L'Animal Moral

Les principes de la psychologie évolutionniste

L’environnement ancestral est le milieu dans lequel l’immense majorité des modifications génétiques récentes de l’homme ont eut lieu, et pour lequel elles présentent donc une optimisation de l’espèce. Ainsi, les cerveaux humains ont été « conçus » afin d’optimiser leurs aptitudes au sein de l’environnement dans lequel ces cerveaux évoluaient. L’évolution récente des sociétés, en gros depuis les 10 000 dernières années, a été trop courte en terme d’évolution pour introduire des modifications génétiques notables de l’espèce humaine.
Cet environnement ancestral est une société fonctionnant sur l’économie de la cueillette et de la chasse. Le cercle familial est étroit, le groupe (clan, village, …) relativement petit, où tout le monde connaît tout le monde et où l’étranger se manifeste rarement.

Mais l’environnement de l’évolution récente de l’homme a surtout été l’être humain lui-même (ou préhumain). A l’âge de pierre, les membres d’une communauté étaient rivaux dans la lutte pour la transmission des gènes dont ils étaient les instruments. Cette transmission dépendait de la façon de cohabiter avec les voisins (aide, exploitation, ignorance, haine, …) en fonction des circonstances.
Notre évolution est une adaptation des uns aux autres. La conduite humaine est très malléable pour s’adapter au mieux aux circonstances.

La psychologie évolutionniste adhère à la doctrine essentielle de la psychologie qui veut que l’environnement social forge, dès l’enfance, le psychisme adulte. Certains psychologues évolutionnistes posent comme postulat que les différences fondamentales entre individus proviennent surtout de l’influence de l’environnement.

Les cerveaux humains n’ont pas évolué pour nous délivrer de l’obligation de survivre et de procréer, mais pour nous permettre de nous y soumettre plus efficacement. Une grande part de l’histoire des différences de personnalités est le fruit d’une évolution de la malléabilité, la « plasticité de développement ».
C’est la sélection naturelle qui « pense » ; l’organisme lui-même n’a pas besoin de le faire.
Le comportement quotidien de l’être humain est souvent le produit de forces souterraines qui ne sont pas consciemment rationnelles.

L’unité de base de la sélection et le gène. Les gènes qui provoquent la survie et la reproduction de leurs propres répliques sont les gènes qui gagnent. Mais toutes les conduites humaines ne servent pas forcément l’intérêt génétique. Certains êtres restent sur le côté de la route.
Les animaux, humains compris, se conforment souvent à une logique évolutionniste, non sous l’effet d’un calcul conscient, mais parce qu’ils suivent leurs sentiments, lesquels ont été conçus pour que s’exécute cette logique. Le bonheur individuel ou la justice ne rentrent pas vraiment en ligne de compte. Ainsi les individus ont tendance à prononcer les jugements moraux qui vont aider leurs gènes à se transmettre à la génération suivante.

LA question que se pose la psychologie évolutionniste est donc de savoir si une caractéristique, un comportement, répond à l’intérêt génétique d’un individu dans l’environnement ancestral, et non dans notre environnement moderne.
Une explication évolutionniste se doit d’être la plus universel possible. Quelques points importants du raisonnement :

  • Faire la distinction entre le comportement et l’organe mental qui le gouverne

  • Se rappeler que c’est l’organe mental, et non le comportement, que la sélection naturelle a conçu

  • Se rappeler que, bien que les organes mentaux aient dû engendrer une conduite adaptative dans l’environnement de leur conception, il est possible que ce ne soit plus le cas

Quelques ouvrages majeurs de la psychologie évolutionniste :

  • Sociobiologie (Wilson, 1975)

  • Le gène égoïste (Dawkins, 1976)

  • Adaptation and natural selection : a critique of some current evolutionary thought (Williams, 1966)

Sexe, idylles et amours

Aucun comportement humain n’affecte autant la transmission des gènes que la sexualité. Les différents états d’âme qui gouvernent la sexualité sont les meilleurs candidats à l’explication évolutionniste.
Remarque : l’évolution de la psychologie sexuelle est bien antérieure à la découverte par l’homme de la signification vitale de sa sexualité.

Asymétrie mâle / femelle et investissement parental

Depuis toujours et pour toutes les espèces, une femelle ne pourra jamais, au cours de son existence, avoir autant d’enfants d’un mâle. Il y a donc une asymétrie entre hommes et femmes. La sélection naturelle encourage un appétit sexuel sans borne chez les mâles et une judicieuse réserve chez les femelles.

L’investissement parental : tout investissement du parent sur sa progéniture afin d’accroître les chances de survie de cette progéniture. Cela implique en particulier les soins lors de la gestation et après la naissance.

Les mâles peuvent se reproduire des centaines de fois par an. L’accouplement ne demande qu’une faible dépense d’énergie et une inattention courte quand à sa sécurité et son bien-être. De plus, l’investissement parental est très souvent quasiment nul. Ayant peu à perdre et tout à gagner, les mâles peuvent afficher un désir impérieux de s’accoupler avec toute femelle disponible.

