Les Celtes

Historique et société

Historique

Branche occidentale des peuples indo-européens, les celtes ont eu l’Europe centrale comme point de départ d’une expansion rapide.

Les proto-celtes sont probablement les auteurs de la culture des « Champs d’Urnes » de l’Europe Centrale, entre -1300 et -700. Ils migrent en France et en Grande-Bretagne à partir du –X - -IX siècle.
Vers –VI et –V, ils pénètrent en Italie et en Espagne.
Au -VII, c’est la culture dite de Hallstatt, sûrement influencée par la culture iranienne. Elle est caractérisée par une stratification sociale assez marquée, des rites funéraires différents, et l’aristocratie militaire.
Vers -500, c’est la deuxième période du Fer. La créativité artistique du génie celtique connaît son apogée.
L’impact des celtes dans l’histoire ancienne s’est faite sentir pendant au moins deux siècles, de leur conquête de l’Italie de -400 jusqu’à -279 : ils prennent Rome en -390 et pillent Delphes en -279. Après cela, leur puissance ne cessera de décliner, jusqu’à la défaite à Alésia en -52.

Eléments indo-européens

Au sein du panthéon on dégage l’existence des trois fonctions indo-européennes, sacerdotale, guerrière et productive, mais l’organisation de la société celtique accorde une prééminence absolue de la fonction sacerdotale sur la fonction guerrière dont les représentants, rois et guerriers, vivent dans la dépendance complète des druides.
La troisième classe ne comprend que des dieux artisans mineurs et, dans la société humaine, elle a complètement disparue.

Dominant tout, la classe des druides. Ils sont « Très Savants », prêtres, juristes, dépositaires de la Tradition.
Il y a une aristocratie militaire, seule propriétaire du sol, dont le nom flaith signifie « puissance ».
Les éleveurs, les hommes libres, se définissent seulement comme possesseurs de vaches.

Des éléments typiquement indo-européens sont : l’interdiction rituelle de l’écriture. Tout comme les brahmanes, les druides accordaient à la mémoire une importance considérable. Il existe d’autres parallélismes indo-celtiques : le jeûne comme moyen de renforcer une requête juridique, la valeur magico-religieuse de la vérité, la forme et la syntaxe des lois, …

On retrouve les objets symboliques des trois fonctions : le chaudron de Dagda, contenant une nourriture infinie et merveilleuse ; la lance de Lug, rendant son possesseur invincible, et l’épée de Nuada, au coup de laquelle nul ne survivait ; la pierre de Fal, révélant les rois.

Le panthéon

Les seuls documents qu’on ait trouvés sur la religion concernent les celtes insulaires. Ils ont tous été rédigés après la conversion au christianisme.
Des auteurs gréco-latins ont également écrit sur les celtes, principalement César dans son de bello Gallico. Ils ont interprété avec leur vision gréco-latine le panthéon et les structures celtiques : c’est l’interpretatio romana.

Les dieux

L’anthropomorphisme et le polythéisme des principes divins sont des déviations de la pensée religieuse gréco-romaine. Une telle vision naturiste, zoolâtre ou totémiste a très peu de chance d’avoir existé. La religion celtique est à tendance monothéiste.

La grande divinité, Lug, coiffe d’abord un diptyque Dagda-Ogme, l’alliance de l’autorité spirituelle et du juridique avec la force et la magie guérrière, autrement dit l’autorité spirituelle et le pouvoir temporel ; puis la triade Dagda-Ogme-Nuada, le druide, le guerrier et le roi ; le groupe des artisans suivant une hiérarchie intelligente et subtile ; et enfin une déesse primordiale.
On note l’absence totale d’une grande divinité de « troisième fonction », productrice et érotique.

Lug - Mercure

Le Mercure Gaulois est une divinité polytechnicienne capable d’assumer les taches des fonctions sacerdotale et guerrière, dieu lumineux par excellence, inventeur de tous les arts et le plus grand dieu du panthéon.
Il avait une statue de 35m de haut, en position accroupie, dans le Puy-de-Dôme.
Parmi ses surnoms divins, on retrouve Llew, Esus et Teutates.

Le Lug irlandais joue le premier rôle dans le cycle mythologique, tout particulièrement dans le Cath Maighe Tuireadh. Lug est, dans la bataille, à la fois druide (il lie magiquement l’ennemi) et champion (il tue Balor). Il est aussi, par l’étymologie de son nom « brillant », « lumineux », celui qui vainc les forces de l’obscurité.
Mais il est par-dessus tout le roi universel. Il domine la triade Lug-Dagda-Ogme, dans laquelle chacun des termes semblent n’être qu’un des aspects principaux de la divinité.

