Rome

La fondation de Rome et l’historicisation des mythes

Comme le reflètent les récits fabuleux, l’ethnie latine, d’où est sorti le peuple romain, est le résultat d’un mélange entre les populations néolithiques autochtones et les envahisseurs indo-européens descendus des pays transalpins.
La fondation même de Rome date de –754.

A Rome la pensée est toute politique et nationale. La religion, comme tout le reste, s’incorpore très tôt et de plus en plus profondément à l’Etat. L’individu intéresse peu. Elle ne se soucie ni d’éveiller ni de satisfaire aucune aspiration mystique. Elle est ritualiste, disciplinaire, et non spirituelle. La médiocre imagination mythologique des romains et leur indifférence envers la métaphysique sont compensés par leur intérêt passionné pour le concret, le particulier et l’immédiat.

Les romains ont historicisé les grands thèmes de la mythologie indo-européenne. Ainsi, la guerre entre les Romains et les Sabins, mais il existe d’autres exemples d’historicisation de mythes indo-européens.
Cette dernière est très similaire du conflit nordique entre les Ases et les Vanes, dieux de la fécondité et de la richesse. Les romains, manquant de femmes, enlèvent les sabines. C’est la guerre, puis les deux peuples se réconcilient et les sabins s’installent à Rome. Ce récit reflète sûrement aussi la fusion entre les autochtones et les conquérants indo-européens.

La plus ancienne triade romaine (Jupiter, souveraineté magique et juridique, Mars, la force guerrière, Quirinus, fécondité et prospérité économique) exprime l’idéologie tripartie des peuples indo-européens. A Rome, cette tripartition a été disloquée assez tôt, mais les représentants divins des trois fonctions ont été métamorphosés en « personnages historiques », et précisément dans la série des premiers rois romains.

Les romains accordaient une importance considérable aux phénomènes insolites (considérés comme autant de présages) et à la puissance des rituels. Pour les romains, la norme idéale se manifestait dans la régularité des cycles. Toutes innovations ou anomalies impliquaient un risque de retour au Chaos : ce sont des « théophanies négatives ». La signification précise des prodiges n’était pas évidente. Elle était déchiffré par des professionnels, d’où l’importance des techniques divinatoires.
Un autre aspect de l’attitude religieuse romaine est la prolifération des rites, en fonction de chaque situation. Le génie romain se distingue par le pragmatisme, la recherche de l’efficacité et surtout par la « sacralisation » des collectivités organiques : famille, gens, patrie. L’individu comptait seulement dans la mesure où il appartenait à son groupe.
Le caractère social de la religiosité romaine, en premier lieu l’importance accordée aux rapports avec autrui, est clairement exprimé par le terme pietas. Ce mot désigne l’observation scrupuleuse des rites, mais aussi le respect des rapports naturels (ordonnés selon la norme) entre les êtres humains.

Romulus et Remus

Romulus et Remus sont des frères d’ascendance royale abandonnés sur les rives d’un fleuve à cause de la menace d’un usurpateur. Elevés par une louve, il déferont l’usurpateur une fois devenu grands, et fonderont une nouvelle ville sur les lieux de leur enfance. En concurrence l’un contre l’autre, ils se battront et finalement Romulus tuera Remus.
Cette légende, d’un archaïsme indéniable, a de fortes racines dans la tradition indo-européenne. Ce sacrifice reflète le sacrifice cosmogonique primordial : immolé sur le site de Rome, Remus assure l’avenir heureux de la ville. Les romains voient ce sacrifice comme une sorte de faute originelle, qui devait inéluctablement provoquer la perte de la cité.

Le culte

Le culte privé, dirigé par le pater familias autour du feu domestique, ne semble pas avoir changé durant les 12 siècles de l’histoire romaine. Ce culte s’adressait aux genius, sorte de double protégeant l’individu, ainsi qu’aux Pénates, aux Lares et aux Mânes, qui étaient des personnifications des ancêtres et parents défunts. Deux fêtes leur étaient consacrées : Parentalia et Lemuria, pendant lesquelles ces morts revenaient sur terre.

