Préhistoire

Paléolithique

Éléments historiques

Le paléolithique ancien et moyen durent jusqu’en 35000. C’est l’époque des anthropiens primitifs et une période d’ascension biologique.
Le paléolithique supérieur correspond à l’époque 35000 – 8000, jusqu’à la fin de la dernière période glaciaire. Les hommes sont sensiblement identiques aux hommes actuels. C’est l’apparition révolutionnaire de l’élevage, de l’agriculture et de la vie sédentaire. On passe d’une économie de prédation à une économie de production. L’ascension technique devient prépondérante sur l’ascension biologique.

Les seuls documents qui restent de ces périodes sont opaques : os, pierre et silex, tout ce qui ne peut pas se décomposer. Pour la période plus tardive on a les peintures.
La disposition des objets est un facteur très important, mais souvent les fouilles ont été mal faites et cette disposition précise n’a pas été enregistrée. Les accidents de terrain saccagent aussi parfois les structures.

Dans un ordre chronologique, on retrouve : incisions et cupules, ossements, ocre et sépultures couvrant à la fois le paléolithique moyen et supérieur ; objets symboliques et art pariétal au paléolithique supérieur.

Une grande différence entre les premiers hommes et les primates est la faculté à se servir d’outils, et surtout d’outils à faire des outils.
La maîtrise du feu est aussi un élément décisif, attestée vers 600.000 à chou kou tien.

Éléments religieux

Vu la pauvreté du matériel retrouvé, on a évidemment perdu tout le rituel, la tradition orale. Il est même difficile de déduire de façon sûre une activité religieuse de ces restes. Le fait religieux apparaît dans l’insolite, lorsque un caractère utilitaire n’apparaît pas avec évidence.
Au final, le danger de l’imagination débordante du préhistorien est excessivement important.
On peut mesurer la perte en se référant aux rites des tribus de chasseurs-cueilleurs actuelles, qui ont à peu près le même niveau technologique et le même environnement qu’à l’époque.

Les incisions et cupules témoignent de l’expression d’un rythme, mais peuvent être vues comme un système de comptage ou de calendrier. Il est aussi certain qu’en fonction du lieu et du contexte, elles ont dû avoir des utilisations très différentes.

Accéder à la position verticale a ajouté un axe « haut-bas » à la perception. L’espace est orienté autour d’un centre.
L’extase des chamans, avec les sensations de vol, consacre le ciel comme résidence des êtres surhumains.

Les figurines féminines de type « vénus » ou encore plus stylisées sont répandues durant la dernière période glacière.

Le culte des ossements

Aucune certitude concernant le Paléolithique ancien.
Pour le Paléolithique moyen et récent, on a trouvé des structures qui témoignent sans aucun doute d’une disposition particulière des crânes d’humains ou d’animaux. A part les crânes et les griffes ou dents, les éléments probants d’utilisations des autres parties du squelette sont très rares. L’ambiguïté tient principalement du double usage utilitaire (alimentaire, utilisation de la fourrure, …) et religieux qu’on pouvait faire des animaux.

Exemple fameux d’erreur d’interprétation : le culte de l’ours des cavernes. Ce qu’on a interprété comme une disposition humaine très particulière des os d’ours dans les cavernes n’était en fait dû qu’à la réutilisation des cavernes par d’autres ours. Leur allées et venues rejetaient les os sur les cotés de la caverne.
Il faut donc une grande minutie dans les fouilles, et un appareil critique qui tient compte des facteurs de l’environnement, qui jouent un rôle considérable.

Les sépultures et ocre rouge

On constate que depuis les temps historiques, tous les peuples connus ont accompagné les inhumations de manifestations religieuses. Raisonnablement on peut donc déduire que la découverte de sépultures démontre l’existence de concepts religieux. Mais il y a beaucoup d’autres manières de traiter les morts, liées aussi au religieux. L’absence de sépultures ne signifie donc pas une absence de pensée surnaturelle.

Les premières sépultures datent du Moustérien (70.000 – 50.000), elles n’ont pas de mobilier funéraire. L’utilisation de l’ocre rouge se répand de façon universelle.
Les sépultures trouvées datant du paléolithique supérieur sont plus nombreuses et offrent une grande variété dans leur disposition. Leur aspect extérieur est souvent très peu connu.
On retrouve de l’ocre rouge dans plus de la moitié des sépultures du paléolithique supérieur, répandu sur tout le corps ou limité à la tête.

