Egypte

Histoire et civilisation

Vers 3000, au début de la première dynastie, des contacts avec la civilisations sumérienne influencent les cultures néolithiques de l’Egypte : emprunt de l’écriture, des briques, technique de construction de bateaux.
Mais la civilisation égyptienne élabora un style caractéristique :

  • L’Egypte est isolée, elle n’a pas connu les invasions jusqu’en 1674 avec les Hyksos.

  • Le Nil permet une administration centralisée. Pas de cité-état, l’Egypte reste rurale dans l’ensemble.

  • La divinisation du Pharaon est une différence fondamentale avec Sumer.


Selon la tradition, l’unification du pays et sa fondation de l’état ont été faite par Ménès à Memphis.

Vers 2200, fin de la VI dynastie et effondrement de l’état, première période intermédiaire. Les plus importantes créations sociopolitiques et culturelles sont faites avant la VI ième dynastie. Après cette période, tout changement était vu comme une régression.

Vers 2050, fin de la première période intermédiaire et début du Moyen Empire, avec l’avènement de la XII dynastie et la restauration du pouvoir central. Grâce à la XII dynastie et ses excellent souverains, on assiste à l’expansion économique et politique de l’Egypte.
Avec l’extinction de cette dynastie vient la seconde période intermédiaire, jusqu’à l’invasion des Hyksos en -1674. Ils s’installent et importent leurs dieux : Baal est assimilé à Seth.

Vers 1600, une guerre de libération est menée contre les envahisseurs, c’est l’avènement de la XVIII dynastie et du Nouvel Empire. Le sentiment d’insécurité engendré par l’occupation fut lent à disparaître.
La reine Hatshepsout privilégie l’expansion militaire et commerciale aux guerres. Juste après elle, Touthmôsis III procéda à une série de conquêtes. C’est la fin de l’isolationnisme égyptien, et le début du déclin de sa culture. La société devient plus cosmopolite.
Le clergé d’Amon-Ré devient de plus en plus important et puissant.
Amenhotep IV (Akhenaton) veut se délivrer du l’emprise du temple d’Amon-Ré : c’est la « Révolution d’Amarna » (1375-1350). Le pharaon promeut Aton comme divinité suprême. Il change de capitale. Le langage populaire est introduit dans les inscriptions royales et les décrets. Le Pharaon prône le naturalisme.

Son successeur, Toutankhamon, renoue avec les prêtres d’Amon. C’est l’extinction de la XVIII dynastie, et la fin de la créativité du génie égyptien.

Mythologie

Pour expliquer la diversité et le foisonnement confus des mythes, une vieille école en appelle à la juxtaposition passive ou à la combinaison mécanique de différentes mythologies locale. Une plus jeune école y voit une faculté à saisir l’apparence et le dynamisme d’un même phénomène par le biais de plusieurs analogies. Il n’y a cependant pas d’incompatibilité entre la théorie syncrétiste et la théorie de la diversité des approches.

Commencée dès -2700 et achevée vers -1800, la solarisation générale des théologies consacra une doctrine de l’éternel recommencement. La genèse est la « Première Fois », et chaque jour est une autre fois après une plongée dans le monde obscur.
La lune, qui s’amoindrit et se reconstitue périodiquement, est la personnification d’une fécondité universelle.

La magie est une arme créée par les dieux pour la défense de l’homme.

Cosmogonie

Il existe un grand nombre de mythe, en fonction des lieux et des dieux majeurs locaux. Les changements dynastiques et d’influence cultuelle ont aussi introduit des variantes.

Le schéma standard est le suivant : émergence d’un tertre (la terre, mais aussi la lumière, la vie, la conscience) dans les Eaux Primordiales.
La théologie la plus systématique a été élaborée à Memphis.
Ptah crée par son esprit (son cœur) et son verbe (sa langue) les dieux. Il est le plus ancien. C’est une doctrine qui se rapproche de la théologie chrétienne du Logos.

Les hommes sont nés des larmes du dieu solaire. Ils vivent dans le centre du monde, l’Egypte.
Ils complotent contre les dieux, et Ré décide de les anéantir, puis se ravise.

Les cycles et la périodicité des cycles cosmiques constituent la perfection des premiers temps.

Le Pharaon

Le créateur fut le premier roi, puis il transmet cette fonction à son fils et successeur le premier Pharaon. Le Pharaon est l’incarnation de la Maât. Il est un modèle pour tous ses sujets. Il veille à ce que le monde ne retourne pas au chaos.
L’homme pharaon est oublié pour la fonction qu’il exerce. Ses actions et traits sont souvent idéalisés.

A chaque nouvel an, la cosmogonie est répétée.