De leur côté, les femelles ne peuvent pas se reproduire très souvent, de par la rareté de l’ovule. De plus, pour les mammifères, la gestation est interne au corps de la femme. Il y a donc un très fort investissement parental (temps et d’énergie). Faire naître un petit affaibli la femelle, la rend vulnérable. Elle a donc tout intérêt à assurer génétiquement son investissement en choisissant des conditions optimales, en particulier le meilleur mâle possible. Une fois fécondée, la femme n’a plus aucun intérêt à la reproduction.

Plus précisément, l’investissement parental semble être la cause déterminante de l’attribution des rôles de séduction. Chez les espèces où les mâles présentent un investissement parental important, voir plus important que celui des femelles, ce sont les mâles qui se font courtiser et qui sélectionnent les femelles qui doivent faire des parades nuptiales.

Sélection du partenaire

La « sélection sexuelle » est formée des deux variantes de la sélection naturelle : la concurrence entre les mâles (et même souvent le combat) et le choix des femelles.
Le mâle doit faire sa publicité, parfois exagérée ou mensongère, et la femelle détecter la vérité qui se cache sous l’apparence trompeuse. La sélection naturelle implique alors que mâle et femelle s’améliorent sans cesse dans leur spécialité, les premiers pour duper et les seconds pour discerner.
La sélection sexuelle est si importante que les parures mâles de certaines espèces peuvent les gêner dans la vie de tous les jours, voir même mettre en danger leur vie, ce qui est paradoxal avec une lecture simpliste du principe de base de la sélection naturelle.
En fonction des espèces et des contextes, si les stratégies de séduction changent, s’adaptent, leur logique reste la même.

Dès lors que les femelles commencent à opposer une petite forme de résistance face aux mâles, celle qui manifeste une résistance légèrement plus prononcée témoigne de sa valeur propre.

Sur l’ensemble des cultures et sociétés humaines, les femmes ont tendance à être relativement sélectives dans le choix de leur partenaires sexuels ; les hommes le sont moins, car prodigieusement attirés par la plus grande variété possible de partenaires.
Les hommes doivent donc tromper les femmes sur leurs intentions réelles en terme de valeur et d’investissement à venir. Les femmes se doivent de détecter ces tromperies. Or, l’une des meilleures façons de tromper quelqu’un, c’est bien de croire vraiment en son propre mensonge. Par exemple, un homme pourra tomber sincèrement amoureux, pour découvrir quelques temps plus tard qu’il n’est plus être attiré par sa partenaire.

IPM important et mariage

Au cours de notre évolution récente, l’investissement parental mâle (IPM) a augmenté considérablement. Un fort IPM s’explique souvent par la vulnérabilité de la progéniture. Sa survie est d’autant mieux assurée que le mâle aide la femelle à la protéger et s’en occuper. Les enfants avec deux parents étaient plus avantagés que ceux qui n’en avait qu’un.

La position debout a entraîné un rétrécissement du bassin des femmes, et parallèlement le volume crânien augmentait avec le développement du cerveau humain, ce qui a eu pour conséquence de raccourcir la gestation. La naissance prématurée par rapport aux autres animaux explique pourquoi les bébés humains se débrouillent beaucoup moins bien que leurs confrères singes, restant pendant de longs mois d’impuissantes balles de chair.
Enfin, un changement de climat et de style de vie a pût accroître le danger quotidien subi par les tribus humaines.

Une étude montre que dans 37 cultures du monde, les femmes accordent plus d’importance que les hommes aux perspectives financières (richesses, position sociale, ambition, zèle, …) qu’apporte une éventuelle union. Elles recherchent des signes de générosité, de fidélité, et surtout la garanti d’un engagement durable.
Elles acceptent volontiers des partenaires plus âgés, l’âge garantissant généralement une meilleure position sociale.

Les hommes, eux, préfèrent les partenaires jeunes. La jeunesse est une donnée importante pour la fécondité à long terme de la femme.
Les hommes ne sont portés qu’à une sélection ponctuelle des femmes, qui ne s’applique que dans le cas d’un investissement. Pour une simple fécondation sans investissement, les hommes peuvent n’avoir aucune exigence quant à leur partenaire.

Dans toutes les cultures humaines, le mariage, quelque soit sa forme, reste la norme, et la famille l’atome de l’organisation sociale. Partout, les pères éprouvent de l’amour pour leurs enfants. L’amour serait donc le moyen qu’a trouvé la sélection naturelle de cimenter un couple humain pour assurer la survie de sa progéniture.

Fuite du mâle et stratégie féminine

Les mâles des espèces à IPM élevé sont, paradoxalement, capables de trahisons plus grandes que ceux des espèces à faible IPM. Le parcourt optimal du mâle relève d’une stratégie mixte. Séduction et abandon sont porteurs de sens génétique, dans la mesure où ce type de comportement ne pénalise pas trop, ni en temps, ni en ressources, la progéniture dans laquelle le mâle a investit. Ainsi, même s’il y a investissement, les mâles des espèces à IPM élevé devraient se montrer toujours ouverts à toute opportunité sexuelle.

