’une des activité première des hommes modernes est l’échange d’information. C’est sa niche écologique, son principal moyen de survie. Ce comportement crée un gigantesque domaine d’informations qui se transmet à travers le temps. Des messages sont perdus, d’autres transformés en partie ou restent intacts, d’autres inventés. Parmi cette masse on en trouve qui provoquent plus d’inférences dans le cerveau. Avec le temps, cela suffit à créer une énorme différence, parce que les gens auront tendance à acquérir et transmettre ces concepts là plus que d’autres. Les concepts et comportements religieux en font partie.

Certains messages retiennent l’attention parce qu’ils violent nos intuitions sur les objets et les êtres qui nous environnent. Par exemple, des animaux qui parlent ou des îles qui partent à la dérive. Certains de ces thèmes sont remarquables parce qu’ils concernent des agents. Cela ouvre un domaine très riche d’inférences possibles. On peut se demander à quel point ils sont semblables à la présence invisible et dangereuse des prédateurs. On peut imaginer ce qu’ils perçoivent, ce qu’ils comptent faire, etc., parce que les systèmes d’inférence du cerveau produisent constamment ce genre de spéculations à propos des autres. Parmi ces hypothèses, certaines suggèrent que ces agents ont des informations sur les aspects pertinents des interactions entre les gens qui échangent ces messages. Cela incite fortement les gens à entendre, raconter et peut-être mettre en doute ces histoires. Cela permet aussi des développements ultérieurs par lesquels les gens peuvent combiner leurs intuitions morales avec l’idée que ces agents sont informés des aspects moraux de ce qu’ils font et de ce que les autres font. Il devient alors facile de les associer à des malheurs frappants, parce que nous sommes disposés à voir dans le malheur un évènement social, la responsabilité de quelqu’un plutôt que le résultat de processus mécaniques. Maintenant les agents sont crédités de pouvoirs qui leur permettent d’envoyer des désastres aux hommes, ce qui s’ajoute à la liste de leurs propriétés qui violent nos attentes intuitives et augmente sans doute leur pertinence. Les gens qui ont de tels concepts finiront par les relier avec les émotions et les représentations bizarres déclenchées par la présence de personnes mortes, parce que celle-ci crée un état cognitif étrange où les intuitions liées à la prédation et les divers processus mentaux concernés par l’identification des personnes produisent des intuitions incompatibles. Nous sentons à la fois que les morts sont là et qu’ils ne peuvent pas être là. Une fois qu’on a ce genre de concepts, il viendra un moment où il sera logique de les connecter avec les diverses actions répétées et largement dépourvues de sens que nous accomplissons souvent dans la crainte que leur non-accomplissement provoque de graves dangers. Ce sont donc maintenant des rituels dirigés vers les agents surnaturels. Dans la mesure où les rituels sont souvent pratiqués dans les contextes où les interactions sociales ont des propriétés non évidentes, il sera facile de considérer les agents comme le fondement de l’interaction sociale. Si nous vivons dans un groupe assez nombreux, il y aura sans doute des gens plus doués que d’autres pour produire des messages convaincants à l’intention des agents non intuitifs. Ces personnes seront probablement créditées de qualités internes particulières qui les différencient des autres. Elles finiront aussi par avoir un rôle spécial dans l’accomplissement des rituels. Dans les groupes nombreux où l’on trouve des spécialistes érudits, viendra un moment où ces derniers changeront tous ces concepts pour en donner une version légèrement différente, plus abstraite, moins contextuelle, moins locale. Il est également fort probable que ces spécialistes formeront une corporation ou guilde dotée d’ambitions politiques. Mais leur version des concepts ne sera pas vraiment optimale, de sorte qu’elle sera toujours combinée, dans l’esprit de la plupart des gens, avec des inférences spontanées et peu orthodoxes.



Mise à jour le Dimanche, 30 Mai 2010 17:27