Politique américaine au Moyen-Orient : Afghanistan et Irak

Afghanistan

Peu après 1998, les Etats-Unis bombardèrent l’Afghanistan sans aucun prétexte crédible, comme ce fut admis par la suite.

L’intervention de 2001

Suite aux attentats meurtriers commis le 11 septembre aux Etats-Unis et attribués à l’organisation Al-Qaïda qui dispose de camps d’entraînement en Afghanistan, Washington déclare considérer que l’Afghanistan s’est rangé du côté de l’agresseur terroriste en refusant de se soumettre aux exigences américaines et de livrer les suspects.

Les Etats-Unis forment une coalition et bombardent massivement ce pays à partir de bases qu’ils implantent au Pakistan.
Bush averti les Afghans que les bombardements continueraient tant que les individus suspectés de terrorisme n’étaient pas livrés. 3 semaines après, l’objectif avait changé : il s’agissait maintenant d’inciter le peuple à renverser les talibans. Des opérations au sol sont lancées.
Des intellectuels afghans de tous bords se réunirent à Peshawar pour supplier de cesser le bombardement d’individus innocents et en appeler à une autre méthode pour renverser les talibans. De même, le gouvernement de transition protesta vivement.

Au final l’intervention se soldera par la mort de milliers de civils, la victoire des combattants de l’Alliance du Nord et la chute du régime des talibans.

Autres aspects

Les prisonniers de guerre se virent dénier tous les droits reconnus par les conventions internationales et certains sont déportés sur la base américaine de Guantanamo, à Cuba, où ils subissent un régime d’exception en violation de tous les principes légaux internationalement reconnus et de la législation américaine elle-même.

Avant le 11 septembre, des millions d’Afghans connaissaient déjà une quasi-famine. Les Etats-Unis exigèrent néanmoins du Pakistan l’arrêt des convois fournissant l’essentiel de la nourriture et des produits de première nécessité à la population civile afghane, et provoquèrent le départ des organisations humanitaires.
Le nombre de gens nécessitant une aide alimentaire d’urgence était d’environ 5 millions avant le 11 septembre, 7,5 millions un mois plus tard pendant les bombardements, et 9 millions 6 mois après.

Irak

Au cours de la Première Guerre mondiale, le territoire mésopotamien est conquis par les Britanniques. Le 25 avril 1920, la Société des Nations (ancêtre de l'ONU) confie un mandat à la Grande Bretagne pour administrer la Mésopotamie, acte donnant naissance à l’Irak. Le tracé de ses frontières visait à garantir à la Grande-Bretagne, et non la Turquie, le contrôle du pétrole du nord du pays.
L'Irak est indépendant en 1932, sous la forme d'une monarchie sous tutelle anglaise.

Depuis la fin de la Seconde Guerre Mondiale, ce qui motive la politique américaine au Moyen-Orient est la volonté de contrôler les principales ressources mondiales d’énergie.
Il entre dans la stratégie américaine de contrôler toute la région par l’intermédiaire de « flics locaux ». L’Irak rentre alors dans cette catégorie.

Saddam Hussein est arrivé au pouvoir en 1979.

Avant 1990

La guerre Iran-Irak

Saddam Hussein attaque l’Iran en septembre 1980, sous le prétexte de désaccords frontaliers. Il espère faire disparaître Khomeiny et réduire l'influence du mouvement islamiste.

En dépit de la puissance militaire de l’Irak, le conflit s’enlise rapidement.
A partir de 1984 et avec le soutien des Etats-Unis, des armes chimiques sont utilisées par l'Irak, à la fois contre l'armée Iranienne mais également contre les populations civiles et plus particulièrement kurdes, sans réactions notables de la communauté internationale.

Le soutien de Washington à Saddam atteignit de tels extrêmes qu’en 1987, lors de la guerre Iran-Irak, l’éponge fut passée sur l’attaque de la frégate américaine Stark par l’aviation irakienne.