L’engagement partiel et limité de l’homme est l’une des raisons qui font que les femmes défient les stéréotypes, qui prévalent majoritairement ailleurs dans le règne animal, en rivalisant entre elles. Un fort IPM entraîne donc une compétition entre mâles pour les rares œufs des femelles, mais aussi entre femelles pour se disputer les rares investissements masculins.

La crainte naturelle de la femme sera de voir l’homme lui retirer son engagement, alors que celle de l’homme sera de s’être engagé à tort, c'est-à-dire d’élever des enfants qui ne sont pas les siens.
Ainsi la jalousie masculine se focalise sur l’infidélité sexuelle, alors que les femmes, si elles réprouvent les infidélités, coûteuses en temps et ressources pour le ménage, se sentent plus menacées par l’infidélité sentimentale, qui risque d’entraîner la désertion définitive de l’homme.

Pour une espèce à fort IPM, la femelle recherche de bons gènes et un solide engagement à long terme. Elle peut ne jamais les trouver réunis chez le même mâle. La solution consiste alors à faire croire à un partenaire dévoué, mais génétiquement peu intéressant, que la progéniture qu’il élève est la sienne, alors qu’elle aura été conçue avec un amant génétiquement fort.
Ainsi, si les hommes vivent dans la terreur grandissante du cocufiage, les femmes doivent améliorer leur aptitude à les convaincre que leur adoration frise la vénération et leur fidélité la sainteté.

Des études montrent que les femmes en approche d’ovulation se font plus séduisantes, sont plus entreprenantes. Les femmes qui trompent leur compagnon le font plutôt en période d’ovulation. L’ovulation cachée, dissimulant la vraie période de fécondité, donne ainsi un certain avantage aux femmes. Pour l’homme, il est plus difficile de contrôler sa femme tout le temps plutôt qu’uniquement pendant les courtes périodes de fécondité.
Les théories expliquant l’ovulation cachée s’appliquent très bien pour des espèces à faible ou fort IPM. La dissimulation permet de prolonger la période pendant laquelle la femelle peut extorquer à son partenaire des bienfaits pour des d’activités sexuelles. L’ovulation cachée permet aussi d’introduire une source de confusion sur l’identité du géniteur en cas de multiples partenaires mâles (déclarés ou non).

Madone et putain

L’époque victorienne a parfaitement illustré de façon très rigide la dichotomie « madone/putain » qui existe pour les femmes dans la société entre compagne à long terme et compagne à court terme.
Il existe donc deux sortes de femmes : celle qu’un célibataire épousera plus tard et celle dont il peut user tout de suite ; celle qui vaut la peine d’être aimée et celle qui satisfait le plaisir immédiat. Une femme se laissant aller à des aventures sera irrémédiablement classée dans la catégorie putain.
Les hommes peuvent également entrer dans le même genre de catégorisation.

Dans la réalité le comportement des femmes et des hommes n’est pas aussi catégorique, et dépend en grande partie du contexte. Les stratégies sexuelles dépendent de la rentabilité génétique potentielle de chacune des stratégies, eu égard aux circonstances. Ces circonstances peuvent changer rapidement (guerre, …).
Tous les types de comportements sont en nous, nous adaptons notre comportement en fonction de la situation. Il n’y a pas de stratégie absolue idéale, il faut un équilibre entre les 2 types de comportement, chez les femmes comme chez les hommes.
Les femmes qui vivent dans un univers où peu d’hommes ont le désir et/ou la possibilité de subvenir aux besoins d’une famille risquent naturellement de se sentir attirées par une vie sexuelle dans laquelle n’entrerait aucune notion d’engagement.

L’homme a besoin d’évaluer si une femme risque d’être infidèle. La phase de séduction peut servir, notamment, à la classer dans l’une ou l’autre catégorie madone/putain. L’homme peut même encourager la femme à coucher rapidement, ce dont il la punira ultérieurement en la classant parmi les « putains ».

La débâcle du mariage

Le mariage moderne n’a plus rien d’une nécessité, et on peut maintenant fort bien s’en évader. Le changement radical a eu lieu entre le début et la moitié du XXième siècle.
Le nombre de divorce a doublé, l’age du premier rapport sexuel a chuté, l’âge moyen de mariage des femmes a augmenté. Le nombre de concubins non mariés a triplé.