La mort

La mort et l’au-delà ont préoccupé les égyptiens plus que tout autre peuple du Moyen-Orient. Oublier un mort, c’est le condamner à une deuxième mort.
Le séjour des morts est soit souterrain, soit céleste. Les âmes rejoignent les étoiles et partagent leur éternité. Le ciel est imaginé comme une Déesse Mère, la mort était une nouvelle naissance.
Les Textes des Pyramides concernent presque exclusivement le voyage post-mortem du Pharaon.
C’est pendant la première période intermédiaire que se démocratise l’existence post-mortem. Le « chant du harpiste » témoigne du désarroi et du pessimisme durant cette période intermédiaire. De cette période émerge aussi la notion religieuse de personne humaine.

Monothéisme

Pour les égyptien, la divinité est à la fois Un et Multiple. On trouve déjà vers -2500 - -2000 des mentions à un dieu non nommé, « Dieu », une entité divine supérieure, unique.

C’est pendant la XII dynastie qu’Amon accède au rang suprême en tant qu’Amon-Ré. Avec la XVIII dynastie son clergé a un pouvoir énorme.
Avec Akhenaton arrive Aton, représenté comme un soleil d’où irradient des rayons se terminant par des mains porteuses du symbole de vie (ankh). Aton était le dieu personnel du Pharaon et de sa court, et il se faisait adorer lui par le peuple. A sa mort Aton est immédiatement oublié et c’est le retour d’Amon.

Après Akhenaton, deux mouvements s’épanouirent.
Le premier insistait sur le caractère inconnaissable et invisible de celui qui fait briller le Disque.
Le second s’articula autour d’un amalgame, d’une identification des grands dieux entre eux par le biais des filiations et des hypostases, d’une confusion du dieu et de ses manifestations cosmiques. Le syncrétisme aboutit à un panthéisme conscient.

Mythe d’Osiris

Osiris est un roi légendaire d’Egypte, célèbre pour sa vigueur et sa justice. Seth, son frère, le tue, le démembre et cache les parties de son corps dans tout le pays. Isis, épouse d’Osiris et grande magicienne, retrouve ses membres et le reconstitue. Elle se fait féconder par Osiris mort et met au monde Horus.
Horus, devenu grand, fait reconnaître ses droits et attaque son oncle Seth. Seth lui arrache un œil puis est vaincu. Horus offre son œil à Osiris, ce qui lui rends la vie, le réanime. Les dieux condamnent Seth. Horus est proclamé Roi, successeur d’Osiris.

Seth, comme Apophis, représente une force irréductible qui ne peut être définitivement anéantie.
Osiris, le « roi assassiné », représente la fertilité végétale et toutes les formes de reproduction. Il est le modèle de tous ceux qui espèrent vaincre la mort.

Il est aussi le juge des morts, à partir de la XVIII ième dynastie (nouvel empire).
Il y a également un processus de solarisation de Osiris et d’osirisation de Ré, révélant la complémentarité de la vie et de la mort.

La pensée

Il n’y a pas en Egypte de spéculations philosophiques en tant que telles. Elles sont soit liées à la religion et révélées au travers des textes rituels, soit liées à l’éducation et la propagande.

L’enseignement égyptien procédait plus par la présentation d’exemples concrets que par l’exposition de théories générales. Cependant, parfois, une réelle réflexion philosophique transparaît.

Le postulat selon lequel le langage est et fait la réalité s’exprime souvent dans les conceptions égyptiennes : dire le nom, c’est créer pleinement la chose que l’on nomme. Une identité essentielle existe entre deux réalités désignées par des mots homophones.
La notion de verbe créateur existe dès -2500.
Ce rôle du Verbe est prolongé par l’invention des « paroles de Dieu », c'est-à-dire de l’écriture. L’écriture fixe les noms, c'est-à-dire la réalité même des choses.

La morale : la Maât

La Maât est la notion de justice et de la véracité. Maât est une harmonie du monde.
Elle concerne l’harmonie physique de l’univers, mais aussi l’harmonie morale et politique de la société.
Lorsque les dieux résidaient avec les hommes, la Maât régnaient sur la terre. Un transgression mit fin à son règne (nouveaux dieux contre l’ancien dieu, ou de la part des hommes), les dieux quittèrent la terre des hommes et le règne de Maât prit fin. C’est l’apparition du Mal, lié donc à une libre révolte contre les dispositions divines.

Pour fonder une morale, les sages classiques se contentent de la proposition implicite selon laquelle Maât est la volonté ordonnatrice de Dieu, auquel le pharaon est très fortement lié. Maât s’identifie donc clairement avec le régime établi.

Pour réactionnaire que demeura l’éthique égyptienne, elle n’empêchera pas certaines crises ou évolution idéologiques, directement liées aux remaniements brutaux et lents de la société égyptienne.

Lors de la première période intermédiaire apparaissent des raisonnements nihilistes, hédonistes. La notion d’un jugement des morts devient l’ultime espoir des justes opprimés. Un Dieu personnel se substitue au Divin multiforme, l’homme prend une vague conscience de son autonomie.