Dagda - Jupiter

Le Jupiter gaulois, Taranis, est le maître des éléments, en particulier de l’orage, mais d’une manière générale il est maître de toute la création.

Le Dagda irlandais, « dieu bon », est possesseur du chaudron d’abondance ou de résurrection.
Dans le Cath Maighe Tuireadh, il manie une massue de fer qui tue les gens par un bout et les ressuscite par l’autre, symbole du double pouvoir du maître de la création capable de donner la vie et de la reprendre.
Il est le Druide des dieux et le dieu-druide. C’est aussi un dieu musicien, le dieu du contrat et de l’amitié, le patron des juristes et des chicaneurs.

Ogme - Mars

Le mars définit par César gouvernait la guerre et s’associait, soit par des sacrifices soit par la liturgie, à l’ouverture de la saison militaire.

L’aspect celtique comporte deux degrés : le roi et le champion.
Le roi c’est le celte Nodons ou son strict équivalent irlandais Nuada.
Le dieu-champion est Ogme, seigneur de l’écriture sacrée et magique, les ogam. Il est aussi le représentant de la force pure. Il est aussi le conducteur des âmes dans l’Au-delà. En conclusion, Ogma est le côté sombre de la divinité souveraine dont Dagda est la partie claire.

Diancecht - Apollon

Diancecht rendait la vie aux Tuatha tombés au combat en les plongeant dans la « Fontaine de Santé ».
Il est le fils du Dagda. Elevé par Manannan, il a des pouvoirs avec le sid.
Chez les celtes la médecine est pratiquée par les druides, et se rattache donc à la première fonction sacerdotale.

Brigite – Minerve et les déesses

En Gaule, Brigantia (Belisama, Sulis) est une déesse lumineuse, solaire.

En Irlande, on parle de la « triple Brigite », qui porte aussi le nom de Dana ou Ana.
Elle est fille de Dagda. Elle est à la fois vierge et mère.
Elle a été très tôt en sainte à l’immense pouvoir lors de la christianisation.

Brigite est accompagnée d’un homologue technicien, Goigniu « le forgeron ». Forgeron, mais aussi charpentier, le christianisme en fera le saint bâtisseur d’une église commencée par les anges.

On retrouve une déesse mère gauloise hippomorphe et psychopompe : Epona.

L’Irlande a des séries féminines qui hésitent entre l’unité et le triplement (à valeur de totalisation) et qui, toutes, peuvent se ramener à la grande déesse féminine dont elles ne sont que des aspects : Bodb, Morrigan, Macha, …
Les déesses gouvernent la fécondité, la guerre, la destinée et la fortune. On retrouve ce champ d’action chez les germains, ce qui indique sur cet aspect en partie un héritage indo-européen.
Cependant, dans la société celtique, la femme jouissait d’une liberté et d’un prestige religieux et social considérable, dans lesquels on voit la survivance d’éléments archaïques pré indo-européens.

Autres

Manannan (ou Midir) est un dieu maritime, dont la principale qualité est d’être le maître du sid. C’est parce que celui-ci n’est accessible que par la mer que le dieu est devenu marin.

On a retrouvé, sur le chaudron de Gundestrup ou ailleurs, des images d’un personnage coiffé de bois de cerf et identifié à Cernunnos. Mais il pourrait également être rapproché d’une divinité de type « maître des fauves ».

Le clergé et le culte

L’espace sacré était très important. La statuaire celtique n’existe quasiment pas.

Les druides

L’étymologie du mot est dru-uid-es, signifiant « les très savants ».

Les pages consacrées par César aux druides constituent l’une des plus importantes sources sur la religion celtique.

Il y a les druides, mais aussi les bardes, poètes chargés de la littérature, et les devins, chargés de toute la partie physique du savoir (magie, divination, médecine). Tous font partie de la classe sacerdotale.
Les druides étaient prêtres, instructeurs, juges et savants métaphysiciens, correspondant rigoureusement aux brahmanes de l’Inde. Ils jouissent d’une grande considération et de multiples avantages (dispense de service militaire et d’impôts). Personne ne parle avant le roi, mais le roi ne parle jamais avant le druide, et malheur à celui qui transgresse la règle : la mort l’attend. Le roi est en effet le représentant de la classe guerrière, dont il est extrait, et donc sous la classe sacerdotale.
Leur rôle politique et social est immense, ce qui estompe parfois leur qualité de prêtre.
Les druides ont la faculté d’imposer aux hommes des interdits ou des obligations réglant l’existence.

Un chef unique commandait à tous les druides. A sa mort, les prétendants se disputent la succession par les suffrages et parfois même par les armes. Ils se réunissent tous les ans dans un axis mundi, la forêt Carnutes.

