Dialectique du Moi et de l'inconscient

Rappels et définitions

Définitions

L’inconscient

L’inconscient est la somme des éléments psychologiques qui existent dans un être à son insu.
Selon Freud, l’inconscient est uniquement constitué des tendances infantiles qui, en raison de leur incompatibilité avec les facteurs conscients du psychisme, sont refoulées.
Remarque : tout ce qui est inconscient est projeté.

Le Moi et le Soi

Le Moi est la personnalité consciente. Assimilable à la persona.
Le Soi est l’ensemble complexe de la personnalité englobant le conscient et l’inconscient.

La libido

La libido, qui siège dans l’inconscient, est essentiellement sexuelle pour Freud et volontariste pour Adler. Jung y voit l’énergie psychique en toute généralité, englobant les sens de Freud et d’Adler, capable de se manifester à travers les extériorisations les plus polymorphes.

Les rêves

Les rêves renferment des images, constructions et enchaînements d’idées qui prennent naissance sans que le Moi y contribue. Ce sont des signaux envoyés par l’inconscient.

Les archétypes

Les archétypes sont des manières de complexes innés, des structures préformées de notre psychisme, que viendront meubler et animer les matériaux de l’expérience individuelle.

Mécanismes

Les 4 fonctions psychique de Jung

Jung distingue 4 fonctions psychiques cardinales, s’opposant deux à deux : pensée et sentiment, sensation et intuition.
L’une, selon l’individu, deviendra pendant l’enfance et l’adolescence son outil de prédilection, sa fonction principale ; parallèlement la fonction antagoniste sera reléguée dans l’inconscient du sujet et sera appelée fonction inférieure. Les deux autres fonctions, partiellement conscientes, seront les fonctions auxiliaires.

Refoulement

Selon Freud :
Le refoulement s’institue dès la prime enfance, c’est l’écho intérieur qui répond à l’influence morale exercée par les proches, à l’éducation.
L’analyse rend conscients les désirs refoulés, supprimant les refoulements.

Le transfert

Notion inventée par Freud.
Pendant le traitement, le malade reporte sur le médecin ses problèmes, le médecin devient l’objet de conflit. Il incarnera alors aux yeux du malade une solution quasi idéale de son conflit.

Le transfert n’est pas la guérison, elle n’est que le déplacement du problème. C’est un état provisoire et transitoire, annonciateur de guérison.
Le détachement du transfert est parfois difficile, souvent violent, et s’il est mal conduit peut entraîner une rechute plus ou moins totale. La manœuvre consiste à faire prendre conscience au sujet du non-sens et de l’absurdité de la nouvelle situation, ce qui peut conduire à une reconstruction régressive de la persona.

L’inconscient

Inconscient personnel et collectif

Jung ajoute au contenu refoulé de Freud les éléments psychiques qui n’ont pas encore atteint le poids leur permettant de franchir le seuil du conscient. Il y a également les éléments, anciennement conscient, qui ont perdu de leur intensité consciente et ont glissé de nouveau vers l’inconscient.
Ces contenus sont pour beaucoup personnels, liés à l’expérience propre du vécu individuel. C’est l’inconscient personnel.

Il semble impossible, par l’expérience, de faire passer l’ensemble de l’inconscient dans le domaine du conscient, et de l’y maintenir. Le refoulement n’explique donc pas l’ensemble de la mécanique de l’inconscient : ce dernier ne se limite pas aux éléments refoulés.
De plus, l’inconscient n’est pas statique. Il est sans cesse occupé à brasser ses contenus.
L’activité de l’inconscient est coordonnée au conscient, avec lequel elle a en particulier des rapports essentiels de compensation.

En plus de l’inconscient personnel, l’inconscient renferme d’autres éléments dans ses couches profondes. Il s’agit d’archétypes, de structures congénitales qui polarisent le déroulement mental dans certaines voies, matériaux collectifs relativement vivants et agissants. Tout ceci forme l’inconscient collectif.

Les processus de l’inconscient

Les processus inconscients, difficilement perceptibles, se situent dans une position de compensation par rapport au Moi conscient. Ils détiennent tous les éléments nécessaires à l’autorégulation de psyché globale. On retrouve leurs traces dans les lapsus ou les rêves, utilisant alors des images de nature très collective, souvent avec un caractère mythologique.
Le problème du mal et du péché, en toute généralité, est un des aspects de nos rapports impersonnels avec le monde. C’est pourquoi, plus qu’aucun autre, il a le don de susciter des compensations collectives.

