Grèce

La Grèce à l’époque préhellénique et hellénique

Cosmologie

Au commencement, il n’y avait que le Chaos, d’où surgirent Gaia et Eros.
Puis Gaia enfante Ouranos. Ils enfantent une seconde génération, les ouranides : les 6 Titans (le dernier, Kronos), les 6 Titanides (dont Rheia), les 3 Cyclopes et les trois Cent-bras. (Fécondité démesurée et parfois monstrueuse spécifique des époques primordiales).
Ouranos déteste ses enfants. Gaia donne une serpe à ses enfants pour qu’ils se vengent, Kronos s’en empare et châtre Ouranos. Du sang d’Ouranos coulant sur Gaia naît les Erinyes, les Géants, et les Nymphes des frênes. Des parties sexuelles tombées à la mer naît Aphrodite.
Kronos s’installe à la place de son père, épouse sa sœur Rheia, dont naissent Hestia, Déméter, Héra, Hadès et Poséidon. Kronos avalent ses enfants pour ne pas être destitué par eux. Le jour où Rheia accouche de Zeus, elle va le cacher.
Zeus grand, il force Kronos à dégorger ses enfants, qui lui offrent en signe de reconnaissance le tonnerre et la foudre. La guerre se poursuit contre Kronos et les titans. C’est grâce à l’aide des Cent-bras que les titans sont vaincus et enfermés dans les Tartares.
Zeus se battra aussi contre Typhon, monstre ophidien fils de Gaia et du Tartare.
Par partage par tirage au sort, l’océan revient à Poséidon, le monde souterrain à Hadès et le ciel à Zeus.
Son autorité assurée, Zeus délivre Kronos et le fait roi du pays fabuleux des Iles des Bienheureux en extrême Occident.

La mutilation du dieu cosmocrate par son fils, qui devient ainsi son successeur, est le thème dominant des théogonies hurrite, hittite et cananéenne.
Les divinités archaïques, préhelléniques, sont intégrées dans le système religieux olympien, comme par exemple Nyx (la Nuit), Styx, Hékaté, …
Les machinations de Gaia contre la suprématie de Zeus trahissent l’obstruction d’une divinité primordiale à l’égard de l’œuvre cosmogonique ou de l’instauration d’un ordre nouveau.

Anthropogonie

Les hommes sont nés de la terre, tout comme les premiers dieux furent engendrés par Gaia.
Il y eu 5 races d’hommes : la race d’or, d’argent, de bronze, celle des héros et la race de fer.
La race d’or, exclusivement masculine, vivait sous le règne de Kronos auprès des dieux. Cette époque paradisiaque prit fin avec la chute de Kronos.
Zeus anéanti les hommes d’argent à cause de leurs péchés et de leur manque de dévotion.
Il fit les hommes de bronze. Violent et belliqueux, ils finissent par s’entre tuer tous.
Puis il fit les Héros, qui devinrent illustres dans de nombreux mythes, avant d’être « déménagés » dans les Iles des Bienheureux.
La race actuelle est la race de fer.

Les dieux et les hommes décident de se séparer à l’amiable à Mékoné. Prométhée dupe Zeus au profit des hommes lors du premier sacrifice. Zeus, excédé, retire alors le feu aux hommes, mais Prométhée le leur rapportera.
Prométhée est alors puni et enchaîné au mont Caucase où un aigle, né de Typhon et d’Echidna lui dévorera éternellement le foie. Quand aux hommes, Zeus leur envoi la femme, cette « belle calamité », sous la forme de Pandore.
D’une certaine façon, les fourberies de Prométhée ont condamné les hommes au « mal ». Mais cette vision négative du rôle de Prométhée va beaucoup changer.

Ce premier sacrifice, d’un bœuf, implique l’abandon du régime alimentaire. La femme est considérée comme la source de tous les soucis et les malheurs.

Ce n’est pas le seul mythe, mais de manière générale les grecs s’intéressaient peu à ce problème. Ils étaient plus préoccupés par l’origine de telle ou telle famille.

L’homme et le destin

Les visions négatives des origines de l’homme et de sa vie sont très pessimistes. La vie est décidée par le Destin. La mort n’apporte rien, puisqu’elle conduit à une post-existence diminuée et humiliante dans les ténèbres souterraines de l’Hadès. Le bien accompli sur terre n’est pas récompensé, et le mal n’est pas puni (sauf offense aux dieux).
La conscience de cet état de fait engendra une sagesse qui était de profiter de ce que peut offrir le présent : vivre totalement et noblement dans le présent. Ce qui conduit à une revalorisation paradoxale de l’existence humaine.