L’un des grands motifs de divorce, chez les deux sexes, c’est de s’imaginer soudain avoir épousé la « mauvaise » personne, d’être persuadé que la prochaine fois ce sera la « bonne », ce qui est très peu probable en réalité. Les gens attendent du mariage beaucoup plus de bonheur qu’ils n’en trouvent généralement. Sans comprendre que la faute en incombe uniquement à leur propre inaptitude au bonheur, ils s’imaginent qu’ils auraient été plus heureux avec quelqu’un d’autre.
Le cadre socio-économique est également grandement responsable de l’échec du mariage monogame. La mère seule, débordée par des enfants qui s’ennuient, est une chose qui n’a pas d’équivalent dans les sociétés primitives.
Le module de « rejet du partenaire » est un mécanisme mental qui, inscrit chez le mâle comme chez la femelle, permet à la relation de tourner court lorsqu’elle se révèle stérile. Et de fait, dans toutes les cultures du monde, les mariages stériles sont ceux qui se défont le plus facilement.

Le coût génétique d’un divorce est toujours celui des enfants, dont on s’occupe moins bien. De nombreuses études montrent qu’un enfant est bien mieux élevé et traité si se sont ses deux parents génétiques qui s’occupent de lui.
Mais quand les enfants acquièrent leur autonomie, la nécessité d’un investissement parental mâle disparaît. L’homme a alors toutes les (bonnes) raisons génétiques d’aller fonder un foyer ailleurs, avec une femme plus jeune.

Lors un divorce, la vraie différence entre hommes et femmes vient plutôt des bénéfices que chacun en tirent. Sommairement, aux USA, le divorce apporte à l’homme une nette amélioration de son niveau de vie, alors que pour la femme qui reste seule avec les enfants c’est l’inverse.

L’homme peut assez facilement retrouver une femme ayant un plein potentiel reproductif, surtout s’il est riche et/ou de haute position sociale, et donc courtisé. Ces conditions facilitées peuvent même l’inciter à divorcer. Il est prouvé que les hommes ont beaucoup plus de chances que les femmes de se remarier après un divorce.
L’isolement visuel est une très bonne méthode pour empêcher l’émergence chez l’homme de pensées qui l’amèneraient à l’insatisfaction conjugale ou à l’infidélité. Mais l’isolement est quasi impossible de nos jours, ne serait ce que à travers les photos ou les films.
La femme, quand à elle, ne pourra jamais retrouver un homme qui lui rendra ses 25 ans de potentiel reproductif.
La société victorienne avait une arme contre les hommes vieillissants, riches ou influents, voulant quitter leurs épouses pour des femmes plus jeunes : le contre-feux social. Il était extrêmement difficile de payer le prix social d’un divorce. La désertion masculine était circonscrite aux prostituées, ce qui ne menaçait pas de détruire le couple car il était impensable de construire un nouveau couple avec une prostituée.

Polygynie, monogamie et contexte social

La polygamie peut être une solution pour empêcher la fuite du mâle. Elle permet au mâle de ne pas déserter le foyer, de continuer à s’occuper pleinement de ses enfants, en retrouvant un potentiel reproductif chez une nouvelle femelle.

Une énorme majorité des sociétés ont autorisé l’homme à avoir plus d’une femme. Mais la polygynie y est majoritairement occasionnelle, réservée à la classe restreinte dominante.

Seulement 7% des sociétés recensées ont connu une monogamie imposée socialement. Les sociétés modernes se montrent plutôt monogames, en théorie, et en pratique depuis moins d’un siècle monogame à répétition.
Les sociétés primitives monogames sont plutôt celles dont les richesses se situent au minimum vital. L’homme n’y a pas de moyens matériels d’entretenir deux familles. L’égalité économique entre les hommes, surtout mais pas seulement s’ils approchent du minimum vital, tend à court-circuiter la polygynie.
La notion de dot se rencontre presque exclusivement dans les sociétés où la monogamie est imposée socialement. La dot est le fruit d’un déséquilibre du marché du mariage monogame. L’homme riche, devant se limiter à une seule femme, est une valeur marchande qu’on achète avec la dot.

Schématiquement, la polygynie permet aux femmes de partager un homme d’une catégorie supérieure à la leur, au lieu d’avoir un homme de leur catégorie. La polygynie redistribue bien plus équitablement les biens des hommes entre les femmes, et la monogamie permet aux hommes de plus faibles revenus d’obtenir des femmes qui auraient préféré un demi-mari plus riche s’il avait été disponible. Ainsi la majorité des hommes s’en sortent mieux dans un système monogame, et la majorité des femmes moins bien.

Le choix de la monogamie a dû se faire entre hommes, qui historiquement contrôlent la politique, grâce à la voix du peuple. Il n’est pas seulement inégalitaire, mais aussi dangereux de laisser beaucoup d’hommes frustrés, sans femmes ni enfants. Le choix de la monogamie représente donc le choix de l’égalité entre hommes par rapport à l’égalité entre femmes, l’inégalité entre les hommes étant plus destructrice sur le plan social que celle entre femmes.
Dans les sociétés préindustrielles, l’excès de polygynie va souvent de pair avec l’excès de hiérarchie politique.

La société moderne

De nos jours, la stratégie de la madone repoussant le sexe jusqu’au mariage ne fonctionne plus. L’abstinence n’a que très peu de chance d’être couronnée de succès. La stratégie consisterait plutôt à prendre un peu de distance, mais pas trop longtemps, à trouver un juste milieu entre chasteté et luxure.