Mais l’inconscient n’est pas uniquement réactionnel par rapport au conscient. Il est capable de spontanéité, ainsi que de s’approprier la direction des opérations. Il est le siège des processus créateurs.

L’assimilation de l’inconscient

L’inflation psychique

Lors de la prise de conscience, de l’assimilation, de l’inconscient, la somme de nouvelles perspectives qu’ouvrent ces connaissances change le point de vue de la personne. C’est une réaction qui concerne de façon plus générale l’acquisition de connaissances.

Les connaissances qu’un sujet extraverti acquiert au cours de l’analyse lui révèlent nombre de choses et mécanismes qui existaient en lui à son insu. Naturellement, il va appliquer ses découvertes à son entourage et s’imaginer discerner chez autrui des facteurs, motivations, mobiles, auxquels il ne pensait pas naguère. Il aura et donnera l’impression de comprendre mieux que tout le monde les autres. L’impression d’avoir compris et surmonté son conflit moral lui donne un sentiment de supériorité, et en voulant alors les aider, il va devenir lourd.
Un introverti pourra se sentir écrasé par le contenu de son inconscient, car souvent ce contenu fraîchement acquis est désagréable au sujet : il s’agit de sa part d’ombre anciennement non assumée. Le sujet oubliera que tout le monde a une part d’ombre, se dépréciera et déprimera.
On peut aussi assister à une alternance des deux attitudes.

De par la loi des compensations psychiques, une grande humilité n’est jamais sans s’accompagner d’une grande présomption, et une grande présomption va toujours de pair avec une chute imminente.
Ainsi l’expansif doute de ses connaissances, et craint d’être rejeté à cause de celles-ci. Il compense en affichant ses vues partout et tout le temps. L’inhibé désire secrètement être reconnu. Il arbore la mine de l’incompris, mais en lui se fomente un mécontentement présomptueux et un orgueil maladif.
Tout les deux souffre d’inflation psychique.

La connaissance en général et l’identification d’une personne avec sa profession peuvent aussi entraîner des inflations psychiques. Ce sont là des foyers d’attirance de la psyché collective, dans lesquelles l’individu se noie.

Psyché collective et communauté humaine

L’homme est un être individuel, mais également un être social. De la même façon que certaines fonctions sociales vont à l’encontre des intérêts de l’individu isolé, de même l’esprit humain recèle certaines fonctions ou tendances qui, à cause de leur essence collective, s’opposent aux besoins individuels. L’influence de l’inconscient collectif sur la psyché individuelle est comparable à l’influence de la société sur l’individu.

La psyché collective est une résultante de l’uniformité universelle des cerveaux. La psyché collective embrasse les « parties inférieures » des fonctions psychiques, profondément enracinées, au contraire du conscient et de l’inconscient qui en sont les parties supérieures.

Plus la communauté est nombreuse, plus la sommation des facteurs collectifs se trouve accentuée au détriment de l’individu, qui se sent moralement et spirituellement anéanti. Tout ce qu’il y a d’individuel est alors refoulé et tombe dans l’inconscient.

La moralité d’une société, prise dans sa totalité, est inversement proportionnelle à sa masse. En effet, plus grand est le nombre des individus qui se rassemblent, plus les facteurs individuels sont effacés, ainsi que la moralité, qui repose entièrement sur le sentiment éthique de chacun et, par le fait même, sur la liberté de l’individu, indispensable à son exercice.
Ceci explique qu’un individu, en tant que membre d’un groupe, est inconsciemment plus mauvais que quand il agit en tant qu’unité pleinement responsable. Fondu dans la société, il est dans une certaine mesure libéré de sa responsabilité individuelle.

La persona

La persona est un fragment de la psyché collective qui est une image idéalisée de l’individu et lui donne l’illusion de l’individualité. C’est le masque que porte le comédien de la vie. La persona n’a pas de réalité propre, c’est une sorte de compromis entre l’individu et la société, c’est l’aspect sous lequel le premier apparaît dans la seconde.
La seule chose véritablement individuelle dans la persona, c’est le choix et la définition de ses limitations.