Panthéon

Zeus

Dieu céleste indo-européen, chef incontesté des dieux et maître absolu de l’univers.
Mais à part le nom et la souveraineté, Zeus ne ressemble pas aux divinités indo-européennes : il n’est pas le créateur de l’univers, et n’appartient pas au groupe de divinités grecques primordiales (voir la cosmogonie).
Avant d’épouser Héra, il eut Perséphone avec Déméter, puis les jumeaux Apollon et Artémis avec Léto.
Il eut de nombreuses liaisons avec des déesses de type chtonien, reflétant une hiérogamie entre le ciel et la terre. En s’appropriant les déesses locales préhelléniques, Zeus les remplace, amorçant un processus de symbiose et d’unification.

Prométhée

Voir l’anthropogonie pour son rôle.
Tout d’abord son action a été vue de façon négative. Puis il sera considéré comme un dieu civilisateur. Il apprit aux hommes tous les métiers et toutes les sciences, il leur donna le feu.
Il sera délivré de son enchaînement par Héraklès.
Il semble que sa condamnation vienne plus de son origine de Titan plutôt que de sa « tromperie » envers Zeus.
Plus tard, son fils, Deucalion, sera le seul survivant du déluge provoqué par Zeus.

Poséidon

C’est un ancien grand dieu qui a perdu sa souveraineté universelle originelle. L’attribution du domaine marin lui assure en Grèce de ne pas perdre son actualité religieuse, mais son héritage est presque totalement dispersé ou réinterprété.
En effet, son peuple d’origine ne connaissait pas la mer. Il était en rapport avec le cheval, indiquant l’importance de cet animal pour cette population. Le cheval est lié au monde infernal, ce qui met en relief l’aspect « maître de la terre » du dieu.
Il a des enfants monstrueux, nouveau signe dans le sens d’une divinité primordiale de la terre et de la fertilité, mais masculine.

Héphaïstos

Héphaïstos est né d’Héra seule, il est monstrueux et infirme. Ces mutilations s’expliquent par les rituels initiatiques de type chamanique. Comme d’autres dieux-magiciens, il a payé sa science de forgeron et d’artisan par sa mutilation physique.
En particulier c’est lui qui façonnera Pandore dans la glaise et l’animera.
C’est un maître lieur. Ses ouvrages magiques lui permettent d’enchaîner les dieux. Cette faculté de lier est une expression d’une grande puissance magico-religieuse pour gouverner et commander le monde.
Plus qu’un dieu du feu, c’est un dieu des travaux impliquant la « maîtrise du feu », autrement dit d’une forme spécifique et plutôt rare de magie.

Apollon

La substitution de sa version helléniste à la version archaïque (d’origine asiatique) de cette divinité a inspiré des exploits mythiques violent pour Apollon.
Pourtant ses vertus hellénistes sont la sérénité, le respect pour la loi et l’ordre, la divine harmonie.
Il est lié au pays mystique nordique d’Hyperborée (pays paradisiaque comparable aux Iles des Bienheureux), où il séjourne les 3 mois d’hivers.
Ses disciples sont des oracles, en particulier situé à Delphes. Delphes et son omphalos étaient déjà attestés à une époque préhellénique. C’est là qu’œuvrait la Pythie.
On a remarqué le caractère chamanique entourant les adorateurs d’Apollon, connus pour leurs pouvoirs cathartiques et oraculaires. Ainsi les visions inspirées par Apollon incitent l’intelligence et la méditation. Elles mènent à la sagesse. Ce qui explique également l’importance de la musique dans le culte d’Apollon (la lyre), la musique jouant un rôle fondamental dans l’entrée en transe des chamans.
En Apollon, les contraires sont assumés et intégrés. L’élément démoniaque, impliqué dans une connaissance de l’occulte, est exorcisé.
La fameuse formule de Delphes est « connais-toi toi-même ! »