Bien que le revenus individuel des femmes a considérablement augmenté grâce à leur travail, leur instinct fait qu’elles continuent à accorder plus d’importance que les hommes aux avantages matériels d’une union.

Contrairement aux apparences, les sociétés modernes ne sont plus des états monogames, mais des états de monogamie à répétition, qui s’apparente beaucoup à la polygynie. La monogamie à répétition tend à laisser de plus en plus d’hommes jamais mariés. La forte inégalité sociale et matérielle augmente la concurrence entre les hommes. La comparaison avec les sociétés primitives monogames permet de penser qu’une des façons les plus sûres de consolider le mariage monogame serait de distribuer plus équitablement les richesses.

La volonté de symétrie entre les sexes a eu beaucoup de répercutions négatives, tant sur le plan moral que légal, car au final la réalité de la vie continuait à entraîner des différences (carrière, implications quand aux enfants, salaires, envies biologiques, …).
D’une certaine façon, à chaque fois qu’on a tenté (de façon parfaitement louable) de cesser d’exploiter les femmes d’une façon, on a aidé à les exploiter de l’autre.

Le contexte social

Sélection parentale

La sélection parentale, c’est un gène qui pousse son porteur à un comportement favorisant la survie ou la reproduction d’autres porteurs de gènes susceptibles de contenir une copie de lui-même.

A l’échelle de l’évolution, la question n’est pas de savoir ce que deviennent les individus, mais ce que deviennent leurs gènes. Se sacrifier pour aider ou pour sauver des individus porteurs de nombreux gènes communs avec soi-même est un acte plein de sens pour la sélection naturelle.
Ainsi la sélection peut être appliquée à la famille, et pas seulement à l’individu. Les frères et sœurs ont 50% de gènes en communs, 25% avec les demis frères et sœurs. L’amour fraternel est le moyen au travers duquel la sélection parentale s’exprime.
Il s’agit donc d’évaluer les risques du sacrifice en terme de gènes sauvés. Un héroïsme aveugle pourrait fort bien se développer dans des petites communautés où le degré de parenté moyen est fort.

L’incroyable abnégation de certaines espèces s’explique par la sélection parentale.
Ainsi les fourmis partagent 75% de leurs gènes avec leurs sœurs. Cela permet d’expliquer que certaines d’entre elles soient stériles et passent leur vie à servir les autres, ou que d’autres sacrifient leur vie pour la communauté.
Certaines moisissures cellulaires ont 100% de gènes communs. Du point de vue de la sélection, il n’existe donc pas de différence entre le sort d’une cellule et celui de sa voisine. Ici, l’altruisme doit être total.
De la même façon, notre corps est composé d’une multitude de cellules différentes, spécialisées, travaillant en coopération, et qui partagent toutes les mèmes gènes.

Éducation et reconnaissance de la famille

L’identification des membres de la famille est importante pour la sélection parentale. Mais comment reconnaître ses frères et sœurs ?
Les parents peuvent enseigner à leurs enfants qui fait partie de leur famille. De façon plus générale, les parents ont tout intérêt à éduquer les enfants afin d’assurer leur survie future, car ils sont porteurs de leurs gènes.

Entre frères et sœurs, qui ne partagent que 50% de gènes, l’intérêt génétique à aider n’est pas illimité. La lutte pour l’accaparement des ressources (nutritives entre autres) entre frères et sœurs peut se révéler assez importante. Les enfants aiment se mettre en valeur aux yeux des parents pour « mériter » plus, faire du cinéma.

L’intérêt génétique des parents est légèrement divergeant que celui des enfants, car les personnes ayant le plus de gènes communs ne sont pas les mêmes pour les premiers et pour les seconds.
Exemple direct : pour les parents, les enfants ont une importance génétique équivalente, alors qu’un enfant s’accordera plus d’importance qu’à son frère. De même, il est dans l’intérêt génétique des parents d’inciter les enfants à l’amour pour les oncles et tantes des enfants (qui partagent 50% de gènes avec les parents, mais seulement 25% avec les enfants eux-mêmes…).

Des études montrent que l’attachement des parents pour leurs enfants croit jusqu’à l’age du plein potentiel reproductif dans une société primitive (début de l’adolescence), pour ensuite diminuer progressivement, proportionnellement à la diminution de ce potentiel. La courbe du chagrin est en parfaite corrélation avec celle du potentiel reproductif des disparus au sein d’une société primitive.

Le frère préféré

Bien que du point de vue des parents les enfants soient génétiquement équivalents, il n’en est pas vraiment de même en terme de reproduction.
Les parents ont tendance à privilégier les enfants ayant le plus de chance de se reproduire plus tard. Or, ces chances dépendent énormément du contexte (social entre autres). Ce comportement existe aussi chez les animaux. Chez certaines espèces, le contexte influe même que les proportions de naissances mâles et femelles.