Le Moi s’identifie plus ou moins avec la persona : certain individus s’identifie totalement avec leur « rôle ». Quand ce rôle ne leur correspond pas vraiment, cela entraîne des problèmes.

La société attend de l’individu qu’il assume et joue de façon aussi parfaite que possible le rôle de sa persona, que chacun demeure à sa place et se cantonne dans son domaine.

Plus la persona publique est contraignante pour l’individu, plus une « vie privée » parallèle peut se développer. Elle permettra de laisser exulter des aspects de personnalité, des traits de caractère qui compensent les trop grandes contraintes de la persona, pouvant aliéner jusqu’à la sexualité. C’est l’anima / animus qui se charge alors de ces aspects refoulés. L’anima / animus est le pôle opposé de la persona, caché dans l’inconscient.

La persona peut être bouleversée de façon extérieure par des coups du sort particulièrement violents.

Anima et animus

Le cas du mâle

L’influence des parents est surmontée à l’adolescence par un processus d’émancipation. Le sujet refoulera et dissociera les séquelles psychologiques de son éducation ainsi que les imagos de ses parents.

Chez l’homme adulte, c’est la femme qui se substituera aux parents. Elle est un facteur majeur d’influence, qui se cristallise en un imago de nature relativement autonome qui, lui, ne devra pas être dissocié.
Cet imago de la femme deviendra le réceptacle du refoulement de la nature féminine de l’homme, ce qui explique qu’il choisisse une femme correspondant le mieux à sa propre féminité inconsciente.
Cette nature féminine et refoulée de l’homme se nomme l’anima. C’est un pôle de l’inconscient opposé à la persona. Il existe une relation compensatoire entre la persona et l’anima, l’anima compensant les aspects de la persona.
L’anima est très souvent projetée sur la femme, après avoir été projeté sur la mère (le père, lui, est plus un modèle pour la persona). Si la force de l’anima est trop puissante, la femme peut alors mal le vivre, développant des complexes d’infériorité.

On peut concevoir l’anima comme une sorte de personnalité autonome, avec qui une sorte de dialogue est possible si on dépasse la peur de « l’autre coté ». Il faut alors laisser émerger tous les signes, sans les nier ni les considérer comme sans valeur. Or, c’est la tendance traditionnelle du conscient à l’égard de ces signes.
Par exemple, au cours d’un affect, on livre souvent involontairement les vérités de « l’autre coté ». Il faut cependant savoir discerner les vrais signes au milieu des parasites.

Cependant le dialogue et l’affrontement avec l’anima est très difficile. L’union harmonieuse entre monde extérieur et monde intérieur se rapproche de l’union des contraires telle que l’exprime le Tao.

Le cas de la femelle

Chez la femme, l’élément de compensation, l’animus, revêt un caractère masculin.

Traditionnellement dans nos sociétés, le monde des femmes est celui de leur cercle : pères, mères, frères et sœurs. Le monde de l’homme est plus celui du peuple : les affaires, la politique, etc. C’est pourquoi l’attitude consciente de la femme est plus personnellement exclusive que celle de l’homme, et inversement en ce qui concerne leur anima / animus.
L’anima apparaît donc sous les traits d’une femme unique, alors que l’animus utilise les traits d’une pluralité.

Si l’anima est source d’humeur et de caprices, l’animus, lui, est source d’opinions.
Les opinions de l’animus ont très souvent le caractère de convictions solides, de principes d’allure intouchable. La femme les formule comme des réalités. Ces opinions se sont accumulées pendant l’enfance et l’adolescence, formant au final une sorte de « canon » des vérités.

L’homme sur qui l’animus aura tendance à se projeter devra être faire partie des « hommes qui savent tout ». Il devra stimuler l’appétit intellectuel de l’animus.
A l’instar de l’anima, l’animus est un amant jaloux à même de substituer à un être réel l’opinion qu’il se fait de lui, opinion dont les bases absolument critiquables ne seront jamais soumises à la moindre remise en cause. Les opinions de l’animus sont toujours de nature collective ; en tant que telles, elles sont aux antipodes de la dimension de l’individu et de la dimension que requiert son appréciation individuelle ; elles forment, de la femme à l’homme, un écran en tout point comparable à celui qu’avec ses anticipations et ses projections de sentiments l’anima glisse de l’homme à la femme.