Hermès

C’est le moins olympien des dieux. Ses attributs préhelléniques sont son caducée (aspect ityphallique), et son goût pour se mêler aux hommes.
C’est un dieu, un rusé (compagnon des voleurs), et un maître artisan.
Il devait être à l’origine un dieu protecteur des pasteurs nomades, voir un maître des animaux. Il protège les troupeaux et les routes. Il « connaît le chemin », même jusqu’au pays des mort, faisant de lui un psychopompe.
Il est le messager des dieux. Son intelligence et son inventivité présagent de sa sagesse et du rôle qu’il aura plus tard de maître des sciences occultes. Il devient petit à petit un Héros civilisateur, un patron de la science et l’image exemplaire des gnoses occultes.
C’est un des rares dieux olympiens qui ne perdra pas ses qualités religieuses après la crise de la religion « classique » et ne disparaîtra pas lors du triomphe du christianisme. Assimilé à Thot et à Mercurius, il survivra en tant qu’Hermès Trimégistre à travers l’alchimie et l’hermétisme, jusqu’à XVIII ième siècle.
Hermès, identifié par les philosophes au Logos, sera comparé par les Pères au Christ.

Héra

Epouse de Zeus, mise en relief par Homère. Symbole et patronne de l'institution du mariage.
La parthénogenèse d'Héphaïstos souligne son caractère égéen et asianique. En effet, elle vient, à la base, de l'île d'Argos d'où son culte se répandit dans toute la Grèce. Elle y était une divinité de la fécondité universelle, comme l'indique son hieros gamos avec Zeus. Elle enfanta des monstres, également.
Les grecs ont beaucoup modifié son profil original.

Artémis

Son nom indique une origine orientale.
Son caractère archaïque est évident : c'est une maîtresse des fauves, qui devint une déesse mère. Depuis Homère, son profil grec se précise : elle gouverne la sacralité de la vie sauvage, qui connaît la fertilité et la maternité, mais pas l'amour et le mariage.
Elle est par excellence la déesse vierge, virginité qui vient de son indifférence à l'égard de l'amour. Elle éprouve de la haine pour Aphrodite. Elle a tendance à éviter les hommes.

Athéna

C'est la plus importante déesse grecque après Héra.
Zeus avait avalé Métis, déesse de l'intelligence, enceinte d'Athéna. Celle-ci sorti du crâne de Zeus. Elle reste très liée au « Père ».
Elle aurait été une Dame du Palais, protectrice des palais fortifiés des princes mycéniens. Elle garde ce côté martial dans son profil grec, mais est aussi associée aux divers métiers, aussi bien masculins que féminins. Sa caractéristique majeure est l'intelligence pratique. C'est une polytechnicienne. Elle est un exemple rare de la sacralité de l'invention technique.
« En toutes choses son cœur penche vers le mâle à l'exception du mariage ». Aphrodite n'a pas de pouvoir sur Athéna. Elle n'évite pas les hommes, comme Artémis, mais se lie d'amitié avec eux, et les respecte (Ulysse, Héraclès, …).

Aphrodite

Elle est certainement d'origine orientale. Elle présente des analogies avec Ishtar. Elle est aussi vue comme maîtresse des fauves dans certains hymnes.
Version archaïque de sa naissance : elle est issue de la semence écumeuse sortant des parties sexuelle d'Ouranos jetées à la mer.
Profil grec : justification religieuse de la sexualité et de ses abus. Elle jette le désir parmi les dieux, les hommes et les animaux. Ce n'est pas une déesse de la fertilité, ni de l'Amour, mais de l'union charnelle.
Sous l'apparence d'une divinité frivole se dissimule l'une des sources les plus profondes de l'expérience religieuse : la révélation de la sexualité en tant que transcendance et mystère.

Les Héros

Les héros grecs ont une modalité existentielle surhumaine mais pas divine, et agissent dans une époque primordiale, après l'apparition des hommes mais dans les « commencements ».
Ils ont une parenté divine, ou une naissance singulière.
Ils ont une forme de « créativité » : ils inventent nombre d'institutions humaines (les lois, la métallurgie, le chant, l'écriture, etc.). Ils fondent les cités, ou établissent des colonies.
Certains héros sont associés aux rites d'initiation des adolescents (Thésée, Achille). Ils sont également associés aux Mystères.
Leur mort est très souvent violente (guerre, combat singulier, traîtrise, …). Certains rejoignent l'Ile des Bienheureux. C'est leur mort qui confirme leur condition surhumaine. Bien que mortel, ils continuent d'agir après leur mort : leur dépouille et restes sont chargés de redoutables puissances. En Grèce il y avait un culte sur les tombeaux des héros, avec des sacrifices comme aux divinités grecques chtoniennes.
Ils cumulent souvent des attributs ambivalents : « bons » et « mauvais » à la fois, thériomorphes, androgyne, … Ces traits rappellent les « origines ».