Un fils sans grande beauté sera beaucoup plus intéressant dans une famille riche. Dans de nombreuses sociétés (USA inclus), les classes possédantes attribuent plus d’avantages (de façon plus ou moins subtile) aux enfants mâles. Inversement une fille jolie aura moins de difficulté qu’un garçon dans une famille pauvre.

Altruisme réciproque

La sélection par le groupe est la théorie expliquant que des attributs individuels améliorant les chances de survie de la tribu par rapport aux autres sont profitables à l’individu.
Mais la sélection par le groupe explique très mal l’émergence de caractères altruistes et moraux individuels au sein d’un groupe, qui sont immédiatement défavorisés face à des caractère égoïstes par rapport à un éventuel gain futur face à une tribu adverse.

Chez les animaux pour lesquels la vie sociale est avantageuse en terme de survie, la sociabilité devient un facteur de survie et donc de reproduction. Les êtres humains sont donc extrêmement sensibles à l’opinion de leurs contemporains.

L’altruisme réciproque est un mécanisme de coopération entre 2 individus n’ayant aucun lien génétique, et ce sans garanti de rendu.
L’altruisme réciproque explique par un intérêt individuel l’émergence des caractères moraux.

Grâce à la coopération ou la réciprocité, les deux participants peuvent être gagnants, suivant le principe de la somme non zéro. Un don qui coûte peu au donneur peut être précieux pour un receveur dans le besoin, et réciproquement au moment du remboursement. Plus la situation du bénéficiaire est désespérée, plus la reconnaissance de dette sera importante. Une coopération avec bénéfices partagés permet d’obtenir plus que d’agir seul sans chances de réussite. La répartition et la spécialisation du travail sont très souvent sources de sommes non zéro.
Dans l’environnement ancestral, la monnaie d’échange la plus répandue était certainement l’information. L’information se partage sans vraiment s’épuiser, ce qui la rend parfaite pour des échanges à somme non zéro. Les genres de commérages dont on soif les individus de toutes cultures coïncident à la perfection avec les informations nécessaires à l’adaptation.

Le dilemme du prisonnier avec souvenir des actions précédentes est assez comparable au problème de coopération sans garantie de retour. Les théoriciens des jeux ont fait une simulation génétique du dilemme, qui montra que la stratégie TIT FOR TAT était optimale. Cette stratégie coopère dès la première rencontre avec n’importe quelle autre stratégie, après quoi elle répète ce que l’autre stratégie a fait lors du coup passé. C’est un prêté pour un rendu, on rend les bons coups comme les mauvais. On retrouve de façon schématique la stratégie humaine classique.
Le voisin idéal d’un TIT FOR TAT est un autre TIT FOR TAT : plus il existe de TIT FOR TAT, plus il est gagnant. Cette stratégie est la meilleure une fois qu’elle s’installe, elle est même très contagieuse, mais un unique individu TIT FOR TAT au milieu d’autres stratégies a peu de chance de survivre.
Comment la stratégie TIT FOR TAT a-t-elle émergée ? Elle se serait répandue à partir de l’altruisme de la sélection parentale étendue à une grande famille. La sélection parentale a aussi préparé les sentiments nécessaires à la mise en place de l’altruisme réciproque.

Stratégie, sentiment et moralité

Quels sentiments la sélection naturelle a-t-elle insufflé aux organismes pour optimiser leurs aptitudes à l’altruisme réciproque, en suivant une stratégie un peu moins binaire mais équivalente au TIT FOR TAT ?
Gratitude et reconnaissance encouragent au remboursement, alors que colère et ressentiment aident à condamner les individus malhonnêtes.

La culpabilité peut servir à accélérer le paiement des dettes en souffrance. La culpabilité est toujours plus grande quand la faute est connue d’autres personnes. C’est une façon de rassurer le monde quant à notre aptitude à la réciprocité.
L’indignation ressentie quand on subit une trahison (non remboursement de dette) vise à limiter les manquements. Mais cette indignation a pu devenir feinte pour aider les tricheurs à prospérer, et alors la culpabilité peut servir à accélérer les confessions d’une tricherie sur le point d’être découverte. L’indignation a souvent plus de valeur quand elle se manifeste publiquement. Dans l’environnement ancestral, un outrage public touchait l’ensemble de la société, et avait ainsi de grandes conséquences sociales.

Pour une espèce dotée d’un langage, un moyen efficace et peu contraignant de récompenser les gentils et de punir les méchants, c’est de leur tailler une réputation en conséquence qui influera sur la façon dont les autres traiteront ces personnes.
On a donc tendance à rendre publics les péchés d’autrui, et tendance à occulter les nôtres.
La réputation est bien l’enjeu de l’animal moral.

En réalité, le véritable but de l’altruisme réciproque est de donner aux autres l’impression qu’on les a aidé. L’impression seule suffit à provoquer la réciprocité.
La progression morale des individus est variable, mais la norme moyenne semble être de vouloir être reconnu comme « gentil » et « bon », c'est-à-dire un altruiste réciproque fiable, une personne à laquelle on peut avoir intérêt à s’associer. Nous voulons tous être vu en train d’accomplir ce que chacun affirme être bien. Les mensonges de l’enfance sont en fait une période d’apprentissage à tromper judicieusement le monde.