Sans qu’on puisse séparer esthétique et religion, l’ocre rouge constitue un très bon témoin de préoccupations extra matérielles. C’est le principal colorant utilisé, sa couleur sang le rapproche d’un symbole de vie (substitut rituel du sang), laissant supposer une croyance dans la survie post-mortem. On le retrouve dans les sépultures, mais aussi dans les habitations. L’ocre avait donc une utilisation domestique, religieuse ou profane.

L’art pariétal


Les premiers éléments figuratifs apparaissent entre 35000 et 30000 pour s’achever en 9000, transmettant l’image du monde qu’avaient les hommes de ces époques. On distingue 5 périodes principales.
L’unité stylistique et idéologique est extraordinaire. Durant ces 20 millénaires il y a eu des évolutions, mais le cadre général, de l’Atlantique à l’Oural, reste le même.

Les figures décorent : des objets de caractère utilitaire ou non, des statuettes sculptées ou modelées, des plaquettes de pierre ou d’os, des parois d’abri sous roche ou de caverne (art pariétal).
Dans toutes les sociétés connues, l’art figuratif reflète les concepts religieux ou les attitudes magiques des groupes d’humains dont il est extrait. Il y a donc lieu de penser que la situation est identique pour l’art paléolithique.

Les sujets représentés se répartissent en 4 groupes :
A : le cheval, pratiquement toujours présent dans les ensembles pariétaux (26%).
B : le bison ou l’auroch, pour un total de 28%.
C : le mammouth, le bouquetin, le cerf (26%).
D : l’homme, l’ours, le grand félin, le rhinocéros (7%).
Femme, renne, loup, poisson, oiseux, etc. se partagent le reste, le renne étant le plus présent avec un total de 3.5%.

Leur disposition dans les caverne s’organise suivant 2 systèmes, l’un linéaire, l’autre rayonnant, qui se mélangent parfois.
Dans le système linéaire, les figures se succèdent, de l’entrée au fond, dans l’ordre C-AB-CD.
Dans le système rayonnant, les figures sont organisées en : A-B pour la partie centrale et gagnant vers les bords de la composition, C à la périphérie ou faufilé entre les animaux principaux, D sur les bords.

Ces figures sont accompagnées d’autres figures, plus symboliques : images vulvaires, séries de points ou tirets alignés, représentations phalliques. Selon leur forme pleine ou mince, ces signes s’associent de façon structurée aux animaux. Sous la charpente animalière, intégrée dans le cadre naturel de la caverne, se broche donc une seconde ligne symbolique s’exprimant dans les mêmes rapports de position, représentant de façon géométrique des hommes et des femmes.

Les artistes se servaient des particularités de la grotte (renfoncement, stalactite, …) pour figurer des parties du corps.

Tout ce dispositif démontre l’existence de traditions symboliques qui ne peuvent relever que de la religion.

Si les œuvres pariétales figurent l’ensemble de l’image cosmique des hommes de ce temps, il semble que les objets mobiliers, quand à eux, portent tantôt un raccourci de la même image, tantôt un élément particulier.

La floraison de groupes narratifs de l’art post-glaciaire contraste vigoureusement avec le système de représentation du paléolithique supérieur ; qui lui ne raconte aucune histoire.

Mystique des chasseurs

  • Solidarité mystique avec le gibier.

  • Les chasseurs sont masculins.

  • Les armes ont un symbole magico religieux (les armes à distance d’autant plus).

  • Êtres surnaturels : compagnons ou esprits thériomorphes, être suprême – Seigneur des Fauves, esprits de la brousse et des espèces animales.

  • Complémentarité des valeurs religieuses « masculine » et « féminine », des 2 principes sexuels.

 

Mésolithique et néolithique – Agriculture

Éléments historiques

La fin de la dernière époque glacière se situe vers 8.000. Le climat, la faune et la flore changent. Les tribus de chasseurs sont forcées de migrer ou de s’installer. C’est les débuts de la domestication animale et de l’agriculture.

Cette période est culturellement pauvre en Europe, car le climat permettait une survivance des chasseurs-cueilleurs. Ils n’ont donc pas subit les changements majeurs de leurs confrères moins bien lotis.

Les premiers villages sont apparus avant l’agriculture. L’agriculture et la domestication précèdent la poterie.
La découverte de l’agriculture est une révolution culturelle sans précédent. Elle implique une organisation temporelle et une division du travail qui n’existaient pas avant.