Orphée, Pythagore et la nouvelle eschatologie

Les analogies entre les légendes d’Orphée et Pythagore sont évidentes, et leur renommée respective est comparable. Il y a également des analogies dans les doctrines et pratiques : immortalité et métempsycose, punition dans l’Hadès et retour final de l’âme au ciel, végétarisme, importance des purifications et ascétisme. Les deux mouvements religieux se sont développés parallèlement.
C’est l’orphisme et surtout Pythagore, ses disciples et son contemporain Empédocle qui ont popularisé et systématisé la doctrine de la transmigration et de la métempsycose.
Les récentes découvertes astronomiques, et l’enseignement de Pythagore, avaient changé la conception de la survivance de l’âme et des structures de l’au-delà. Comme on savait que la terre est une sphère, ni l’Hadès souterrain d’Homère, ni les « Iles des Bienheureux », ne pouvaient plus être localisés dans une mytho-géographie terrestre. Graduellement, l’au-delà sera (dé)localisé dans les régions des étoiles, et l’âme sera déclarée d’origine céleste.

Orphée

On trouve les premières traces d’Orphée dans la littérature dès le –VI siècle, et surtout au –V siècle. Il faut distinguer ce qui est purement orphique de ce qui y a été rapporté.
Après les guerres médiques, le prestige de l’orphisme a décliné. Son influence se fait sentir chez Platon, et dans les mystères de l’époque hellénistique. Le courant a survécu au niveau « populaire » (les « orphéotélestes »). L’orphisme connaîtra un regain aux premiers siècles de notre ère.
Quand à la figure d’Orphée elle-même, c’est une des rares figures mythologiques grecques que l’Europe, chrétienne, illuministe, romantique ou moderne, n’ait pas oublié.

Le personnage

Orphée est un personnage archaïque, dont la préhistoire nous échappe. Il n’appartient pas à la tradition homérique ni à l’héritage méditerranéen. Le prestige d’Orphée et les épisodes les plus importants de sa biographie rappellent les pratiques chamaniques : il est guérisseur et musicien ; il charme et maîtrise les animaux sauvages ; il descend aux Enfers ; sa tête coupée est conservée et sert d’oracle.

Sa catabase est solidaire des rites initiatiques : Orphée est réputé « fondateur d’initiations » et des Mystères (en particulier ceux d’Eleusis).
Orphée était connu comme le fidèle par excellence d’Apollon. Il serait même le fils du dieu et de la nymphe Calliope. Son instrument est la lyre apollinienne. Enfin, Orphée accordait une grande importance aux purifications, et la katharsis était une technique spécifiquement apollinienne.

Eschatologie, cosmogonie et anthropogonie

Au –VI siècle, la pensée religieuse était dominée par le problème de la relation entre l’individu et le divin. Les orphiques ont tiré la conclusion logique à la participation de l’homme au divin : l’immortalité de l’âme et sa la divinité. De façon appropriée en ces temps de crise des valeurs religieuses homériques, Orphée aurait ajouté la transmigration au message traditionnel des mystères au sujet de la destiné post-mortem des âmes.

Les grandes lignes de l’eschatologie orphique peuvent être reconstituées à partir de références de Platon, Empédocle et Pindare, ainsi que sur des lamelles d’or retrouvées dans des tombes d’Italie et de Crête. C’est une conception très éloignée de la tradition homérique.
En punition d’un crime primordial, l’âme est enfermée dans le corps (soma) comme dans un tombeau. La mort constitue le commencement de la vraie vie. Après la mort, l’âme se dirige vers l’Hadès selon un chemin précis. Le « cycle des lourdes peines » comporte plusieurs réincarnations. L’âme est jugée, envoyé temporairement dans un lieu de châtiment ou de béatitude, et retourne sur terre après 1000 ans. Les âmes destinées à la réincarnation sont obligées de boire à la source du Léthé pour oublier leurs expériences dans l’autre monde.
Un mortel ordinaire doit parcourir le cycle 10 fois avant de s’échapper. Les âmes des orphiques étaient censées ne plus se réincarner, elles devaient donc éviter l’eau du Léthé.