Le bénéfice perçu en aidant quelqu’un, ou en le trompant, dépend de l’environnement social dans lequel nous nous trouvons. Nos stratégies d’altruisme réciproque sont très souples, en fonction des individus et des circonstances.
Le fait que nous ayons la capacité d’exploiter nos semblables, et qu’elle se révèle payante, semble indiquer qu’il a dû y avoir, au cours de l’évolution, des périodes où user de bonté envers les êtres bons n’était pas la meilleure stratégie génétique.

Altruisme réciproque et société moderne

Une société où l’environnement social est stable encourage l’honnêteté, l’intégrité et l’altruisme. On ne peut pas trop y courir le risque de ruiner sa réputation : il n’y a pas de moyen d’échapper à son passé.
Dans nos sociétés contemporaines où l’anonymat est de rigueur, on ne connaît plus ses voisins, on déménage souvent ou on change d’emploi : une réputation se reconstruit alors facilement au sein d’un nouveau milieu. Les sacrifices en tout genre sont moins susceptibles d’être payé de retour.

Une société fortement morale incite les gens à faire valoir leur bonté, leur courtoisie, elle pousse à une forte hypocrisie. Les individus ne sont pas différents que dans une société moins morale : ils agissent consciencieusement, poliment et avec prévenance dans la mesure où cela paye.

Hiérarchie sociale

Domination et soumission peuvent être deux stratégies génétiquement fondées, le succès de chacune dépendant de leur fréquence respectives. Il ne faut pas trop de dominants, et être soumis évite de se battre. Les deux populations doivent s’équilibrer et être stable, et avoir les mêmes chances de reproduction.
Cette théorie s’applique bien pour certaines espèces d’animaux, mais pas pour les hommes où un faible statut social entraîne de faibles succès en matière de reproduction.

La hiérarchie sociale se retrouve dans toutes les sociétés, sous une forme ou sous une autre, plus ou moins discrète mais toujours présente. Il n’y a pas de société véritablement égalitaire.
La tendance à la hiérarchie a été observée chez des groupes d’enfants d’à peine un an.
Une fois que les hiérarchies existent, le statut devient une ressource facilitant l’accès à la nourriture et la reproduction. Une excellente réputation peut apporter de fortes récompenses génétiques, et une mauvaise réputation peut se révéler génétiquement désastreuse. Une chute de statut « coûte » toujours très cher.

Les mâles attachent plus d’importance et d’énergie au statut social que les femelles. Les hiérarchies mâles sont plus instables que les hiérarchies femelles. Chez les mâles, le statut et la compétition sont fondamentaux pour accéder à la reproduction. Jusqu’à l’avènement de la contraception, le pouvoir du mâle se traduisait par une nombreuse progéniture.

Pour les femelles, la compétition est beaucoup moins violente et a moins de conséquences. Elles trouvent leur place au sein de la hiérarchie avec moins de conflits, et s’en inquiètent moins.

Les hommes détestent admettre la supériorité d’un autre être humain, même pour des choses insignifiantes, peut-être parce que l’évolution a vu les mâles trop rapides à se réconcilier ou trop soumis perdre leur statut social, et donc leur aptitude globale.
Les femmes, moins dépendante du statut, montrent moins de ténacité à avoir raison.

Dans les sociétés humaines, la recherche du statut passe rarement par la violence physique, elle est beaucoup plus subtile que ça. L’éventail des choses qui, dans différentes cultures, peuvent conférer du statut est littéralement ahurissant.
Les êtres humains sont conçus pour évaluer leur environnement social. Une fois qu’ils ont découvert ce qui impressionne leur entourage, ils s’y consacrent en évitant ce qui déplaît.
Ainsi les « valeurs culturelles » ne sont que des expédients pour atteindre au statut social. Approbation et réprobation sociales aident à suivre le bon chemin.

La sérotonine a un effet apaisant, elle rend les gens plus sociables, leur donne d’avantage d’assurance en société. La libération de ce neurotransmetteur accompagne souvent une prise de statut social. Des taux faibles en sérotonine peuvent accompagner un manque de confiance en soi, mais aussi de sévères dépressions.

Autopromotion et autodénigrement

Dans le domaine de la reproduction, hommes et femmes doivent mutuellement se leurrer, et au passage se leurrer eux-mêmes, sur la durée supposée de leur engagement ou de leur fidélité. Mais les domaines de l’altruisme réciproque et de la hiérarchie sociale sont aussi des terrains fertiles pour la tromperie. La soif d’approbation sociale se manifeste dès le plus jeune age.
Les hommes ont tendance à se montrer comme des êtres à la fois bienfaisants et efficace, incarnant ainsi les valeurs de l’altruisme réciproque et celui des hiérarchies de statuts.