Le 17 mars 1988, l'armée irakienne utilise des armes chimiques et biologiques sur Habalja, tuant près de 7000 habitants. On estime qu'à cette époque, plus de 150 000 Kurdes ont été exposés à des armes non conventionnelles.

Le 3 juillet 1988, un avion civil iranien fut détruit par un missile tiré depuis le navire américain USS Vincennes. Le 18 juillet, Khomeiny accepte le cessez-le-feu exigé par la résolution 598 du conseil de sécurité de l'ONU datant de juillet 1987. Ce fut le soutien déterminant de Washington à Saddam qui conduisit l’Iran à la capitulation.

La question de l’armement chimique et biologique

En 1986 et 87, des rapports des Nations unies condamnent l’Irak pour son utilisation d’armement chimique. Mais en mars 1988, Hussein fit gazer des Kurdes à Halabja, ce qui ne déclencha aucune protestation américaine.
La même année, une équipe d’investigation envoyée par la Commission sénatoriale des Relations extérieure découvrit des « preuves confondantes de l’usage intensif d’armes chimiques contre les populations civiles ». L’administration Reagan s’opposa catégoriquement à des sanctions contre l’Irak et fit en sorte que l’affaire ne s’ébruite pas.

Les américains et anglais ont fourni à l’Irak jusqu’en 1989 des renseignements, des technologies et du matériel afin de développer son industrie, dont du « matériel biologique » du type de ceux qui seront ensuite recherché par les inspecteurs de l’ONU (voir le rapport Scott).

Remarque : les britanniques utilisèrent des armes chimiques pendant la première guerre mondiale contre les bolcheviques, plus tard la Royal Air Force au Moyen-Orient ou encore en Inde. Les Etats-Unis utilisèrent des armes chimiques au Viêt-nam.

La Première Guerre du Golfe

Saddam Hussein était un ami privilégié et un excellent partenaire commercial des Etats-Unis. Son statut changea lorsqu’il interpréta une simple permission accordée par les Etats-Unis de modifier, par la force, ses frontières avec le Koweït comme une autorisation de s’emparer du pays en entier.

Ne pouvant accepter de perdre le contrôle sur une partie des ressources pétrolières du Golfe, les Etats-Unis veulent la guerre. Par crainte d’avoir à admettre que les sanctions de l‘ONU avaient déjà porté leurs fruits, Washington refusa (entre août 1990 et janvier 1991) toutes les invitations irakiennes à venir constater l’effectivité de son retrait du Koweït.
C’est alors que les Etats-Unis, avec l’autorisation de l’ONU et le soutien de forces internationales, « volent au secours de la souveraineté du Koweït » et déclarent la guerre à l’Irak en janvier 1991. Le Koweït est libéré un mois plus tard.

Après la cessation des hostilités, des soulèvements populaires eurent lieu en Irak.
Les américains refusèrent de rencontrer l’opposition démocratique irakienne, et les laissèrent se faire massacrer sur le terrain par les forces de Saddam Hussein. Plutôt qu’une solution démocratique, Washington souhaitait que Hussein se fasse renverser par un coup d’Etat militaire, installant une nouvelle junte militaire menant l’Irak d’une main de fer, mais sans Hussein.

En Irak, la destruction des infrastructures et l’interdiction d’importer ce qui permettrait de les remettre en état sont à l’origine de nombreuses maladies, de la malnutrition et ont provoqué des morts prématurées en grand nombre (567 000 enfants en 1995 selon l’ONU).
Les Anglais et Américains sont les premiers à bloquer les programmes d’aide humanitaire.

En 1998, pour d’obscures raisons, les Américains et les Anglais reprennent les bombardements en Irak, toujours sous le coup d’un embargo international.