L’orphisme, avec ses descriptions, aurait été le premier à créer l’Enfer. Le paysage et l’itinéraire esquissés – la source et le cyprès, la route à droite – aussi bien que la « soif du mort » ont des parallèles dans de nombreuses mythologies et géographies funéraires.
Traditionnellement, pour les grecs, la mort est assimilée à l’oubli : les morts sont ceux qui ont perdu la mémoire. Mais là la fonction de l’oubli est inversée. L’oubli n’est plus celui de la vie terrestre pour le nouveau mort, mais celui de l’au-delà pour l’âme qui va renaître.

L’initiation orphique comporte une théogonie prolongée dans une cosmogonie, et une anthropogonie singulière qui fonde l’essentiel de l’eschatologie orphique.
Dans la cosmogonie orphique, il y a l’effort de faire d’un dieu cosmocrate le créateur du monde qu’il gouverne, ainsi que des spéculations concernant la production d’un univers multiple à partir de l’unité. D’autres textes introduisent un aspect moniste, voir « monothéiste ».
Le mythe de l’homme à partir des cendres des Titans n’est attesté que chez quelques auteurs tardifs (+I siècle), mais on trouve des allusions dans des sources anciennes. L’homme participe à la fois à la nature titanique et à la divinité, puisque les cendres des Titans contenaient également le corps de l’enfant-Dionysos. Par des purifications et des rites initiatiques, et en poursuivant la vie orphique, on arrivait à éliminer l’élément titanique et on assumait la condition divine, dionysiaque. Le dualisme corps/esprit est très proche du dualisme platonicien.

Les orphiques

Le citharède devint le symbole et le patron de tout un mouvement, à la fois « initiatique » et « populaire », connu sous le nom d’orphisme. Les orphiques ne se sont pas constitués en « Eglise » mais plutôt en plusieurs « écoles » représentant des traditions parallèles.

La première caractéristique est l’importance accordée aux textes écrits (nombreux), la seconde la variété considérable des soi-disant « orphiques », qui ne fait qu’illustrer le génie du message original.
La vie orphique comportait des éléments classiques : végétarisme, ascétisme, purification et instruction religieuse. Le salut s’obtenait surtout par une initiation.
En refusant la nourriture carnée, les orphiques (et les pythagoriciens) s’abstenaient des sacrifices sanglants, obligatoires dans le culte officiel. C’était un rejet du système religieux grec, fondé par le premier sacrifice instauré par Prométhée. Cela marquait aussi une volonté de « renoncer au monde ».

Pythagore

Pythagore, personnage historique et pourtant « homme divin » par excellence, se caractérise par une grandiose synthèse d’éléments archaïques (dont chamaniques) et par une revalorisation des techniques ascétiques et contemplatives. Les légendes parlent de ses rapports avec les dieux et les esprits, de sa maîtrise des animaux, son don d’ubiquité, … De plus, comme Orphée, Pythagore a subit une catabase.

A la différence de l’orphisme, le mouvement pythagoricien était, sous la direction de son fondateur, une société fermée de type ésotérique, et proposait un système d’éducation complet (science, éthique, métaphysiques, religion, « techniques du corps »).
De plus les pythagoriciens n’ont pas dédaigné la politique active.

Platon

L’importance de Platon dans l’histoire des idées religieuse est considérable, bien que sa première vocation ne fût pas religieuse mais politique.
Platon aspirait à construire la cité idéale, organisée selon les lois de la justice et de l’harmonie, cité dans laquelle chaque habitant devait remplir une fonction précise et spécifique. Or les cités grecques étaient rongées par des crises politiques. Socrate avait identifié la source du problème dans le relativisme des sophistes et le scepticisme généralisé. En niant l’existence d’un principe absolu et immuable, les sophistes contestaient implicitement la possibilité de la connaissance objective. Socrate s’est alors concentré sur la maïeutique, méthode aboutissant à la connaissance de soi-même et à la discipline des facultés de l’âme. L’investigation du monde naturel ne l’intéressait pas. Platon compléta l’enseignement de son maître, et pour fonder scientifiquement la validité de la connaissance, il étudia les mathématiques. Il fût fasciné par la conception pythagoricienne de l’unité universelle. En élaborant la théorie des idées, archétypes extra-terrestres et immuables des réalités terrestres, Platon répondait aux sophistes et sceptiques : la connaissance objective est donc possible, puisqu’elle s’appuie sur des modèles préexistants et éternels.