L’autopromotion, plus ou moins discrète, et la dissimulation des échecs sont toujours de mise dans la société. Les gens ont, en ce qui concerne leurs concurrents, un détecteur de défauts extrêmement sensible.

Même si l’autodénigrement n’est pas la meilleure stratégie comportementale imaginable, avoir une faible estime de soi et la partager avec d’autres peut avoir un intérêt génétique.
Tout se passe comme si nous dilations la présence de notre moi en cas de succès et comme si nous la rétrécissions en cas d’échec, tout en restant largement inconscients de ce processus.

Se déprécier ne coûte rien lorsque tout le monde sait votre valeur, et peut même rapporter quelque bénéfice : une réputation d’humilité augmente la crédibilité d’une discrète forfanterie.
L’autodénigrement peut éviter d’être défié, d’être vu comme une menace. La dépréciation peut éviter à des individus n’ayant pas moyens de remporter des défis de vouloir les tenter. Ils se résignent à leur faible statut.
La morosité consécutive à un échec permet de dégonfler une estime de soi qui serait devenu trop importante. Elle est un renforcement négatif, incitant à ne pas répéter les erreurs qui l’ont provoquée. Enfin elle permet un changement de cap qui peut être salvateur.

Responsabilité propre et stratégies

Les hommes ont donc tendance à la thésaurisation des louanges et au partage des blâmes. On minimise les contributions des autres en cas de succès, on maximise leur responsabilité en cas d’échec.

L’exagération de nos qualités morales n’implique pas que nous nous trompions nous-mêmes, mais la chose est possible. Nous cherchons toujours à trouver des fautes aux personnes que nous traitons mal, à trouver des excuses pour minimiser nos comportements indélicats.
Dans les jeux de hasard, nous sommes enclins à attribuer nos pertes à la malchance et nos victoires à notre intelligence. Nous ne nous contentons pas de le dire, nous le croyons. Nous avons aussi une propension à inverser les choses dès lors qu’il s’agit des autres. Le hasard est ce qui nous fait perdre et ce qui fait gagner les autres ; pour le talent, c’est l’inverse.

Le langage et la partie « haute » de notre conscience sont des sortes d’attaché de presse qui essayent de justifier tout acte provoqué par les parties plus profondes de la conscience. Le cerveau est une machine à convaincre les autres, et soi-même au passage. La conscience trouve une grande variété d’innocents déguisements à la froide et égoïste logique des gènes.
Les individus émettent volontiers des opinions fausses, voir même ostensiblement fausses, quand d’autres individus dont ils sont en présence émettent également ces opinions. La mémoire varie en fonction de l’auditoire, se rappelant plutôt les éléments qui emporteront la sympathie du public.
Une grande partie de l’activité mentale d’un individu consiste vraisemblablement à imaginer une communication adressée afin de remporter la sympathie d’auditoires, fictifs ou réels, et cela peut avoir un effet considérable sur ce dont l’individu se souvient et sur ce qu’il croit, quel que soit le moment.
Le langage a évolué en tant que moyen de manipuler l’autre à notre avantage (popularité, statut, …). La connaissance, source du langage, se trouve déformée en conséquence.

Au centre de l’altruisme réciproque se trouve le contrôle des échanges, mais du point de vu des gènes, contrôler les deux parties de cette comptabilité avec une égale diligence serait stupide. Ainsi on se souvient mieux de ce que l’on nous doit que de ce que nous devons.
Ce biais introduit un léger avantage pour chaque individu. Les bénéfices d’une somme non zéro sont si vastes et difficilement quantifiables précisément que des échanges légèrement inégaux peuvent néanmoins être profitables aux deux contractants et passer pour honnêtes. Il n’y a pas véritablement de « tricherie » ici.
Ce biais n’a même pas besoin d’être systématiquement inconscient.

La « tricherie » est une réponse adaptive, qui se déclenche lorsque l’on est tombé si bas qu’il semble impossible d’obtenir les ressources désirées par des voies légitimes.

Amitié

L’amitié consiste principalement à changer une mauvaise foi individuelle en une mauvaise foi collective. L’amour de soi se transforme en une société à admiration mutuelle. L’un des liens les plus solides qui puisse unir deux amis (qui fait naître l’amitié et l’alimente), c’est l’ennemi commun, donc l’amitié est aussi, et surtout, une société à détestation mutuelle.

Vivre dans une société où se pratique l’altruisme réciproque signifie avoir des amis, et les amis s’entraident en période de conflits sociaux.
Les relations haut placées bénéficient d’une plus grande tolérance et d’un plus grand pardon.

Les amitiés devaient à l’origine cimenter des fructueuses alliances politiques, ce n’est que plus tard qu’elles ont évolués pour s’attacher à des affaires sans vraiment d’importance génétique (passions, films, sports, …). Mais même dans ces cas modernes, un intérêt politique se cache sous cette façade innocente.

Bibliographie

Robert Wright : « L’animal moral – psychologie évolutionniste et vie quotidienne ».