Le culte public, sous le contrôle de l’Etat, était accompli par un certain nombre d’officiants et de confréries religieuses. Au temps de la monarchie, le Roi détenait le premier rang dans la hiérarchie sacerdotale. Puis venaient les 15 flamines, et en premier lieu les flamines majeurs (ceux de Jupiter, de Mars et de Quirinus). Ils ne formaient pas une caste et étaient autonome, rattachés à une divinité dont ils tiraient le nom. En fonction de la divinité, ils avaient divers interdits.
L’institution antique du collège pontifical contenait les pontifices, le rex sacrorum et les flamines majeurs. Le pontifex maximus, dont les autres n’étaient que le prolongement, était présent aux réunions où se décidaient les actes religieux, assurait les cultes sans titulaires et contrôlait les fêtes. Sous la république, c’est lui qui crée les flamines majeurs et les Vestales.
Les 6 Vestales, choisies par le Grand Pontife entre 6 et 10 ans, étaient consacrées pour une durée de 30 ans. Elles sauvegardaient le peuple romain en entretenant le feu de la Cité. Leur puissance religieuse dépendait de leur virginité.
Le collège augural était aussi ancien et indépendant que le collège pontifical.
Le culte public comptait aussi de nombreux groupes fermés, chacun spécialisé dans une technique religieuse particulière.

Le dernier mois de l’année était février, et on voyait un retour à la condition chaotique : les normes étaient suspendues et les morts pouvaient revenir sur terre. Le rituel des Lupercalia était le rite du Nouvel An, et comprenait la recréation du monde et sa purification.

Les sacrifices consistaient en offrande de matière alimentaire. Les sacrifices d’animaux étaient devenus symboliques avec le temps. Les sacrifices humains sont officiellement interdit en -97.

Panthéon

Jupiter est par excellence le dieu souverain, céleste et fulgurant, source du sacré et régent de la Justice, garant de la fécondité universelle. Mars gouverne la guerre, et parfois aussi la paix. Quirinus représente la troisième fonction dans la division indo-européenne.
Janus et Vesta se rattache à la triade archaïque. Janus est un « dieu premier », Vesta est une déesse représentée par le feu perpétuel.

Sous l’influence étrusque, la triade est remplacée par Jupiter, Junon, Minerve. Les divinités ont maintenant des statues. Jupiter garde en gros son rôle et son importance. Junon constitue le modèle de la femme dans la société, cumulant les trois fonctions classiques de royauté sacrée, force guerrière et fécondité. Minerve était la patronne des arts et artisans.

Peu après l’instauration de la République, une nouvelle triade prend la place : Cérès, Liber et Libera, trois divinités patronnes de la fécondité. Cérès est une déesse archaïque dont le nom signifie « croissance ». Très tôt la triade Cérès, Liber, Libera fut assimilé au trio Déméter, Dionysos (Bacchus), et Perséphone (Proserpine). D’autres divinités grecques sont assimilées rapidement dès les débuts de la République : Mercure, Apollon, Vénus, …

Crises et catastrophes : de la suzeraineté gauloise à Auguste et l’Empire

La République est instaurée vers les 500.
L‘invasion des celtes, vers 400, coupe les contacts avec l’hellénisme. Rome est dévastée en 399. Elle ne se délivre de la suzeraineté gauloise qu’en 295. Les romains reprennent leur politique de conquête. Vers 200, Rome est de nouveau la plus grande puissance d’Italie.
(CES DONNEES RESTENT A VERIFIER)

Le peuple voyait dans les victoires et les défaites des significations religieuses. Avec la deuxième guerre punique, l’Etat romain est en danger. Rome fit appel à tous les dieux, quelle que fût leur origine : sacrifices (même humain), lustrations, cérémonies, processions… A la veille de la victoire contre Hannibal, Cybèle, divinité asiatique, est introduite à Rome. Son culte, trop orgiastique, sera cependant fortement règlementé et limité.

La nécessité d’une expérience religieuse personnelle se révélait plus urgente, comme partout à la même époque. Cette expérience passera par l’appartenance à des sociétés secrètes échappant au contrôle de l’Etat, de type « religion à Mystères ».

En –186 les autorités découvrent à Rome l’existence de bachanalia, des mystères orgiaques nocturnes liés à Dionysos. Une enquête fut rapidement menée et plus de 7000 personnes furent accusés de façon exagérée. La répression fut exemplaire (exécutions dans tous le pays). Les autorités dénonçaient le danger des associations secrètes, donc le péril d’un complot capable d’essayer un coup d’état. Le culte bacchiaque ne fut pas complètement aboli, mais sévèrement réglementé et surveillé.

Auguste et l’Empire

Pendant les 2 derniers siècles de la République, la religion traditionnelle avait perdu graduellement de son prestige. Les religions orientalistes s’étaient introduites grâce au cosmopolitisme de Rome.
La religiosité était sous le signe de la déesse Fortuna et du fatalisme astral. La magie et l’astrologie étaient très populaires. La fin de Rome, confirmée par les évènements historiques sanglants récents, semblait imminente.