Éléments religieux

Au Proche-Orient, les cultes de la fertilité et ceux des morts semblent solidaires.

L’espace acquiert une valorisation religieuse. Certains espaces sont consacrés (la maison, le temple, …). Ce sont des « centres du monde ». La Terre est féminine, le ciel est masculin. La localisation souterraine de l’autre monde (monde des morts) est une croyance prédominante des sociétés néolithiques.

La spiritualité du chasseur disparaît graduellement. Celle-ci perdurera un peu chez les guerriers. Les indo-européens réintroduiront cette spiritualité : ils sont les chasseurs et les tribus sédentaires les proies. Leurs noms de tribus sont éponymes d’animaux de proies.

La sacralité de la vie, qui passait par le sang et l’os, est maintenant associée au sperme et au sang.
C’est le mystère de la naissance, de la mort, et de la renaissance (autour du cycle des saisons et des années), qui passe par la rénovation périodique du monde (et la répétition de la cosmogonie).
Les tubercules, céréales et arbres fruitiers proviennent d’une divinité immolées (c’est le meurtre primordial), ou d’un résidu du corps d’une divinité. Parfois le secret de l’agriculture est volé aux dieux.

La Déesse infante seule. Plus tard, le travail avec la charrue sera assimilé à un acte sexuel.

On ne connaît pas d’origine précise au culte des ancêtres, qui domine le mésolithique européen. Il coexistait sûrement avec la mystique des chasseurs. C’est une référence à « l’age d’or » des ancêtres, qui vivaient durant l’ère glaciaire avant la fuite du gibier.

Le fer météorique est utilisé très tôt, uniquement pour des usages rituels car il venait du ciel et était rare (plus que l’or).
La métallurgie du fer terrestre, à partir de l’age du fer, introduira une nouvelle symbolique. Les métaux poussent dans la matrice de la Terre. Le forgeron est un initié, au même rang que le chaman. La figure du Forgeron est présente dans de nombreuses mythologies.

Mégalithes

Les mégalithes s’étendent de la côte méditerranéenne de l’Espagne jusqu’aux côtes méridionales de la Suède, mais aussi au Maghreb, en Palestine, à Ceylan, au Tibet et en Corée.

Les mégalithes ne constituent pas une religion propre, ils sont transversaux à la religion.

On a longtemps cru la diffusion des la culture mégalithique à partir d’un unique centre situé en méditerranée orientale, mais la datation au carbone 14 a invalidé cette théorie.

Définitions

Menhir : en bas breton men = pierre, hir = longue. C’est une grande pierre parfois assez haute, enfoncée verticalement dans le sol.
Cromlech : crom = cercle, courbe, lech = lieu. Désigne un ensemble de menhirs disposés en cercle ou demi-cercle (Stonehenge près de Salisbury).
Dolmen : dol = table, men = pierre. Immense talle soutenue par plusieurs pierres levées, arrangées de façon à former une sorte de clôture ou de chambre. Originellement, le dolmen est recouvert d’un tertre. Ce sont des sépultures, mais ils furent utilisés aussi en allées couvertes plus tard.

Toutes ces pierres pouvaient être gravés de symboles.

Culte des ancêtres et des morts

Les mégalithes sont liés au culte des morts, qui implique la croyance en la survivance de l’âme. La communication rituelle avec les ancêtres constitue la clef de voûte de l’activité religieuse, car ils peuvent aider les vivants.

Les morts retournent à la terre, ils sont associés mystiquement aux blocs de pierre, et deviennent puissants et indestructibles comme les rochers. Les menhirs sont un substitut du corps des morts, pour l’éternité. Ils contiennent la puissance et l’énergie de ces morts. Ils sont le siège de l’âme des morts et servent au vivant à se rappeler de ses morts.
Cette vision européenne est en totale contradiction avec celle du Moyen-Orient, où la séparation des vivants et des morts était strictement prescrite, et où les âmes des morts n’étaient que de pauvres ombres malheureuses.

Le culte comprenait des cérémonies, des offrandes, des sacrifices accomplis près des monuments. Les cromlechs étaient des centres cérémoniels, des centres du monde. Ainsi l’île de Malte était exclusivement dédiée au culte.

Bibliographie

Mircéa Eliade - Histoire des religions et idées religieuses, tome I
André Leroi-Gourhan - "Les hypothèses de la préhistoire", dans Histoire des Religions III, folio essais