Un fois cet Univers des modèles éternels dûment postulé, quand et comment les hommes en arrivent-ils à connaître les Idées ?
Homère disait l’âme « semblable à de la fumée », Socrate avait insisté sur sa valeur inestimable, car elle seule était source de connaissance. Platon va plus loin : le corps est le tombeau de l’âme, et celle-ci, et non la vie, était la chose la plus précieuse car elle appartenait au monde idéal et éternel. Il reprend donc, en l’adaptant à son système, la doctrine « orphico-pythagoricienne » de la transmigration et de la remémoration. Pour Platon, connaître revient, en fin de compte, à se remémorer. Entre deux existences terrestres, l’âme contemple les Idées et avant de se réincarnant, elle s’abreuve à la source Léthé. Pourtant, cette connaissance est latente dans l’homme incarné et, grâce au travail philosophique, elle est susceptible d’être actualisée.

Cette nouvelle et cohérente « mythologie de l’âme » de Platon achève l’érosion des mythes et dieux homériques. Pourtant Platon utilise aussi parfois des mythes.
Dans le Banquet, Platon présente un mythe de l’homme primitif bisexué à forme sphérique. L’androgynie du Premier Homme est attestée dans plusieurs traditions anciennes (par exemple chez les indo-européens) : l’androgynie est une unité sans fissure. Platon y ajoute la notion de sphère, qui le rattache aux corps célestes d’où cet être primordial est descendu.
La destinée de l’âme sera solidarisée avec les mouvements des cieux, le premier Principe du Cosmos est déclaré identique avec le premier Principe de l’âme. Platon utilise des images mythologiques traditionnelles que l’on retrouve ailleurs : l’âme est comparée à un cocher conduisant son char (Inde), et l’image des « ailes de l’âme » au moment de l’initiation (chez les taoïstes, en Australie).

Alexandre le Grand et la culture hellénistique

Aristote fût son précepteur.
Il s’éteignit le 13 juin –323 à Babylone, après plus de 12 ans de règne et de conquêtes. Même s’il ne réussit par à conquérir complètement l’Inde, l’Asie était maintenant ouverte aux influences méditerranéennes. Après sa mort et 20 ans de guerre, ce qui restait de l’Empire fût divisé : l’Asie aux Séleucides, l’Egypte aux Lagides (Ptolémées) et la Macédoine aux Antigonides. Rapidement l’Empire romain prit la main sur l’ensemble du monde méditerranéen. Mais la culture grecque s’étendit bien au-delà des frontières de l’Empire d’Alexandre. La valeur et l’importance de l’instruction et de la sagesse étaient exaltées.

Alexandre ne s’est jamais proclamé fils de Zeus, il acceptait cependant ce titre de la part des autres.

Il voulut la fusion entre les grecs et les perses : il se maria à des princesses achéménides et maria également nombre de ses soldats selon le rite perse. De façon plus générale, il souhaitait que tous les peuples de son Empire deviennent partenaires dans l’administration de la communauté. Il opérait un « syncrétisme culturel ».
Après le passage d’Alexandre, la notion de l’oikumené et les tendances cosmopolites et universalistes s’imposent progressivement. La découverte de l’unité fondamentale du genre humain était inévitable. La philosophie à la mode était en premier lieu le stoïcisme (fondée par Zénon de Cittium, un sémite de Chypre), mais aussi les doctrines d’Epicure et des Cyniques.

Epicure visait le bien-être de l’individu. Les dieux existaient, mais le monde était une mécanique sans auteur ni dessein. L’homme était libre de choisir le mode d’existence qui lui convenait le mieux.

Les stoïciens ont popularisé l’idée que tous les hommes sont des cosmopolitai : citoyens de la même cité, le Cosmos, quelque soit leur origine sociale et leur situation géographique. Selon Zénon, le monde s’était développé à partir de l’épiphanie primordiale du Dieu, qui donna naissance à la « raison séminale » (logos spermatikos), càd la Loi Universelle. De même, l’intelligence humaine provient d’une étincelle divine. Le Sage découvre qu’il possède en lui le même Logos que celui qui anime l’univers.
Même si le monde et l’existence humaine se déploient selon un plan déterministe, la liberté, acquise en se délivrant des émotions et en renonçant à tout, équivaut à la découverte de l’invulnérabilité de l’âme.