Seuls les hommes pouvaient être druide. Le sacerdoce féminin se limite à la voyance, la prophétie et la divination.
Le recrutement est ouvert à toutes les classes de la société. L’enseignement est basé entièrement sur la mémoire (selon la tradition indo-européenne) et dure 20 ans. C’est en partie un enseignement ésotérique.

Afin d’annihiler le nationalisme gaulois, les druides furent réprimés sous les empereurs Auguste, Tibère et Claude. Cependant, en Irlande, les druides et les principales structures religieuses ont survécu jusqu’au Moyen Age.

Les doctrines

L’écriture

Les druides se refusaient à porter leur tradition par écrit.
Les druides connaissaient très bien l’écriture. Elle était chargée de magie, appartenant à Ogmios. Elle fixe ce qui lui est confiée de manière durable, voir éternelle.
Ainsi elle rend statique ce qui est écrit. Or la tradition doit rester vivante. La mémoriser est préférable pour le druide, plutôt que de se faciliter la vie avec le support écrit. Ils avaient aussi peut-être la volonté de garder la tradition secrète.
De plus la nature même des l’écriture ogamique rend la lecture de texte longs très pénible.
Enfin la tradition indo-européenne rejette l’écriture.

L’Autre Monde

L’immortalité de l’âme est accordée à tous les humains qui revivent dans des pays lointains : Tir na nOg (« terre des jeunes »), Tir na mBan (« terre des femmes »), etc.
Pour les gallois le pays merveilleux était Ynys Afallach (l’île d’Avallon, la « pommeraie », dont les fruits procure immortalité, jeunesse éternelle et science à qui les mange).

Le sidh (« paix ») est l’Autre Monde, pays de rêve situé au-delà des mers. Les bansidhe (femmes du sidh) y emmènent parfois des mortels. Le temps s’y écoule au ralenti, transformant jours en siècles.

La transmigration de l’âme n’est attestée que dans 2 exemples de personnages divins. De plus, les métamorphoses en animaux ne sont que des changements de forme, non d’état.

La notion de centre

Les celtes ont possédé un certain nombre d’omphaloi, tel que celui de la forêt Carnute où les druides tenaient leur assemblée annuelle. Chaque omphalos est une image réduite de l’Autre Monde.
La prédilection va aux forêt, et surtout aux îles.

Les fêtes

Il y a 3 fêtes fondamentales : Samain au 1 novembre, Beltaine au 1 mai, Lugnasad au 1 août. Une quatrième fête, Imbolc au 1 février, est beaucoup moins importante.

Samain, premier de l’an celtique, marque le début de la saison sombre. La fête est, à la jonction de 2 années, en des jours qui sont en dehors du temps.
C’est la fête de la classe guerrière, prétexte à beuveries et à festins. C’est aussi une fête pendant laquelle le sidh est ouvert, l’Autre Monde envahissant celui des hommes. Le christianisme en a fait la Toussaint et le Jour de Morts, y ajoutant une note de tristesse qui n’existait pas.
Beltaine, « feu de Bel », marque le début de la saison claire.
Lugnasad, « assemblée de Lug », est une fête pacifique de la moisson et du roi en exercice.
Lug est donc fêté sous son aspect sombre, lumineux et royal.

Les sacrifices

L’une des préoccupations essentielles du druide était le sacrifice.

Le poète Lucain (+I siècle) et le chaudron de Gundestrup montrent l’existence de sacrifices humains.
Des sacrifices et des offrandes étaient faites, parfois dans des puits pour communiquer avec les divinités du monde souterrain (dès le II millénaire). Les crânes et les représentations de « têtes coupées » sont attestés dans toutes les régions habitées par les tribus celtiques. Pour les celtes, le crâne constitue le réceptacle d’une force sacrée, d’origine divine, qui le protége contre toutes sortes de périls et lui assure à la fois santé, richesse et victoire.
Dans les faits, le sacrifice humain était rare, et souvent l’homme était remplacé au dernier moment par un animal.

Les mythes

Les traces de la mythologie gauloise

La mythologie des celtes continentaux est perdue. Elle a cependant existé, bien que secondaire par rapport à la métaphysique.
On en retrouve des traces chez Tite-Live ou Lucain par exemple.