Problèmes de couple

Entre animus d’un côté et anima de l’autre, le dialogue est relativement difficile.

L’homme cherche la rencontre, la réalisation, l’incarnation de son anima vue dans et à travers les femmes, car l’anima déborde de toutes ; alors que la femme cherche à l’inverse la rencontre, la réalisation et l’incarnation de son animus en focalisant sa pluralité sur un seul homme. L’homme cherche la Femme dans toutes les femmes, et la femme cherche à retrouver tous les hommes en un seul homme.
L’anima unitaire de l’homme donne par compensation des dynamismes pluralistes au conscient masculin, alors que l’animus, qui est chez la femme un pluriel, imprime aussi par compensation, et comme pour sauvegarder, outre les plans physiologiques, une unité de la personnalité et une cohésion du conscient féminin, une quête monoandre.

Mais la femme doit bien s’avouer un jour que l’être précédemment idéalisé qui vit à ses côtés offre de nombreuses lacunes par rapport à son idéal.
De son côté, l’homme vit avec chacune de ses partenaires un secteur féminin correspondant à sa projection du moment, sans jamais retrouver « Celle qu’on attends toujours ».

Des deux côtés, face à une situation de couple difficile, la tendance est à la séparation, à chercher ailleurs un meilleur sujet de projection, ce qui au final ne fait qu’obscurcir et retarder les solutions réelles. L’homme cherchera un autre aspect de la Femme, alors que la femme cherchera une incarnation plus complète de ses idéaux.

Les techniques de l’individuation

Principes

Plus on prend conscience de soi-même, plus s’amincit la couche de l’inconscient personnel déposée comme un limon sur l’inconscient collectif. Le conscient n’est plus alors emprisonné dans un monde étroitement personnel, et participe de plus en plus au vaste monde des choses. Ce conscient renouvelé deviendra un foyer relationnel qui impliquera l’individu dans une communauté avec le monde. Ses préoccupations, conscientes ou inconscientes, seront alors d’avantage collectives.

La voie de l’individuation consiste en une réalisation de son Soi : devenir un être réellement individuel, réaliser son unicité au niveau le plus intime. Il ne faut pas confondre individuation et individualisme.
L’individuation se situe à l’opposé de la dépersonnalisation maladive dans le collectif. C’est un accomplissement de soi meilleur, une prise en considération des particularités de l’individu permettant une meilleure intégration dans la société.
L’individuation est la libération du Soi des fausses enveloppes de la persona et des forces suggestives inconscientes, collectives ou non.

Sans son individuation, l’être demeure dans une condition de mélange et de confusion avec autrui ; dans cet état, il accomplit des actions qui le placent en désaccord et en conflit avec lui-même.

Les dangers de la psyché collective

Une différenciation insuffisante d’avec la psyché collective entraîne une dissolution immédiate de l’individuel dans le collectif, parmi quoi il se mélange et se perd.
Cette dissolution s’opère souvent suivant les couples de contraires, par exemple folie des grandeurs / sentiment d’infériorité, ou encore vertus / vices. Mais elle confère également un sentiment de valeur générale et quasi universelle, qui conduit à ne plus voir les différences entre la psyché personnelle et celles de proches. L’impossibilité ou le refus de voir l’individuel équivaut à étouffer l’individu.
Le sujet essaiera alors d’imposer aux autres les exigences de son inconscient. Or l’immense majorité des êtres est totalement incapable de se mettre, psychiquement parlant, à la place d’un autre, ce qui procède d’un art délicat dont la possession est fort rare, dont l’exercice en général ne va pas loin, et dont la virtuosité est exceptionnelle.

Il est donc primordial, lors de la prise de conscience de l’inconscient, d’établir une différenciation rigoureuse d’avec la psyché collective, c'est-à-dire une distinction très claire entre les contenus personnels et ceux de la psyché collective. Mais il est parfois très difficile de différencier ce qui est individuel de ce qui vient du collectif.
La marque indiscutable des images collectives semble être leur aspect cosmique.