Tout comme les nouvelles philosophies, les innovations propres aux religions hellénistiques visaient le salut de l’individu.
Les mystères se développent autour de divinités réputées pour avoir connu et vaincu la mort. Elles étaient plus proches de l’homme, s’intéressaient à son progrès spirituel et assuraient son salut. On y retrouve Dionysos, Isis, Osiris, Cybèle, Attis, Mithra, dans un syncrétisme gréco-oriental.
L’Orient, et l’Inde en particulier, est exalté comme la patrie des premiers et des plus considérables « sages ».

 

L'époque hellénistique : la promesse du salut

L'époque hellénistique correspond au III - I siècles.

La promesse du salut (et en premier lieu le salut individuel) constitue la nouveauté et la principale caractéristique des religions hellénistiques. Elle essaye d'exorciser la fatalité du Destin. En effet, l'existence des individus, aussi bien que la durée des cités et des états, sont non seulement solidaires mais déterminées par les étoiles. De nombreux textes mystériosophiques et hermétistes assurent que les initiés ne sont plus prisonniers du Destin.

Le syncrétisme religieux est la note dominante de l'époque. Tous les cultes initiatiques proclament une antiquité immémoriale, même si leur agencement ne date parfois de pas plus qu’un siècle. Ils réactualisent cependant des éléments religieux archaïques.

Voir l’article sur les Mystères pour plus de détails.

La révélation d’Hermès Trismégiste

Hermétisme populaire hermétisme et savant

Sous le nom d’hermétisme, on inclut la totalité des croyances, idées et pratiques transmises dans la littérature hermétique. Il s’agit d’un ensemble de textes rédigés entre le –III et le +III siècles. Il y a l’hermétisme populaire (astrologie, magies, sciences occultes, alchimie, plus ancien, vers le -III), et la littérature hermétique savante (en premier lieu les 17 traités du Corpus Hermeticum, plutôt vers +II).

Le caractère « opératoire » de l’hermétisme populaire lui assura son succès dans cette époque terrorisée par la toute-puissance du Destin : il révélait les « secrets de la Nature ». La connaissance et la maîtrise de la nature étaient rendues possibles par la divinité, et donc s’obtenait par la prière et le culte ou, à un niveau inférieur, par la contrainte magique. L’hermétisme populaire a eu de grandes influences depuis le bas Moyen Age jusqu’à la fin du XVIII siècle.

La littérature hermétique savante reflète un syncrétisme judéo-égyptien, que l’on retrouve par exemple dans les personnages ou les lieux, ainsi que l’influence du platonisme. Toth (patron des sciences, inventeur des hiéroglyphes, magicien, qui a créé le monde par la parole) était identifié à Hermès. Les textes sont considérés comme révélés par Hermès Trismégiste.
Ces textes contiennent deux doctrines irréconciliables.
La première, optimiste, présente le Cosmos comme beau et bon, car pénétré par Dieu. Dieu est Un et Tout, et en Le contemplant on parvient à la divinité. L’homme occupe la troisième place de la triade, après Dieu et le Cosmos.
Pour la seconde doctrine, pessimiste, le monde est fondamentalement mauvais et Dieu se situe infiniment au-dessus de la matière. Ce dualisme dévalorise le monde et le corps, et souligne l’identité entre le divin et l’élément spirituel de l’homme. L’esprit humain se caractérise par la vie et par la lumière. Le monde est Mal, il faut donc s’en détacher. A l’aide de la connaissance l’homme peut « devenir dieu ».

L’hermétisme s’est transmis à travers les littératures syriaque et arabe. Sa renaissance en Europe occidentale vint avec la traduction latine du Corpus Hermeticum en 1463.

Aspects initiatiques de l’hermétisme

Les grands traités de l’hermétisme savant présupposent l’existence de groupes fermés, comportant une initiation comparable à celle des alchimistes et des tantrikas. Les disciples se rassemblent dans un sanctuaire, ils respectent la règle du silence et gardent le secret sur les révélations, et les rapports entre l’instructeur et ses disciples ont une résonance religieuse.
A la différence des associations fermées de type mystères, l’hermétisme implique uniquement un certain nombre de textes révélés, transmis et interprétés par un maître à quelques disciples soigneusement préparés (c'est-à-dire rendus « purs » par l’ascèse, la méditation et certaines pratiques cultuelles).