L’invasion de l’Irlande

Le Lebor Gabala (livre des invasions) date du XII siècle sous sa forme connue, et le récit est fortement christianisé.
5 races ont occupé l’Irlande, les 3 premières ont disparu, anéanties par la pestes ou d’autres calamités. Les Fir Bolg sont la troisième race, Les Tuatha Dé Danann forment la quatrième race, les Goidels (« fils de Mile », venus d’Espagne) sont les ancêtres des irlandais actuel. Ils durent tous lutter contre la race maudites des démons Fomoiré.
Les Tuatha Dé Danann combattirent les Fir Bolg et les vainquirent, puis s’emparèrent de l’île. Ils apportèrent les obets merveilleurx (chaudron du Dagda, lance de Lug, etc.). Ils sont au centre de toute la mythologie.
De même les Goidels vainquirent les Tuatha, qui se réfugièrent dans le sidh.

Une correspondance historique ou archéologique de ces vagues d’invasions se heurte à des hypothèses difficiles à soutenir.

Cath Maighe Tuireadh (Bataille de Mag Tured)

Ce récit raconte la lutte des Tuatha Dé Danann contre les Fomoiré.
A la différence des autres occupants qui y sont arrivés en 5 vagues d’invasions successives, les Fomoiré sont établis à demeure dans le sol d’Irlande. Ils sont les représentants des puissances sombres, assimilé par les chrétiens à des sorciers, voir aux envahisseurs scandinaves du Haut Moyen Age.

Au cours d’une bataille, le dieu-roi des Tuatha, Nuada, perd le bras droit. La difformité lui interdit de régner, une alliance est alors faite et le roi Formoiré Bres règne. C’est un très mauvais roi. Le poète Cairpre lance une satire mordante contre lui, les sujets contraignent alors le roi à restituer sa souveraineté.
Le dieu-médecin Diancecht forge un bras d’argent à Nuada qui reprend le trône. La guerre reprend, et la situation est difficile pour les Tuatha. Survient un jeune et brillant guerrier, Lug. En distribuant les taches à chacun en fonction de ses compétences, il dirige et gagne la guerre.
Il tua également Balor, géant au regard foudroyant.

Le cycle d’Ulster

Le cycle d’Ulster répète en quelque sorte le cycle mythologique par ses structures comparables, mais les personnages y forment une suite plus familière, aux caractères rudimentaires mais profondément humains : Conchobar, roi d’Ulster ; Cuchulainn, son fils, également fils de Lug, …
La pièce centrale du cycle est l’épisode très long de la « razzia des vaches de Cooley ».
Un différent entre Ailill, roi d’Irlande, et sa femme Medb conduit à une guerre pour l’obtention d’une vache qui assurera la suprématie pour Ailill ou Medb. L’Ulster est envahit par les troupes de Medb. Le jeune héros Cuchulainn sauve l’Ulster et au terme d’une bataille épique la paix est conclue entre l’Irlande et l’Ulster.
Cuchulainn présente de nombreuses qualités (force, courage, intelligence, bravoure, …). Dès l’age de 7 ans il aurait accomplis des exploits dignes des travaux d’Hercule.

Le cycle Ossianique

Ce cycle parle des Fenians, une milice chevaleresque. Finn, qui est rattaché aux Fir Bold et aux Tuatha, a un fils, Oisin (Ossian), qui est le personnage principal du récit.
Ce cycle a beaucoup plus marqué les esprits que le cycle d’Ulster grâce au rôle qu’a joué cette milice. Cette milice aux conditions de recrutement physique et morale draconiennes logeaient chez l’habitant la moitié de l’année et défendait l’île.
L’influence de la christianisation est plus grande dans la version qui nous est parvenue.

Les navigations

Ne se rattachant à aucuns cycles précis, ces récits décrivent les voyages des mortels vers les îles merveilleuses et le sidh.
Ils décrivent la beauté du Tir na nOg, de ces habitants, et la difficulté de le quitter.

La littérature galloise

Elle est plus récente, de fond et de forme, que la littérature irlandaise. Elle ne remonte pas avant le XII siècle. Avec le temps, elle a été énormément travaillée et modifiée, ce qui rend les parallèles avec la littérature irlandaise difficiles. Ces légendes appartiennent au même fond qui constitue l’origine des romans arthuriens.
Les principales légendes sont les Mabinogion (« enfances »).

  • Le Mabinogi de Pwyll conte l’histoire de Rhiannon, épouse du prince Pwyll. Elle sera punie pour la disparition de son fils

  • Le Mabinogi de Branwen, fille de Llyr, conte le mariage tumultueux du roi d’Irlande avec Branwen, fille du roi de Bretagne, qui dégénéra en un conflit entre les deux nations. On y retrouve le chaudron qui ressuscite les morts, et des personnages du sidh.

  • Le Mabinogi de Mannawyddan, fils de Llyr. Mannawyddan hérite d’une terre qui se transormera en désert. Lui, sa femme et ses compagnons vivent d’expédients. Ses compagnons se retrouvent emprisonnés dans un château du sidh.