Lors de l’analyse, la dissolution de la persona entraîne un regain d’activité de l’inconscient collectif au détriment du conscient. Cette perte d’équilibre peut être salutaire. Le conscient défaillant sera remplacé par l’activité automatique et instructive de l’inconscient qui visera à la reconstitution d’un nouvel équilibre. L’inconscient sera capable d’atteindre ce but pourvu que le conscient soit en état d’assimiler les contenus qu’il produit, c'est-à-dire de les comprendre et de les intégrer.
Si par malheur l’inconscient engloutit le conscient, on se retrouve avec un état névrotique. On peut également rencontrer une situation de blocage, l’inconscient n’étant pas assez fort pour submerger l’individu et l’équilibre ne se faisant pas naturellement.

Une fois le conscient dépassé, le sujet tombe sous la domination de son inconscient collectif.
La réaction face à ces contenus inconscients remontant dans le conscient peut être :

  • L’adhésion aux contenus inconscients : le sujet y croit. C’est alors la paranoïa ou la schizophrénie.

  • Le rejet des contenus inconscients.

  • La compréhension critique de la situation.

Le premier cas, l’identification avec la psyché collective, de par l’apport de nouvelles perspectives ou connaissances qu’il apporte, s’accompagne le plus souvent d’une mégalomanie (inspiration prophétique ou plus simplement disciple d’un prophète, vocation réformatrice, aspiration au martyre, …).

La dernière solution entraînera une reconstruction régressive de la persona, qui consiste en un retour à une persona plus simple, plus humble, plus rationnelle.
Ce n’est une bonne solution de vie que pour un sujet qui doit l’échec de son existence au fait qu’étant grenouille, il a voulu se faire bœuf. Avec la diminution de sa personnalité, il retourne à ses vraies dimensions.

La confrontation avec l’inconscient

Une confrontation réelle avec l’inconscient exige de la part de l’individu un effort de conscience et un point de vue conscient ferme, capable de s’opposer à l’inconscient et de parlementer avec lui. C’est cependant une voir difficile, réservées à quelques rares élus, parce qu’ils ont certains problèmes psychologiques, ou en tant qu’idéal élevé, comme une idée d’un bien à accomplir, d’un mieux auquel on peut prétendre. Cette voie n’est praticable et susceptible d’aboutir que si les tâches séculières et imprévisibles que la vie impose sont effectivement menées à bien.

Il faut donner à l’inconscient l’occasion de produire et d’exprimer ses fantasmes, lui donner la possibilité de se transformer lui-même en contenu du conscient. C’est principalement un dialogue avec l’anima / animus qui s’instaure au début.

Mais il ne suffit pas de contempler et de subir les fantasmes de l’inconscient, il faut aussi parvenir à y participer activement, c'est-à-dire s’y comporter comme il l’aurait fait dans la réalité, ce qui indique que le sujet prend au sérieux le monde de son imagination.
Il s’agit cependant d’éviter les tendances concrétistes face à ce monde inconscient. Or, cette tendance est très présente chez l’homme, et la peur de cette tendance explique en grande partie le rejet total du monde de l’inconscient et de l’imagination en général.

Grâce à un effort persévérant de prises de conscience nombreuses, répétées et suivies des imaginations qui sans cela demeurent inconscientes, et grâce à une participation active du conscient au déroulement fantasmatique, on parvient :

  1. A un élargissement de la conscience (d’innombrables contenus inconscients devenant conscients

  2. A un démantèlement de l’influence dominante et excessive de l’inconscient sur le conscient

  3. Résultant des deux premiers point, à une modification de la personnalité : c’est la fonction transcendante. Le centre de la personnalité se déplace du Moi vers un point entre le conscient et l’inconscient.

Le transfert semble être, par ses détours projectifs sur ce tiers catalyseur neutre que doit être l’analyste, la voie détournée que nous offre la nature pour permettre la confrontation du Moi et de l’inconscient du sujet.

La personnalité mana

Surmonter l’anima en tant que complexe autonome et la transformer en une fonction de relation entre le conscient et l’inconscient le prive de sa « puissance démoniaque ». La valeur autonome qui caractérisait l’anima est souvent illustrée comme une puissance occulte, de type mana. Que devient cette puissance perdue par l’anima ?