L’initiation, individuelle et purement spirituelle, est rendue possible par la lecture attentive et la méditation d’un texte ésotérique. C’est donc un nouveau modèle d’initiation qui s’est répandu après le triomphe du christianisme, en partie grâce à l’engouement pour les « livres saints ».
La « chaîne initiatique » n’est plus nécessaire à la perpétuation de la tradition, car il suffit que le texte soit redécouvert par quelqu’un de compétent pour que son message revive.

L’alchimie hellénistique

L’Orient hellénistique avait hérité toutes ses techniques métallurgiques de la Mésopotamie et de l’Egypte. Initialement simplement composée de recettes techniques d’alliages, de teinture et d’imitation de l’or, l’alchimie est devenue philosophique vers le –II siècle avec les Physika kai Mystika, puis suscita toute une littérature avec Zosime (+III) et ses commentateurs.

Les textes alchimiques grecs manquent d’intérêt pour les phénomènes physico-chimiques, c'est-à-dire l’aspect scientifique des choses. Les alchimistes grecs voient la substance comme vivante, avec une vie complexe et dramatique. On retrouve dans les textes le scénario des « souffrances », de la « mort » et de la « résurrection » de la Matière. C’est le drame mystique du dieu – sa passion, sa mort, sa résurrection – qui est projeté sur la Matière pour la transmuer. On retrouve dans les textes alchimiques les schémas fondamentaux de toutes les initiations archaïques (qui sont parfois d’une extrême cruauté, comme dans les initiations chamaniques). Les alchimistes ont projeté sur la Matière la fonction initiatique de la souffrance. L’or étant le symbole de l’immortalité, la transmutation alchimique équivaut à la perfection de la matière et, pour l’alchimiste, à l’achèvement de son « initiation ».

Les transmutations qui aboutissent à la Pierre Philosophale passent par 4 phases, dénommées en fonction des couleurs que prennent les ingrédients : mélansis (noir, symbolise la mort), leukosis (blanc), xanthosis (jaune) et iosis (rouge).
Avec des variations sans nombre, les 4 (ou 5) phases de l’œuvre se maintiennent à travers toute l’histoire de l’alchimie arabe ou occidentale.

Les alchimistes gréco-orientaux ont repris et revalorisé la vision archaïque des minerais et métaux regardés comme des organismes vivants. Elle acquière une dimension spirituelle : la Matière assume aussi le destin de l’Esprit, avec sa purification et son accession à « l’immortalité ».
Le passage de la vision archaïque des métaux vivants à celle de la transmutation est similaire à l’évolution des vieux cultes agraires en religions à Mystères.

Annexe

La maïeutique

L'ironie socratique est la phase négative du discours, celle où l'interlocuteur apprend qu'il ne sait rien. La maïeutique, c'est l'art d'accoucher les esprits.
Socrate assurait qu'il tenait ce don de sa mère. Cependant, alors que Phénarète accouchait les corps, lui accouchait les esprits. La sage-femme n'apporte pas l'enfant à sa mère. Elle l'aide simplement à le mettre au monde, facilite sa parturition.
Socrate lui non plus n'apportait pas la vérité à son interlocuteur. Comment aurait-il pu le faire, lui qui ne savait rien ? Mais il l'aidait à découvrir la vérité, à la trouver en lui-même par un effort constant et systématique de réflexion.
Dans le Théétète, il affirme : « Le reproche que m'ont fait bien des gens, de poser des questions aux autres et de ne rien produire moi-même sur aucun sujet faute de posséder aucun savoir, est un reproche bien fondé ».
Cette absence de savoir n'est pas un obstacle à l'exercice du don qui lui permet de faciliter l'accouchement des esprits. Tout en jouant le rôle de l'ignorant qui questionne et non celui du maître qui donne les réponses, Socrate posait à son interlocuteur des questions habiles qui lui faisaient progressivement découvrir la vérité.
La maïeutique est donc un questionnement par lequel Socrate fait accoucher son interlocuteur d'une vérité oubliée qu'il portait en lui et que la réflexion va mettre au jour.
La maïeutique est donc la méthode mise en œuvre par Socrate pour faciliter la parturition de la vérité. Elle est destinée à rendre conscient un savoir inconscient, alors que l'ironie cherche à rendre consciente une ignorance inconsciente. L'ironie s'adresse à des hommes qui croient savoir ce qu'ils ignorent et la maïeutique à des hommes qui ignorent ce qu'ils savent.

Mise à jour le Lundi, 31 Mai 2010 09:57