Auguste (-63, +14), premier Empereur de Rome de -27 jusqu’à sa mort, de son vrai nom Caius Octave, était le petit-neveu de Jules César à qui il succéda à la tête de l'état romain. Il rétablit l'unité et réorganisa, à l'issue de près d'un siècle de guerres civiles, un régime qui dura cinq siècles. Son règne, marqué par une ère de paix, de prospérité et d'éclat culturel, est connu sous le nom de « siècle d'Auguste ». Protecteurs des arts, Auguste fut, avec Mécène, l'ami des poètes Ovide, Horace et Virgile, ainsi que de l'historien Tite-Live.

Virgile voit dans la fin des guerres civiles et les victoires d’Auguste le retour d’un « Age d’Or ». C’est le début d’un nouveau cycle de vie pour la cité. Sous l’influence directe d’Auguste, Rome voit la renaissance de sa religion traditionnelle ainsi que des idéaux du passé. C’est une revalorisation du mythe archaïque de la régénération annuelle du Cosmos, et de l’histoire sur le plan cosmique : les guerres et les destructions ne sont plus des signes avant-coureurs du passage d’un âge cosmique à un autre, mais constituent elles-mêmes ce passage. A chaque époque de paix, l’histoire se renouvelle et, par conséquent, un nouveau monde commence.

Après sa mort en 29, Auguste est divinisé. De son vivant il ne fut que « fils de dieu ». Après lui, la déification des « bons » empereurs se systématisa petit à petit.

A partir du II siècle, le refus de célébrer le culte impérial fut la principale cause de persécution des chrétiens.
Les cultes de l’Egypte et de l’Asie mineure gagnèrent beaucoup en popularité, bénéficiant même de la protection de certains empereurs initiés.

Aurélien (270-275) avait comprit que pour assurer l’unité de l’Empire, il fallait intégrer la vénérable tradition romaine dans une théologie solaire de type monothéiste, la seule religion en train de devenir universelle. Il réintroduisit une version remaniée à la mode romaine du culte du Sol invictus. Il fixa l’anniversaire du dieu le 25 décembre, « jour de naissance » de toutes les divinités solaires orientales.

Les tendances au monothéisme et à l’universalisme sont dominantes aux IV siècle.

Avant sa conversion, Constantin (306-337) était un fidèle de Sol invictus. Mais il ne voyait le soleil que comme le plus parfait symbole du Dieu. Lors de la bataille décisive du pont Milius, Constantin eut une vision qui entraîna la victoire et sa conversion au christianisme, ainsi que la christianisation officielle de l’Empire. Les dernières images païennes disparaissent en 323.
Sous Théodose le Grand (379-395), le christianisme devient religion d’Etat, et le paganisme est définitivement interdit.

En 396, la fin « officielle » du paganisme sonne lorsque Alaric, roi des Goths, incendie le sanctuaire d’Eleusis.

Les Etrusques

Rome a été de bonne heure confrontée au monde étrusque, et les influences ont été réciproques. Les influences grecques se font également sentir très tôt, dans l’art comme dans la religion.

L’archéologie témoigne d’une civilisation avancée dont on ignore encore la langue, ainsi que la mythologie et la théologie.
Les étrusques disposaient d’une flotte importante, pratiquaient le commerce, utilisaient le fer et bâtissaient des villes fortifiées. Leur organisation politique était la fédération de cités.

Le culte des morts était important, les nécropoles s’élevaient à côté des villes. Les tombes étaient richement fournies. A partir du –IV siècle, on retrouve des peintures murales figurant les Enfers, inspirés du modèle grec. Il existe aussi toute une démonologie qui n’est pas d’origine grecque.
Le sacrifice humain était pratiqué. A la suite de certains sacrifices, les âmes se transforment en des sortes de dieux.
La femme incarnait la maison même, donc la famille. Elle jouissait d’une position éminente dans la société.

La religion étrusque comportait des « livres » communiqués par des personnages surnaturels. Il s’agit essentiellement du libri fulgurales (la théorie des foudres, interprétation divine de la foudre en fonction de chaque jour de l’année et de la position), du libri rituales, et du libri haruspicini (au sujet de l’haruspicine, l’interprétation des signes inscrits dans les entrailles des victimes).
Toutes ces notions impliquent l’homologie macrocosme-microcosme et la correspondance entre les trois plans de référence (divin, cosmique et humain).