Lorsque le Moi rêve, au fond infantilement, d’un triomphe sur l’anima et est porté par cette espérance secrète, il court le risque de se laisser submerger par une personnalité mana, un archétype masculin dominant de la conscience collective, celui du sorcier.
C’est l’archétype bien connu de l’homme fort : chef, magicien, saint, roi, … Chez les femmes correspond la représentation équivalente de la figure à la fois souveraine et maternelle de la Grande Mère universelle.
L’irruption de cette figure dans le conscient provoque une inflation redoutable de celui-ci, susceptible de remettre en question et de détruire tout ce qui avait été précédemment gagné lors de la confrontation avec l’anima.

La personnalité mana possède d’une part une volonté supérieure et d’autre part une connaissance supérieure. En prendre conscience suppose d’assumer cet état de fait, sans oublier ce qui dans la réalité nous ramène à un niveau plus bas. Il faut pouvoir revendiquer la parenté avec les animaux comme avec les dieux, avec les minéraux comme avec les étoiles, sans que cela provoque notre étonnement ni notre réprobation.
La différenciation de Moi de l’archétype incarné par une personnalité mana signifie pour l’homme la seconde libération, cette fois-ci décisive, du père (pour la femme, de la mère) et ainsi la première affirmation vécue de sa propre individualité.
De plus, dès que le Moi abandonne ses prétentions à une victoire, l’état de possession du Moi par le « sorcier » cède automatiquement.

Le passage par une personnalité mana est inévitable : c’est une faiblesse à laquelle on peut à peine échapper que céder à la tentation de s’admirer un peu parce que l’on a regardé un peu plus loin et un peu plus profond que le commun des mortels ; ceux-ci, à leur tour, ont un tel besoin de trouver quelque part un héros incarné ou un sage supérieur, bref une autorité indiscutable, qu’ils sont tout disposés à ériger des temples et à encenser des idoles.

La contemplation du Soi

Après avoir surmonter le passage à la personnalité mana, la personnalité arrive à un point d’équilibre, à mi-chemin entre les tendances contraires et les pôles opposés, réconciliant les antinomies.
Ce centre est le Soi, et pourrait être vu comme le « Dieu en nous ». C’est de lui que semble jaillir depuis ses premiers débuts toute notre vie psychique, et c’est vers lui que semblent tendre tous les buts suprêmes et derniers d’une vie.

Si nous qualifions les effets des contenus autonomes du terme de « divin », nous serrons la réalité de près en reconnaissant leur suprématie relative. C’est cette suprématie qui de tout temps a obligé les hommes à inventer les choses les plus impensables et même à s’infliger les pires souffrances pour tenter de tenir un juste compte des effets des contenus autonomes. Leur puissance est aussi réelle que la faim et la peur de la mort.

Quand on parvient à percevoir le Soi comme quelque chose d’irrationnel, qui est, tout en demeurant indéfinissable, auquel le Moi ne s’oppose pas et auquel le Moi n’est point soumis, mais auquel il est adjoint et autour duquel il tourne en quelque sorte comme la terre autour du soleil, le but de l’individuation est alors atteint.

Jung voit de grands parallèles entre le travail de différenciation et la communication avec son inconscient et les processus de transformation mystique de l’alchimie.
Dans les matériaux inconscients, toute la symbolique initiatique réapparaît avec beaucoup de clarté. Les cérémonies d’initiations magiques ont de tous temps été très importantes, ce sont des mystères de la métamorphose des individus. Elles rejoignent le travail psychanalytique.

Autres

Les femmes dirigées par leur fonction intellectuelle ont souvent un caractère protestataire.
Elle cherchent à prouver à l’autre qu’il a tort ; est critique par prédilection ; a tendance à lancer des piques personnelles désagréables, tout en prétendant passer pour l’objectivité incarnée.
L’animus suscite des arguments et des raisonnements qui se voudraient logiques et critiques, mais qui, pour l’essentiel, se bornent la plupart du temps à : un point faible qui est secondaire sera transformé, au prix d’un contresens, en la thèse essentielle. Ou encore, une discussion, claire en soi, se verra compliquée à l’extrême par l’adjonction de nouveaux points de vue qui, à l’occasion, n’ont rien à faire avec la discussion en cours.
Cet intellect a la particularité de moins rechercher une discussion constructive et fructueuse que les points faibles du partenaire, auquel il s’agrippe pour l’irriter.
La finalité inconsciente est d’obliger l’homme à se montrer supérieur, afin que la femme dispose d’un objet légitime d’admiration.