L’opinion publique et la Première Guerre du Golfe

Quelques jours avant les bombardements de janvier 1991, un sondage montrait que 66% des américains voulaient un règlement pacifique fondé sur le retrait irakien et la tenue d’une conférence internationale sur le conflit israélo-arabe.

Le règlement pacifique avait été proposé par les irakiens, envisagé par Washington, mais fut rejeté. L’opposition démocratique irakienne avait proposé un plan alternatif, visant à aider le peuple irakien à renverser lui-même Saddam et rejetant toute idée d’assassinat, d’opérations secrètes ou d’interventions américaines sur le terrain.

Dans son ensemble, le monde arabe au Moyen-Orient dénonça l’agression des Etats-Unis envers l’Irak. Les peuples étaient sceptiques quand aux motivations américaines.

La nouvelle crise de 2003

L’invasion de l’Irak de 2003 avait été implicitement annoncée dès 2002 lors de l’annonce de la National Security Strategy. La vraie motivation de cette invasion est bien entendu le contrôle des ressources énergétiques irakiennes et la réorganisation du Moyen-Orient conformément aux intérêts américains.

Dans les mois qui précédent la guerre, une abondante campagne de propagande et une série de mensonges d’Etat tendent à convaincre l’opinion que le régime de Saddam Hussein représente une menace immédiate pour les Etats-Unis – notamment par des « armes de destruction massive » dont il n’a toujours pas été trouvé trace.
Parallèlement, des manifestations sans précédent ont lieu contre la guerre, aux Etats-Unis et dans le reste du monde.

En mars 2003, sans avoir pu obtenir l’autorisation du Conseil de sécurité, les Etats-Unis envahissent le pays avec pour principaux alliés le Royaume-Uni et l’Espagne.
Après la chute de Bagdad, Washington fait face en Irak à une forte résistance locale, et impose au pays une législation acquise aux investissements des firmes américaines.
70% des américains souhaitent que les Nations unies prennent en charge la sécurité et la reconstruction de l’Irak, en travaillant avec les Irakiens.

Comme on pouvait s’y attendre, la guerre dans son ensemble a permis la recrudescence du terrorisme. L’Irak, qui n’avait aucun lien avec le terrorisme, en est devenu un havre.

Evolution de la politique

Doit-on vraiment s’étonner que l’invasion de l’Irak soit passée au premier plan au détriment du terrorisme ?

Tous les prétextes ont été cherché pour justifier l’invasion, et ils se sont tous effondrés les uns après les autres : liens en l’Irak et le terrorisme, armes de destruction massive, et finalement le renversement de Saddam Hussein…
La conséquence principale de tout ceci est que les conditions minimales pour pouvoir attaquer un pays ont été réduites. L’administration Bush revendique désormais le droit de s’en prendre à un pays même s’il ne possède pas d’armes de destruction massive ou de programme pour en produire, mais simplement parce qu’il en aurait « l’intention et la capacité ».

L’effondrement de tous les prétextes avancés pour l’invasion irakienne est aussi à l’origine d’une autre doctrine dans un discours de novembre 2003 : la guerre en Irak serait inspirée par la « vision messianique » de Bush qui consiste à apporter la démocratie à l’Irak, au Moyen-Orient et au monde entier.
Que cette vision soit le véritable motif de l’invasion sembla d’office admis par tous les journalistes et commentateurs.

Après la guerre

Avec un taux d’imposition uniforme de 15%, l’Irak est désormais l’un des pays au monde où la fiscalité est la plus basse. Cela ruine tout espoir de création d’un système de protection sociale ou de reconstruction des infrastructures nationales.
L’armée d’occupation a détruit les syndicats, arrêtant les responsables, empêchant les grèves, …

Les milieux d’affaires irakiens estiment que n’échapperont à la disparition que ceux qui choisiront d’être les représentants locaux des étrangers qui dirigeront l’économie.

Bibliographie

Noam Chomsky : « De la guerre comme politique étrangère des Etats-Unis ».

Divers articles de Wikipédia.